" WaW [ We are Women] " (T.Smits).Une parodie musicale réussie sur le féminin/masculin***

"WaW We are Women" Thierry Smits
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"WaW We are Women" Thierry Smits - © Hichem Dahes

 Depuis plus de 25 ans Thierry Smits tient la corde. Ou plutôt les cordes d’un talent multiforme exaltant le corps masculin sur le mode lyrique ou parodique, poétique ou polémique. Poésie de la mort dans " Corpse ", " Cyberchrist " et surtout " Eros délétère " à une époque, les années 90, où le sida provoquait une hécatombe dans le milieu gay. Poésie de la vie dans " D’Orient " ou " To the ones I love " ou plus récemment " Anima ardens ". Avec la magnifique synthèse de tous ses talents, son chef d’œuvre, " V.-Nightmares " sur les " Quatre Saisons " de Vivaldi, couronné par les Prix de la Critique 2008.

 

Critique : ***

Avec " WAW " Thierry Smits renoue avec une veine plus caustique, sur le féminin dans l’homme, déjà abordée avec une esthétique " queer " dans " Cocktails ", parodie frénétique, orgie assurée, un rien sarcastique sur des musiques de Maxime Bodson. Dans les deux cas on reconnaît la " griffe " du dramaturge préféré de Thierry Smits, Antoine Pickels.

Mais " WAW " se veut plus " doux " que " Cocktails ", plus " convivial ", adressé à tous les publics, hétéro comme homo, avec une bonne dose d’humour, rarissime et bienvenu, en danse. Tout homme contient du féminin et toute femme du masculin, ce n’est pas nouveau, c’est même un fameux cliché. Mais à notre époque parfois régressive, il est bon de le rappeler, fermement et gentiment, avec une esthétique apaisée, tirant sur la comédie musicale.

" WAW ", c’est comme une symphonie en 3 mouvements : d’abord l’arrivée hilarante de l’équipe belge de foot, milieu macho s’il en est, où la parodie des musculations, en gestes lentement " décomposés " fait mouche immédiatement sur un public hilare.

 

Vous prendrez bien un petit match ?

Le deuxième mouvement, une petite comédie musicale, voit les footballers/danseurs/chanteurs se féminiser petit à petit. Sous les douches du vestiaire leur corps s’assouplit, des déhanchements suggestifs insinuent le féminin, des jupes surgies du sol le confirment et des petites scénettes de maquillage accentuent les clichés. Il y a là comme un maniérisme esthétique, très beau, mais diversement apprécié selon qu’on est homme ou femme, hétéro ou homo mais c’est le but du jeu : lancer la balle dans le public, questionner, ironiser, ne jamais imposer un point de vue.

Dans le troisième mouvement : le " masculin " ressurgit sous la forme d’un ballet de sorcières, des " femmes viriles " en somme. L’Eglise brûlait ces " sorcières ", qui osaient résister à la domination patriarcale mais certains mouvements féministes en font aujourd’hui des symboles de résistance. Et la vue de ces " hommes/femmes " redevenant " virils " en tant que …femmes conclut " en force " ce show goguenard. Un peu trop long ce final, à la première du moins, tout comme l’ensemble qu’on aimerait plus " resserré ".

Et pourtant, globalement j’ai " marché " comme à peu près à[C1]  tout ce que fait Thierry Smits. Il a des convictions solides, le goût du défi et du risque et il change d’esthétique en fonction du sujet.  Ce " slalom " parodique sur le masculin féminin emporte l’adhésion du public et le respect pour la qualité des 11 danseurs/acteurs/chanteurs. Un spectacle doux, presque espiègle, drôle, dans un registre rare en danse : la comédie burlesque sur un sujet d’actualité, la résurgence de l’homophobie, à deux pas de chez vous.

" WAW [ We Are Women] ". de Thierry Smits au Théâtre Varia jusqu’au 16 juin.

-Repris à La Louvière (C’est Central) le 12 octobre

-En 2019 au Studio Thor du 13 au 22 mars 2019

Info : 

Varia : www.varia.be

Compagnie Thor http://www.thor.be/en/agenda/

Christian Jade(RTBF.be)

 

 

 

 [C1]