Au Théâtre Varia : Thibaut Wenger met en scène "Pan !" de Marius von Mayenburg

Pan ! de Marius von Mayenburg, mise en scène de Thibaut Wenger
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Pan ! de Marius von Mayenburg, mise en scène de Thibaut Wenger - © Christophe Urbain

L’irrésistible ascension d’un enfant roi.

CRITIQUE ***

Marius von Mayenburg est né à Munich en 1972. Dès les années 90, il écrit ses premières pièces, dont notamment  Visage de feu et L’Enfant froid, déjà montées chez nous.  Remarqué par le metteur en scène Thomas Ostermaier, il est associé depuis le début du siècle au prestigieux théâtre la Schaubühne à Berlin en tant qu’auteur, dramaturge et traducteur.

Le titre de la pièce, déjà,  en dit long sur ce qui vous attend : interjection ("peng !" en allemand) qui claque comme un coup de fusil, elle est aussi le patronyme du jeune héros dont vous allez suivre la naissance et l’irrésistible ascension. Dès le cynique monologue d’ouverture depuis le ventre de sa mère, Ralf Pan (Emile Falk-Blin) se dévoile : narcissique, violent, prêt à tout pour arriver à ses fins, il est le monstre parfait. Pour inaugurer ses hauts-faits, il n’hésite pas à étrangler sa sœur jumelle avant l’accouchement. Plus tard, il prendra plaisir à terroriser ses congénères à la plaine de jeu, son professeur de violon, sa baby sitter, … et ses parents (Léonard Berthet-Rivière et Pauline Desmet). Quant à ceux-ci, ils n’échappent pas aux sarcasmes de l’auteur : bobos gonflés de vanité, persuadés d’avoir mis au monde un génie, ils acceptent tout de leur progéniture. "Nous lui avons inculqué des valeurs chrétiennes et occidentales, je suppose qu’il en reste quelque chose" déclarera la mère menacée par la mitraillette qu’elle vient d’offrir à son fils !

C‘est en 2017, en réaction à l’élection de Donald Trump (et de tous les leaders de son acabit) que Marius von Mayenburg a écrit cette comédie féroce. Mais s’il s’intéresse aux mécanismes mentaux d’un tyran, il décrypte aussi la société qui a favorisé l’éclosion d’un tel phénomène, et flingue à peu près tous ceux qui croisent le chemin de Pan : les monstres assumés, mais aussi ceux qui cachent leurs pulsions inavouables sous le vernis de la bien-pensance et du politiquement correct. Le jeune garçon est en quelque sorte le révélateur qui met à nu les consciences et  joue de manière machiavélique avec les faiblesses humaines. A la question de savoir pourquoi il avait choisi de créer un personnage d’enfant, l’auteur a répondu : "Quand quelque chose est impossible, il y a seulement deux catégories d’êtres humains qui répondent ‘je le veux quand même’ : les puissants et les enfants".

Le plateau est transformé en studio de télé caricatural : panneaux de couleurs criardes, lumières crues. Sa fulgurante ascension, Pan la doit aussi aux médias : déjà présentes pour filmer sa naissance, les caméras ne le quitteront plus -  à commencer par les publicités d’aliments pour bébés -, le tout projeté sur écran. Mais il ambitionne davantage : il veut "que ça pète", "que le monde brûle". Animée par un producteur sadique et surexcité (Fabien Magry), la pièce se transformera  finalement en un gigantesque reality show  avec concours de Miss Univers et campagne électorale ! Misogyne, raciste, manipulateur et prodigue en solutions simplistes, notre petit héros a toutes les chances de gagner !

Thibaut Wenger et sa bande jouent à fond le jeu de l’exagération jusqu’à l’absurde. Aux côtés des excellents comédiens déjà mentionnés, Nina Blanc et Titouan Quittot, en virtuoses de la transformation,  assument une foule de rôles, des plus sombres aux plus pathétiques, de la baby-sitter complaisante à la femme battue exhibée sous les spots. Le metteur en scène orchestre le tout avec brio, ménageant un subtil crescendo jusqu’à l’apothéose finale.

Trois ans plus tard, à quelques jours de l’élection présidentielle aux Etats-Unis, ce spectacle nous alerte, dans un énorme éclat de rire, sur les dangers du populisme, déjà bien implanté au cœur de l’Europe, tout en nous renvoyant le miroir de nos bonnes consciences.

En pratique

Pan ! de Marius von Mayenburg

Mise en scène : Thibaut Wenger

Jeu : Léonard Berthet-Rivière, Nina Blanc, Pauline Desmet, Emile Falk-Blin, Titouan Quittot, Fabien Magry.

A voir au Petit Théâtre Varia jusqu’au 24 octobre (complet)