Une nouvelle génération d'artistes africains au Festival d'Avignon

Les acteurs et metteurs en scène, le Congolais Dieudonné Niangouna et le Français Stanislas Nordey.
Les acteurs et metteurs en scène, le Congolais Dieudonné Niangouna et le Français Stanislas Nordey. - © ©AFP PHOTO / ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Ils ont une trentaine d'années, vivent entre Brazzaville, Abidjan, Lagos, Le Cap et Paris, Berlin, Zurich, les États-Unis, l'Asie: une nouvelle génération d'artistes africains, rompue au métissage des cultures et des genres - théâtre, danse, performance - va faire souffler un vent de modernité sur Avignon cette année.

"Ils sont tous nés après les guerres d'indépendance, dans les difficultés, parfois les violences, les guerres et le désastre des régimes africains post-coloniaux, relève Vincent Baudriller, codirecteur du festival d'Avignon. "Ils ont tous des téléphones portables, internet, c'est plus facile de voyager, c'est une génération qui a un rapport au monde beaucoup plus large que l'ancien empire colonial, tout en ayant une conscience aigüe de ce qui s'est passé, et ça crée une parole vraiment différente", résume-t-il.

Pour les réunir cette année à Avignon, il a fait des voyages répétés sur place à partir de 2006, et bu beaucoup de bières au bord du fleuve Congo.

Au départ, "il y a eu une rencontre très forte avec Dieudonné Niangouna, avec qui je passe une semaine à Brazzaville, et ensuite à Kinshasa avec Faustin Linyekula. Je vois comment il travaille dans des conditions de précarité extrême, il n'y a aucun soutien public, pas d'infrastructure. Il faut trouver un groupe électrogène, il faut trouver une salle qui n'est pas louée par une église évangélique au dernier moment, c'est un combat", raconte Vincent Baudriller.

Niangouna, à la fois auteur, acteur et metteur en scène, montre "Attitude clando" au festival en 2007, Linyekula présente deux spectacles au croisement de la danse, du théâtre, de la musique et des arts plastiques. "C'est la première fois que deux jeunes artistes africains sont au festival dans une production contemporaine, et pas dans un rapport aux traditions", souligne Baudriller.

Dieudonné Niangouna revient en 2009 ("Les inepties volantes") et il est choisi il y a deux ans comme "artiste associé" de l'édition 2013 avec Stanislas Nordey. De ce choix va découler toute une programmation tournée vers l'Afrique, qu'il s'agisse de jeunes artistes du continent ou d'Européens qui travaillent avec des Africains, comme l'Allemande Monika Gintersdorfer avec le milieu du show-biz de Côte d'Ivoire et sa diaspora parisienne.

Le "coupé-décalé"

Certains ont moins de 30 ans, comme Qudus Onikeku, qui évoque la mémoire de son père de 80 ans avec le langage chorégraphique moderne, la vidéo, mais aussi la tradition Yoruba du Nigeria, raconte Vincent Baudriller. "Il vit à Lagos, une métropole de plus de 10 millions d'habitants, a monté son projet avec 3 semaines en résidence en Malaisie, 15 jours en Californie, une résidence à Rennes ... Il est symptomatique de cette Afrique qui se transforme, produit, crée, fait des affaires: pas vraiment l'Afrique des cartes postales!"

Monika Gintersdorfer et son compatriote Knut Klassen présentent trois pièces dont le point commun est le danseur et chorégraphe Franck Edmond Yao. Dans "Logobi 05", le danseur ivoirien rencontre le chorégraphe contemporain Richard Siegal pour une improvisation autour du "logobi", une danse de rue d'Abidjan. "La fin du western" est le récit de la crise qui a ébranlé la Côte d'Ivoire il y a deux ans lorsque Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara revendiquaient tous deux la présidence. "La Jet Set" porte le nom du mouvement qui a inventé le "coupé-décalé", un mélange de danse et de slogans qui met en scène des figures comme "l'ambassadeur," "le banquier", "Sarkozy" ou encore "Versace" ...

"Le coupé-décalé était d'abord un phénomène pour les Ivoiriens, ensuite il a gagné les autres pays africains", explique Monika Gintersdorfer. Paradoxalement, les spectacles ont été peu montrés en France, pourtant plus proche de la Côte d'Ivoire que l'Allemagne.

"Les Français sont peut-être plus classiques dans leur vision du théâtre, ils sont peut-être moins dans l'expérimentation, le croisement des disciplines comme la danse, le théâtre, la musique", avance Monika Gintersdorfer.

 

 

AFP Relax News