Trois îles en automne. Le Kunstenfestivaldesarts 2020 au temps du Covid-19

Anne Teresa De Keersmaeker & Radouan Mriziga / Rosas & A7LA5 : 3ird5 @ w9rk
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Anne Teresa De Keersmaeker & Radouan Mriziga / Rosas & A7LA5 : 3ird5 @ w9rk - © DR

Depuis 1994, le Kunstenfestivaldesarts créé à l’initiative de Frie Leysen est un rendez-vous annuel printanier incontournable. Il met l’accent sur les formes artistiques nouvelles (en théâtre, danse, arts plastiques, cinéma) et pose sur nos sociétés mondialisées des interrogations politiques et éthiques fondamentales.

La déferlante de Covid 19 depuis mars et les mesures sanitaires qui l’accompagnent ont rendu irréalisable le projet primitif, remis à l’automne mais sous forme éclatée et plus modeste. Au lieu de trois semaines en mai de spectacles pointus venus du monde entier, il se décline en trois phases baptisées joliment "îles" par la nouvelle équipe de direction : Sophie Alexandre, Daniel Blanga Gubbay et Dries Douibi. Un triple focus qui se contente d’une participation internationale réduite pour de très compréhensibles interdictions de voyager mais met en valeur les artistes, belges ou étrangers déjà présents sur notre territoire.

Every Inside Has an Outside (du 4 au 8 septembre)

La première "île" de cet archipel déploie ses lagons et replis dès aujourd’hui, du 4 au 8 septembre dans divers lieux de Schaerbeek, la Maison des Arts, les Halles et l’espace public notamment pour la performance de Gwendoline Robin imaginant un feu d’artifice de jour offert aux enfants… entre autres.

plus d’infos sur le programme sur le site du KFDA

Aux artistes déjà programmés en mai, le KFDA propose d’étendre à la crise actuelle leur réflexion critique sur la société. Ainsi le cinéaste chinois Wang Bing projette dans les Halles une réflexion sur son confinement/isolement à Pékin sans abandonner son projet primitif, une étude sur les travailleurs/euses ouest-africain(e) s installés à Guangzhou et en parallèle la colonisation à la chinoise en Afrique, à Lagos.

La Coréenne Jisun Kim, passionnée par le monde virtuel comme espace de liberté étend sa réflexion à la curieuse "île"actualité du virtuel dans notre vie quotidienne.

Le Camerounais d’Anvers Guy Woueté recrée dans l’espace public une série de protestations symboliques actualisée par le sort des sans-papiers que la crise a rendus invisibles dans l’espace public.

La Turque Begüm Ercyas questionnera la relation entre la solitude et la détermination politique à partir des "Letters from Attica" de Sam Melville écrites alors qu’il était prisonnier politique dans les années 70.

Un film vietnamien de Tuan Andrew Nguyen verra dialoguer deux animaux en voie d’extinction rêvant de se venger en se réincarnant dans un virus (en …2017,  un film d’anticipation !).

Enfin, Anne Teresa de Keermaeker et Radouan Mriziga ont un projet commun sur la respiration, non seulement comme outil de perfection chorégraphique mais comme architecture de l’espace, avec une dimension écologique.

The Diasporic Schools (tout au long d’octobre)

Sept artistes internationaux proposeront des créations basées sur des rencontres en ligne sur le thème de la diaspora. On pourra voir par exemple ce que font les diasporas cubaine et palestinienne de ce nouveau moyen de communication à distance.

plus d'infos sur le programme sur le site du KFDA

News from home (du 26 au 29 novembre)

Cette troisième île permettra un soutien à la production locale par une collaboration avec six maisons d’art bruxelloises et sept artistes bruxellois(e)s.

Léa Drouet, nouvelle directrice de l’Atelier 210 fera résonner le passé de sa grand -mère dans "Violences".

Radouan Mriziga et Cherish  Menzo chorégraphieront la puissance politique des figures féminines alors que Sarah Vanhee et Gérald Kurdian proposeront des co-créations à de jeunes Bruxellois .

Au total, trois propositions, une par mois et trois parcours dans un archipel d’histoires de notre temps confiné, racontées à la façon "kunsten" qui mêle réflexion politique et exigence esthétique