Mozart, anti-macho, manifeste avec #MeToo. Des Noces dopées à l'actu. Ambitieux. Un must. ***

3LES NOCE DE fIGARO" m e s Clarac/Deloeil/the Lab
3LES NOCE DE fIGARO" m e s Clarac/Deloeil/the Lab - © Forster JPG

C’est un des nombreux paris - réussis - d’une saison follement ambitieuse de Peter de Caluwe.

Après deux créations mondiales contemporaines - dont un "Macbeth" de Pascal Dusapin, une "Jeanne au Bucher" d’Honegger mise en scène par Castelluci, des Contes d’Hoffman confiés à Warlikowski, voici cette "folie" du patron lui-même : monter une trilogie Mozart, les trois opéras dont le librettiste est Da Ponte et qui tournent tous trois autour du sexe et des rapports de force "genrés"  comme on dit ! Et en confier la mise en scène à des spécialistes de la vidéo le duo Clarac/Deleuil déjà "testés" en 2016 dans "Mithridate" de Mozart. Sur la foi du premier volet de la série, "Les Noces de Figaro" ce "feuilleton" fera date.

Le concept n’est pas de faire se succéder les trois œuvres mais de trouver un moyen d’en faire sentir l’unité thématique, la lutte des femmes contre le machisme, en mêlant les trois opéras à chaque représentation. "Mêler", soyons précis : "juxtaposer" plutôt les trois œuvres de manière structurelle. Unité de lieu, divers endroits filmés de Bruxelles aujourd’hui, et de temps, 24 heures pour les trois opéras qui se jouent simultanément.  Un décor unique, une immense maison, un plateau tournant où chaque opéra a un étage, "Don Giovanni" occupe le rez-de-chaussée où il dirige un club sado-maso, Dorabella et Fiordiligi dans "Cosi fan tutte" sont des "youtubeuses" au sommet de l’édifice et l’intrigue des "Noces" se déroule dans la salle de fitness du Comte Almaviva.

Chaque opéra a une couleur, le rouge du sexe et du sang pour "Don Giovanni", le jaune de la tromperie pour "Cosi" et le bleu "paisible" pour les "Noces". Visuellement important puisque les vidéos dominées par le rouge ou le jaune s’insinuent dans l’intrigue des "Noces" vues mardi. Exemple : quand Figaro chante sa fameuse tirade violemment machiste parce qu’il croit que "sa" Suzanne l’a trompé, la vidéo nous montre Don Giovanni gamberger dans son club sado-maso sur un fond rougeoyant. La mauvaise foi punie illico ! Mais la vidéo permet aussi le surgissement de réalités contemporaines comme une manifestation de #MeToo ou la dénonciation publique du Comte, ambassadeur à Bruxelles.

J’avoue que parfois le lien direct avec Weinstein ou autres célébrités justement dénoncées paraît un peu trop "littéral" et réducteur pour le sens de l’opéra. Mais ce "didactisme", parfois un peu simpliste, se double d’une double intelligence. D’abord, les liens entre les 3 opéras sont incroyablement bien charpentés (même s’il est conseillé de revoir votre résumé des trois œuvres pour en apprécier les liens). Et surtout, le jeu et le chant des acteurs/trices est intense, émouvant ou drôle (avec un Chérubin d’anthologie Ginger Costa- Jackson qui est aussi  Dorabella dans "Cosi").

La performance globale est impressionnante puisque les chanteurs/cantatrices jouent chacun deux rôles en trois jours pendant trois semaines. Avec un chef d’orchestre remarquable Antonello Manacorda qui entraîne un orchestre de la Monnaie à son sommet expressif.

D’autres commentaires lorsque le cycle sera boucle… samedi et que la vue globale de la trilogie sera affinée.

"Cosi Fan tutte", partie d’une Trilogie Mozart/Da Ponte.

A la Monnaie, jusqu’au 28 mars.

Le trailer des Noces

Le trailer de Cosi fan tutte