Un souvenir, une émotion, Carmen Blanco Principal - Celle qui savait regarder l'autre et entendre l'invisible

Carmen Blanco Principal - Inside Landscapes
6 images
Carmen Blanco Principal - Inside Landscapes - © Antoine Fallon

L’artiste pluridisciplinaire Carmen Blanco Principal est décédée dans un tragique accident de voiture en octobre dernier en Italie. Amis, famille et professionnels lui ont rendu hommage le 25 octobre dernier, de midi à minuit, à La Raffinerie à Bruxelles. Plus qu’un hommage posthume à Carmen Blanco Principal, il s’agissait davantage de mettre en mouvements toute une œuvre qui est aussi celle d’une vie, avec une liberté qui, malgré la douleur profonde, faisait plaisir à voir : guinguette plastico-rock-en-roll, performances, prose… Et aussi les souvenirs et les émotions de celles et ceux qui ont bien voulu nous les confier.

 

Miguel Decleire, membre de Transquinquennal_ Ma plus grande émotion avec Carmen, c’est lorsque je suis allé voir Les Troyennes de Thierry Salmon à Milan. J’y étais allé avec ma compagne Veronika Mabardi qui était très proche de Carmen. Nous n’avions quasiment pas vu Carmen ce jour-là, seulement entraperçue. Elle semblait être partout comme si elle portait tout le spectacle sur ses frêles épaules - qui n’étaient pas si frêles, d’ailleurs (sourire). J’en ai un souvenir très précis et très curieux.

Elle avait aussi une relation très particulière avec l’émotion lorsqu’elle la partageait, c’était comme une donnée brute, en substance : " Oui, c’est beau, c’est magnifique mais on ne va pas en faire un fromage. "

Après, j’ai d’autres souvenirs avec elle, elle venait régulièrement répéter avec Veronika dans notre cave. Et nous faisions des concours de pâtes qu’elle gagnait toujours. Nous avions développé une complicité autour de la cuisine (rires).

Virginie Jortay, directrice / ESAC_ Je n’ai pas un souvenir, j’ai des moments magnifiques avec Carmen, j’en ai plein. Et je n’arrive pas à choisir, entre les moments de gaspacho, les moments de pâtes, les moments sur le plateau, les moments de paroles, Je crois que c’est l’entièreté de la présence de Carmen qui m’apparaît. Il n’y avait jamais rien derrière, tout était franc. Je ne peux pas croire qu’elle n’est pas là. Elle est toujours là, dans les pâtes, à table… Elle est là, dans le présent.

Et le plus beau souvenir que j’ai d’elle, c’est…(silence), le moment où elle te dit : " putain, quoi ?! Allez, dit ?! Non. Non. Allez, dit ?! " C’est ça.

Louise Vanneste, chorégraphe / Rising Horses _ Mon plus beau souvenir, c’est lorsque nous nous croisions à La Raffinerie parce que nous partagions le même bureau. Nous étions à chaque fois très heureuses de nous voir. Avec Carmen, se croiser et se dire seulement " bonjour ", c’était déjà quelque chose. C’est mon plus beau souvenir avec elle, avoir juste échangé des mots. Et il y a aussi une de ses créations, Slipping (2009) que j’ai vue alors que je ne la connaissais pas encore. Cette pièce m’a profondément marquée.

Isabelle Bats, auteure, performeure_ C’était lors d’un concert de Inside Landscapes à L’Usine bis à L’Abbaye de Forest où tout à coup, elle s’est jointe à Drita Kotaji pour parler, palabrer avec ce côté bien à elle : " je ne suis pas certaine de bien gérer ce que je suis en train de faire mais je le fais quand même. " Un mélange de détachement et d’implication qui n’appartenait qu’à elle. C’était une de ses qualités qui m’émouvait beaucoup.

Après, avec Carmen, j’ai surtout bien ri en buvant un verre et en parlant d’histoires d’amour, sans jamais parler d’art. Je pense que nous n’avons jamais eu ensemble une conversation artistique. Et c’est tant mieux. Même si j’aime les liens du travail qui unissent, je pense fondamentalement que la vie est ailleurs.

Dominique Thirion, auteure, performeure_ Mon plus beau souvenir de Carmen, c’est lorsque j’ai découvert, en 2011, son installation plastique et sonore L’isola delle Lacrime à Compil d’avril à la Raffinerie. J’y voyais des pièces de l’enfance ou des choses perdues se détacher et tomber lorsque la glace fondait. J’ignorais tout du propos et du part pris artistique. J’y voyais les danseurs dans leurs souffrances et leur force, aussi, celle qui permet de continuer de danser, malgré tout. La danseuse sur fil, au sol, le jeune blessé jouant avec sa blessure… Je trouvais le propos très fort : faire de la blessure, une force pour continuer… La perte devenait une force de travail. Ce que Carmen a montré dans ce spectacle m’a émue au plus profond de moi-même et au-delà de toute pensée.

Alice Piemme, photographe_ Mon plus beau souvenir avec Carmen doit sans doute être le concert Le Cabaret des auteurs où elle faisait toutes ces phrases qui n’avaient aucun sens, juste avant de monter sur scène. Elle avait le même trac que nous tous : photographe, vidéaste, régisseur… Mais au fond, nous nous en fichions tous. C’était juste formidable d’être là, ensemble.

Pour évoquer Carmen, il n’y a jamais un seul moment, il y a plein de moments. Et il est impossible de les résumer. Cet aspect est essentiel. On en a mille dans la tête, très différents. Et chaque moment pris séparément semble être unique.

Pierre Thys, directeur des relations extérieures et conseiller de programmation danse / Théâtre de Liège_ La première fois que j’ai rencontré Carmen, c’est ici, à La Raffinerie, il y a vingt ans. Elle était avec Monica Klinger. C’est peut-être facile de dire cela, aujourd’hui, mais c’était très clairement une femme d’exception.

Mon souvenir avec elle ? Ce sont des souvenirs qui ont à voir avec le spectacle et l’échange. Cette année, sans s’être concertés, nous avions fait le même choix de spectacles à voir au Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles. Nous avions le même programme. C’était vraiment un pur hasard. Nous partagions souvent le même avis. Elle échangeait beaucoup. Nos discussions étaient très riches.

Lorsque je songe à sa carrière de pédagogue à l’insas à Bruxelles ou au Conservatoire de Mons, je me dis que ça devait être quelque chose d’unique, pour les étudiants, d’avoir pour professeure une professionnelle comme elle, avec un tel savoir, jamais prétentieux. Carmen était constamment dans l’échange constructif. Je pense qu’elle a dû beaucoup leur apporter. C’est étrange que cet hommage lui soit rendu, aujourd’hui, à la Raffinerie, le lieu où je l’ai rencontrée la première fois.

Christian Machiels, directeur de La Balsamine de 1994 à 2010 _ Il y en a beaucoup. Le premier, c’est lorsque je travaillais au bureau de production théâtrale Indigo, nous étions en plein développement du projet Les Troyennes, le metteur en scène Thierry Salmon cherchait une assistante. Je me souviens de Carmen arriver au bureau, toute jeune.

Le deuxième est lié évidemment à l’histoire de La Balsa et à toutes les choses magnifiques qu’elle a pu y faire. J’ai à l’esprit le souvenir incroyable de La Danses des pas perdus mis en scène avec Monica Klinger parce que c’était ma première année de direction à La Balsa (1994), parce que nous présentions, à mon sens, un spectacle hors norme, durant tout le festival de Danse Balsa Marni, à 22 heures, pour une jauge de 25 à 30 spectateurs. Le spectacle a connu un succès retentissant. En créant ce spectacle, elle m’a fait un très beau cadeau. J’en garde des images intenses : les représentations, les spectateurs enthousiastes face à un objet " difficile ", etc.

Après, il y a eu d’autres pièces. Je pense à Slipping (2009) qui a connu deux versions à La Balsa, une dans la petite salle, vraiment magnifique et une autre dans la grande salle qui était toute aussi belle. Et il y a aussi Clash présenté lors de la dernière édition du Festival de Danse Balsa Marni, en 2010.

Le souvenir de Carmen, c’est 1994-2010. C’est dix-sept ans de présence régulière à La Balsa et… (long silence), dix-sept ans de cadeau.

Caroline Vermeulen, administratrice / Zoo-Thomas Hauert _ J’ai eu la chance de partir en tournée avec Carmen lorsqu’elle était soutenue par Charleroi Danses. Nous étions au Festival Danse Emoi à Limoges. C’est vraiment là que je l’ai découverte. Nous sommes allées souper. Nous avons bu du bon vin, mangé un bon steak. J’ai découvert une femme merveilleuse, j’ai été touchée par sa sincérité. Nous sommes restées proches, elle était tellement naturelle, tellement sincère…

Je suis triste parce que la dernière fois que je l’ai vue, c’était à l’ouverture de La Biennale de Danse à Charleroi. J’étais en train de parler avec quelqu’un et, je voyais Carmen me sourire et me faire des grands signes : " viens, on va parler ensemble. " J’étais en pleine conversation professionnelle et je n’ai pas pu aller l’embrasser, la serrer dans mes bras. Et après, j’ai appris son décès. Je m’en veux de ne pas être aller l’embrasser.

Veronika Mabardi, auteure et metteure en scène_ Mon plus beau souvenir et celui sur lequel, je reviens toujours, c’est lorsque nous rentrions ensemble du Conservatoire de Mons. Nous allions de Mons à Bruxelles, jusqu’à chez elle, le soir tard. Notre trajet prenait trois à quatre heures parce que tout le long nous discutions et nous nous perdions. Nous nous retrouvions soudainement devant une église flamande, surprises : " mais qu’est-ce qu’on fiche-là ?! Où sommes-nous ? " Nous discutions et tout se mélangeait, le travail, la santé, les projets, les élèves, etc. Nous étions aussi désorientées l’une que l’autre. Nous plaisantions : " on avait dit qu’on se coucherait tôt et il est deux heures du matin. On est dans la campagne flamande. " C’est vraiment un souvenir, pouvoir me perdre.

Jeannine Dath, membre du CAPT_ C’était nos discussions sur les chocs esthétiques au théâtre et le silence qui envahit le spectateur, après. Me revient une conversation que j’ai eue avec Carmen, au cours de laquelle nous avons évoqué différents spectacles. Elle s’est souvenue d’un spectacle de Christoph Marthaler qu’elle avait vu à Bruxelles et après lequel elle n’avait pas pu parler pendant une heure.

Christine Grégoire, département Théâtre / INSAS_ Mon plus beau souvenir récent, c’est lorsque nous nous sommes embrassées avant qu’elle ne parte en Suisse et en Italie.

Pierre Droulers, chorégraphe_ Mon plus beau souvenir, émotion… le spectacle Clash avec les deux garçons, un slameur et un hip hopeur. Je connaissais Carmen seulement professionnellement. Je trouvais le projet superbe. Je pressentais chez elle, un certain engagement que j’ai retrouvé plus tard dans l’exposition L’isola delle Lacrime qu’elle avait présentée dans la salle où nous sommes (ndlr : rez-de-chaussée, La Raffinerie). Elle se composait de cubes de glace dans lesquels étaient emprisonnés des objets et qui fondaient. À un moment donné, je me suis retrouvé seul avec elle dans le dispositif. Je ne savais pas quoi lui dire car je regardais son œuvre. Elle, elle circulait parmi les glaçons qui fondaient. C’était très émouvant. J’étais en train de regarder l’œuvre de l’artiste avec laquelle j’étais seul. Il n’y avait personne d’autre. L’œuvre était saisissante, elle avait à voir avec la conservation, la mort…

Vincent Thirion, intendant général de Charleroi Danses_ C’est difficile. J’ai plein de souvenirs, plein d’émotions. Carmen, que ce soit dans la salle ou dans ma vie, c’est la lumière. Lorsqu’elle entrait dans une pièce, tout le monde l’aimait. Elle arrivait avec intelligence, discernement et beauté à extraire des choses fabuleuses.

Je ne vis pas à Bruxelles. Carmen venait souvent chez moi un peu à l’improviste en nous disant, à Alexis et à moi : " je vais vous apprendre une recette. " Et nous cuisinions tous ensemble.

Carmen, c’est comparable à l’extrait du spectacle qu’on a vu tout à l’heure : un collectif qui porte une personne et la monte, la monte, l’aide et est seulement avec elle. Elle ne mourra jamais. J’aimerais que restent les traces de cette femme qui était (long silence)... fabuleuse.

Claire Diez, auteure, critique_ Un souvenir… c’est un espace très particulier à Marrakech dans le cadre de Daba Maroc et pour lequel nous nous sommes beaucoup battus. Un ancien complexe sportif qui avait des salles extraordinaires dont une, surtout, tombée en désuétude : une piscine désaffectée, aux vitres explosées, sans échelle pour descendre dans le bassin. Un endroit que Carmen adorait.

Le complexe était géré par le ministère marocain. Toutes les démarches entreprises étaient très administratives, il fallait négocier et partager l’occupation avec les sportifs.

Finalement, nous avons obtenu l’autorisation d’occuper l’espace. Nous nous sommes retrouvés tous là, et je vois encore Carmen, debout, les poings serrés en train d’encourager tout le monde à prendre possession de l’espace. Elle demandait : " c’est quoi, cette matière ? C’est quoi, ces angles ? Marchez. Tenez-vous debout ? Marchez, les yeux fermés. Marchez, les yeux ouverts. Il y a des escaliers, il y a des balustrades. Comment vos corps parlent, interagissent-ils avec l’espace ? " J’ai encore en tête les images d’elle, circulant, allant de gauche à droite ou bien assise.

Sa manière de prendre des notes m’impressionnait beaucoup. Elle avait un carnet. Lorsqu’elle écrivait, il y avait trois mots sur la page et celle-ci était pleine. Elle avait un trait particulier, épais, noir. C’était très éruptif, ça sortait.

Je me souviens aussi de ses mains lorsqu’elle parlait. Ses mains allaient au cœur. Ses mains dessinaient, traçaient dans l’espace des choses que ses mots n’arrivaient pas à prendre au vol de sa pensée.

Carmen, c’est plein de choses, des souvenirs de travail, des souvenirs de grande attention à l’autre, de grande solidarité et de suivi.

Philippe Grombeer, directeur du Théâtre des Doms de 2001 à 2011 _C’est lorsqu’elle est venue à Avignon. Je dirigeais le Théâtre des Doms. Nous avions programmé Slipping aux Hivernales. Nous avons eu le temps de nous rencontrer, de mieux nous connaître. Auparavant, nous nous croisions sans réellement savoir qui nous étions vraiment.

Ce qui me touche beaucoup dans l’hommage qui lui est rendu, aujourd’hui, à la Raffinerie, c’est de voir à quel point son travail de création touchait d’univers différents. Elle travaillait avec des danseurs du hip hop, dansait avec des circaciens, des danseurs contemporains… C’est ce qui m’a toujours porté dans ma vie et mes quarante-deux ans d’action culturelle. J’ai le sentiment de beaucoup me retrouver dans son travail. C’est presque une sœur. C’est ce que j’ai envie de garder d’elle.

Mauro Paccagnella, chorégraphe et interprète / Wooshing Machine_ Je garde en mémoire un souvenir. Carmen était venue nous voir travailler à La Raffinerie. Nous y étions en résidence de création pour Ziggy. Et nous étions, nulle part. Pourtant, elle avait adoré. Carmen était très sensible aux instants de flottements qui n’ont pas encore trouvé leur justesse. Après, le travail a bien évidemment évolué. La rigueur de la construction d’un spectacle te porte ailleurs, tu travailles, tu retravailles.

Le regard porté par Carmen, à ce moment-là, était pur, non affecté, sans préjugés ni a priori, placé seulement là où il devait être. Il était respectueux. C’est une leçon d’art et de vie que je garde.

Carmen, c’est comme un bateau qui continue à dériver, même si elle est perdue dans un espace vide. D’ailleurs, elle a peut-être trouvé l’espace vide qu’elle a toujours cherché (sourire).

Nous n’avons pas partagé beaucoup d’instants intimes. Néanmoins, il y avait entre nous une entente franche, voire une forme de respect.

Aujourd’hui, je ressens beaucoup de tristesse car il y a le manque. Mais paradoxalement, l’énergie qui règne, ici et maintenant, est extraordinaire. Est-ce qu’il serait possible de garder le regard qu’elle portait sur la création et les personnes comme un trésor ? Dernièrement, elle connaissait des difficultés financières, elle avait du mal à trouver sa place. C’est fou…

Mon souvenir, c’est celui d’une respiration qui va au-delà des choses et des contingences. C’est la capacité à voir ce qui est, à lui donner sa juste valeur et à la communiquer. C’est ce qui reste. Je pense beaucoup à Monica Klinger, aussi. Le temps fera son chemin… (silence). Oui.

Fabienne Aucant, chargée de production et diffusion/Charleroi Danses_ Sans réfléchir, les meilleurs souvenirs sont, ici, à La Raffinerie, au quatrième, lorsque nous échangions sur les spectacles que nous avions vus. Elle venait prendre son café, elle prenait toujours le temps de la discussion. Là, je n’ai pas en tête le nom d’un spectacle sur lequel nous avons débattu. Mais c’était cela, cette proximité. Elle avait son bureau, ici. C’était quelque chose de très familier.

Après, bien évidemment, il y a ses spectacles. Le spectacle avec son neveu, Slipping aux Halles. Et de nombreux projets qu’elle a créés aux Halles de Schaerbeek, notamment le film Extérieur Rue réalisé avec Anne Closser dans le cadre du projet Voisins. À la Raffinerie, il y a l’exposition L’isola delle Lacrime et le projet Clash avec les adolescents.

Sabine Sil / L’Usine bis_ Les moments partagés avec Carmen étaient toujours un peu fugitifs. Je m’en souviens d’un en particulier, un soir de pluie au Cinéma Marivaux au Kunstenfestivaldesarts. Nous étions venues voir Isabelle Bats dans la création Numax-Fagor-plus de Roger Bernat. Nous avons passé toutes les trois une soirée surréaliste, à discuter, à rire, à pleurer, aussi. Nous étions un peu ivres (sourire).

Il y a d’autres moments à l’Usine bis. Il y a aussi toutes nos conversations… Je suis désolée… j’ai du mal à parler.

Alessandro Bernardeschi, danseur_ Elle venait chez moi, elle prenait la guitare. Et comme moi, elle ne savait pas jouer de la guitare mais elle jouait quand même. Elle chantait Pink Floyd. Nous mangions et nous parlions en italien. Elle parlait très bien italien. C’est triste. La dernière fois que je l’ai vue, c’était au Kunstenfestivaldesarts, en mai dernier, juste avant le spectacle Gala de Jérôme Bel. Nous ne nous sommes pas revus après…

Anne Thuot, auteure, metteure en scène, interprète _ Mon plus beau souvenir avec Carmen, c’était notre rencontre, il y a longtemps, lorsqu’Antoine Pickels dirigeait La Bellone. Cédric Lenoir et moi, y avions fait des performances. Carmen m’avait dit : " ça serait bien qu’un jour on aille boire un café ensemble. "

Et c’est ce que nous avons fait. Nous étions sur une terrasse, il faisait très beau. Elle m’a dit : " tu sais, il y a des gens qui choisissent de prendre du temps, d’explorer, de ne pas reproduire ce qui est et de choisir quelque chose de personnel. Je pense que tu fais partie de ces gens-là. J’ai vu vos performances. Et je pense que nous avons ça en commun. " À partir de ce moment-là, nous ne nous sommes plus quittées. Nous avons beaucoup échangé. Elle est devenue ma comparse à l’insas, aussi. C’était magnifique.

 

Merci à celles et ceux qui, malgré leur tristesse profonde, ont accepté de nous confier leurs souvenirs et émotions.

 

Propos recueillis par Sylvia Botella le 25 octobre 2015 de 13h30 à 18h, dans le cadre de Ka., hommage à Carmen Blanco Principal en collaboration avec le collectif ka, Charleroi-Danses, La Maison des auteurs, Archives et Musée de la littérature et Contredanse à La Raffinerie à Bruxelles.