Wijckaert une bombe, l'étoile qui danse

Wijckaert une bombe, l’étoile qui danse
Wijckaert une bombe, l’étoile qui danse - © Hichem Dahes

Retours sur Wijckaert une bombe actuellement à La Balsa. Où il était une fois l’art de créer.

 

W comme Wijckaert, la Fondatrice de la Balsa, l’artiste aux discours dérangeants, la metteure en scène dont la dernière création, étonnante est une bombe. Wijckaert, une bombe est une création théâtrale brute, fragmentaire, volontairement vulgaire teintée d’humour noir (très), jetant une nouvelle fois un pavé sur le plateau façon Mad Max/Destruction : le vrai/faux testament de Martine Wijckaert qui s’est fait sauter dans le hall du Théâtre National à Bruxelles dont le seul legs est un squat pour public (La Balsa des origines) tombé en désuétude où se débattent Yvette (Poirier), Véronique (Dumont) et Héloïse (Jadoul), sur les mélodies crissantes et désespérées de Thomas (Turine), musicien aveugle. Ici, l’exécution testamentaire n’est plus qu’un simulacre sans vocation symbolique, empruntant sa forme au jeu de pistes entre les mains du notaire (Claude Schmitz).

Le côté combattif, chaotique et désordonné mais aussi les doutes et la lassitude de la metteure en scène se retrouvent dans Wijckaert une bombe, mais résumer l’œuvre à ces seuls traits serait oublier sa virtuosité plastique en chantier et, l’esprit de la méthode qui anime sa dramaturgie et le jeu des acteurs. Sous des faux airs récréatifs, Wijckaert, une bombe est sans doute l’une des créations les plus complexes et abouties de Martine Wijckaert. Les figures au travail d’Yvette, Véronique et Héloïse en sont les clés de compréhension, elles mettent à nu les codes de la représentation et l’obsession de son auteure de nature supposée indomptable : la recherche sans repos de ce qui en elle, légitime son travail artistique et sa place surplombante à l’égard et à l’instar de ses pairs.

C’est ce qui confère à l’œuvre son caractère délicat, elle glisse vers l’entreprise régénératrice de pureté, presque romantique, d’où irradie une sorte de sagesse, contre toutes attentes, y compris celles de la metteure en scène qui s’en défend.

Rarement, on aura eu la sensation d’une œuvre qui, à l’endroit du chaos, s’adresse autant aux artistes et au public. Ici, le geste de Martine Wijckaert évoque la phrase culte de Friedrich Nietzsche : " Il faut avoir un chaos en soi-même pour accoucher d’une étoile qui danse ".

Et bien, dansez maintenant, longtemps. Et pourvu que l’enfer ne soit pas le paradis.

 

Sylvia Botella

 

Wijckaert, une bombe du 30 septembre au 10 octobre à La Balsa: www.balsamine.be