Deux événements à Bozar : Un " Hamlet " lithuanien et " La vecchia vaccca ", meilleure découverte…belge 2012/13.

Hamlet mes O Klorsunovas
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Hamlet mes O Klorsunovas - © D. Matvejev

A Bozar, ce samedi, le "Hamlet" du metteur en scène lithuanien Oskaras Korsanovas . Et mardi midi, Bozar toujours, la meilleure découverte 2012/13, des prix de la critique : "La Vecchia Vacca" d’un jeune belge Salvatore Calcagno.

Critique : " Hamlet " ****

Après l'avoir vu hier soir voici mon commentaire : allez-y! Voici pourquoi :

Korsanovas prend Hamlet, comme Robet Carsen prend un livret d'opéra: il y décèle un concept central, le miroir, à la fois la loge où tous les acteurs se griment et l'interrogation métaphysique: le "Qui est là" de Shakespeare devient "qui es-tu", fil conducteur aux innombrables variantes. Le texte de Shakespeare reste central mas est retravaillé pour aller à l'essentiel sur notre identité problématique, encore plus évidente avec une jeunesse actuelle sans repères. La démultiplication des miroirs et le jeu d'acteurs d'un dynamisme "russe" nous entraîne dans une sarabande très contrôlée où la folie, feinte ou réelle, est un autre moteur de recherche. Belle synthèse entre un théâtre de texte et un théâtre d'interrogation sur le texte. Les "post-post modernistes" n'y trouveront pas leur compte, préférant sans doute les mises en scène à la tronçonneuse de Macaigne. Mais je conseille cet Hamlet à tous ceux qui goûtent le jeu avec Shakespeare, les libertés prises avec lui sans se croire obligés d'éliminer la beauté de la langue.. ;adaptée, en douceur à nos interrogations contemporaines.

NB :1) à voir seulement ce soir samedi à Bozar à 19H30/

 

Christian Jade (RT BF.be)

 

 

Critique : La VecchiaVacca (Salvatore Calcagno) : ****

 

 

 

 

Créée aux Tanneurs, MEILLEURE DECOUVERTE 2012/13 AUX PRIX DE LA CRITIQUE. REPRIS A BOZAR UNE FOIS, MARDI 19 novembre, AUX MIDIS DU THEATRE/ma brève critique de l'époque (ce printemps)


La Vecchia Vacca" d'un jeune homme hyperdoué Salvatore Calcagno, un des étudiants d'Armel Roussel, qui accumule le joyeux tumulte baroque de Fellini, la rigueur esthétique de Visconti et une réflexion pasolinienne sur l'homosexualité! Mais une homosexualité joyeuse, née de la fascination d'un jeune homme pour sa mère incarnée par 4 jeunes femmes non seulement belles, mais vocalement accordées par ce musicien de Calcagno. Ajoutez une "lumiériste" qui donne à tous les corps, (1 masculin, 4 féminins), une sensualité superbe et baigne le tout dans un clair obscur à la Caravaggio. OVNI MAGIQUE /jeune création, à suivre.

NB : 1)

ces " midis du théâtre " à Bozar, insistent sur la jeune création belge et accueillent notamment " Le Signal du promeneur " du Raoul collectif. À voir sur www.bozar.be . À l’onglet " théâtre ".

2) Vecchia Vacca sera reprise aux Tanneurs en 2014/2015

Christian Jade (RTBF.be)

 

Addendum (pour les mordus !) Interview de Korsanovas reprise sur le site Théâtre de Caen.

 

 

Interview d'Anders Kreuger avec Oskaras Koršunovas
Oskaras Koršunovas à propos de Hamlet
Dans le cadre du Prix Europe pour le Théâtre

Anders Kreuger : Pourquoi mettez-vous en scène Hamlet justement maintenant ?
Oskaras Koršunovas : Pour un metteur en scène, Hamlet est un peu comme se marier. C'est quelque chose que vous sentez que vous devez faire quand le moment arrive. Et tôt ou tard, ce moment arrivera. Ma propre vie intérieure est en ce moment, je pense, cohérente avec la vie de Hamlet en tant que personnage dramatique.
D'une part, toute conversation sur pourquoi Hamlet est d'actualité aujourd'hui et semblera plutôt naïve compte tenu que cette pièce est tellement d'actualité qu'elle peut toujours être associée de manière crédible aux affaires courantes.
D'autre part, la vie des jeunes au début du XXIe siècle est semblable à celle de Hamlet dans un sens fondamental.
Toutes les réponses à ce qui nous survient se trouvent dans notre passé récent. Toute notre compréhension de la réalité est entièrement conditionnée par les événements et la pensée du XXe siècle. C'est presque comme si le XXIe siècle se refusait à commencer.

Le fait d'être dominé par le passé représente-t-il le principal embarras de Hamlet ?
Le passé "programme" notre futur à pratiquement tous les niveaux. Nous croyons avoir échappé aux horreurs d'hier et nous essayons d'éviter de faire face aux défis d'aujourd'hui et de demain. Nous avons un besoin aigu d'introspection afin de comprendre notre environnement et les décisions que nous prenons par rapport à la vie. Nous pouvons même avoir besoin de nourrir une certaine "paranoïa" en nous-mêmes afin d'éviter de faire des erreurs fondamentales dans la compréhension du monde. Nous avons besoin de dépasser le calme autour de nous, nous avons besoin d'apprendre et de ré-apprendre que c'est une illusion.
C'est pourquoi Hamlet est la pièce la plus actuelle pour notre époque. La question de Hamlet nous semble tout d'abord absurde. Notre existence est tellement confortable et le futur semble pratiquement garanti. Mais en fait le futur doit être trouvé en chacun d'entre nous et pas dans les slogans politiques ou les publicités commerciales. Nous avons besoin de déchirer le voile qui nous cache notre vie, nous avons besoin de lacérer notre existence soit-disant sûre. La sécurité peut s'avérer très dangereuse.

En termes de théâtre, s'agit-il d'une tragédie de notre époque ?
Durant les cinq dernières années environ, un discours de changement radical a été progressivement remplacé par un discours de sécurité illusoire. Je parle de la réalité qui m'entoure de près mais je crois que cela est également vrai pour un contexte plus ample.
Il se peut que ce ne soit pas une tragédie dans le sens classique du terme mais ce qui prépare le terrain pour Hamlet maintenant c'est que les jeunes ne semblent pas capables de mûrir, qu'ils restent infantiles tellement longtemps. Du moins en Lituanie, dans l'Europe post-soviétique, les jeunes sont encore affectés par les conditions totalitaires ou absolutistes dans lesquelles ils sont nés. beaucoup d'entre eux sont trop heureux des améliorations qu'ils ont vues durant les quinze années depuis qu'ils étaient enfants. Ils sont devenus complaisants. Ils sont en train de se dégrader et pourtant ils sont trop satisfaits d'eux-mêmes !

Mais pourquoi devraient-ils s'identifier à Hamlet ?
Ils ont besoin de trouver la motivation en eux-mêmes pour devenir à nouveau Hamlet. Il se peut que leur motivation soit leur désir de savoir à quel mystère ils participent. Les enfants sont maintenus dans un rôle passif. On ne leur raconte pas la vérité sur ce qu'il leur arrive. L'état réel des affaires n'est pas révélé à Hamlet, soit-disant pour son bien. Avec l'adolescence prolongée d'aujourd'hui, cette condition de passivité protégée s'est étendue jusque dans la vie adulte.

Nous ne savons pas à quoi nous avons affaire. Nous avons besoin de tout regarder avec les yeux de Hamlet, nous avons besoin de plus de ses soupçons. Nous sommes tombés amoureux de l'illusion de la sécurité. (…)
Ce qui caractérise ma génération est son mimétisme par rapport à son époque. Ma génération sait comment s'adapter à notre époque par l'imitation. Elle a été affectée par des événements significatifs – et elle est même passée à travers des moments révolutionnaires avec un "statut d'observateur" – mais cela n'a généré aucun changement profond en elle-même. De nombreuses personnes appartenant à ma génération gardent l'illusion qu'elles ont influencé le cours du monde mais en fait elles ont simplement bien réussi à s'adapter. Nous sommes une génération de caméléons, une génération petit-bourgeoise des derniers jours. (…)

Quand vous mettrez en scène Hamlet, comment affrontez-vous le problème théâtral "en général" ? Essayerez-vous de vous y retrouver ?
Mon point de départ est que je ne veux pas parler de hamlet en tant que personnage de théâtre, mais de nous, de moi.

De votre génération, à travers vous ?
J'ai parlé ici de ma génération pour élaborer un contexte particulier pour la mise en scène que j'ai en tête. Mais je veux vraiment dire quelque chose de très individuel, de très subjectif. C'est pourquoi j'ai même pensé à jouer Hamlet moi-même… à la fin je ne le ferai pas, mais j'ai visualisé "mon" Hamlet comme si je le jouais, et le ton et l'aspect de l'ensemble de la production devra certainement beaucoup à cet autoportrait imaginaire que j'ai délibérément laissé inachevé. (…)

Anders Kreuger est critique et commissaire d'art contemporain ainsi que le Directeur du Kunsthalle Lund en Suède. Il a vécu et travaillé en Lituanie pendant de nombreuses années. Il a secondé Oskaras Koršunovas dans sa production de Cleansed de Sarah Kane à Elverket à Stockholm en 2003.


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