Taoufiq Izeddiou - En alerte - Le passage d'une étoile

Taoufiq Izeddiou - En alerte
Taoufiq Izeddiou - En alerte - © Fouad Nafili

Retours sur notre premier coup de cœur du Kunstenfestivaldesarts édition 2016, la pièce de danse En alerte du chorégraphe, danseur et cofondateur du Festival On Marche à Marrakech Taoufiq Izeddiou. Ici, la danse nous sourit depuis le fond de l’univers, à travers les étoiles.

Après les pièces de danse Cœur sans corps, Clandestins CSC, Déserts désirs, Aataba, Aaléef et Rev’Illusion, le chorégraphe et danseur de Marrakech Taoufiq Izeddiou crée En alerte (en co-production avec Charleroi-Danses et le soutien indéfectible de Vincent Thirion) au Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles. On en reconnaît immédiatement le style avec de nouveaux éclairages.

Dans cette nouvelle création, suivent les voyages intérieurs, aussi centrés qu’excentriques s’ouvrant sur des espaces dilatés et les mots du poème Madîh al-Zill al-‘Alî (Éloge de l’ombre haute) extrait de l’œuvre Nous choisirons Sophocle et autres poèmes (1983) du poète Mahmoud Darwich, aussi providentiels que puissants pour celui qui se sent prisonnier.

"Que la révolution est vaste.

Que la voie est étroite.

Que l’idée est grande.

Que l’état est petit."

L’impression immédiate est de revenir à la source de la vie et aux premières danses de Taoufiq Izeddiou. L’œuvre dégage une puissance d’évocation peu commune, à la fois primitive et sophistiquée, d’une pleine efficacité qui sait préserver une part de mystère, propre. Elle mêle dans un montage-danse-musique-poésie, séquencé et elliptique, le soufie, le gnaoua, la marche, la martialité, le guembri et le tbal (Maalem Stitou), et la guitare électrique (Mathieu Gaborit aka Ayato).

Davantage de lignes de fuites pour faire passer le temps, la tradition et la modernité dans les interstices, et toujours la nécessité de danser pour mieux imaginer le monde et s’échapper vers des ailleurs meilleurs, et la lumière. On peut y voir ce que signifie la phrase du philosophe Edgar Morin : "Le renoncement au meilleur des mondes n’est pas le renoncement à un monde meilleur".

Celui qui essaie de percer les mystères de l’indicible, ne peut qu’être debout et danser pour être libre. Taoufiq Izeddiou, est de ceux-là. Au plateau comme à la vie, et sans jamais se départir de la grâce, son geste est empreint d’une force à toute épreuve, peut-être celle du boxeur qu’il a été.

En ce sens, l’émouvante nudité de l’homme (ou du danseur marocain sans royaume ni couronne?) debout face au mur de la Raffinerie sur lequel ruisselle le mot "Dieu" (dans plusieurs langues), nous impressionne. Comme des traces aussi pures que porteuses d’inquiétudes : "My God leave, my God came", elle nous captive semblable à une peinture vivante.

Là, a lieu la métamorphose (ou résilience), l’homme nu revêt la robe en raphia (Nouredine Amir) et danse depuis le fond de l’univers, remuant le ciel et la terre. Et par notre regard, nous opérons la reconnaissance du danseur marocain. Le visage tourné vers les étoiles, il nous sourit.

 

Sylvia Botella

 

En Alerte de Taoufiq Izeddiou, première les 7, 8, 9 et 10 mai 2016 au Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles; les 7 et 8 juin 2016 au Festival Alkantara, Lisbonne; les 25 et 26 juin 2016 au Festival de Marseille; les 8 et 9 juillet 2016 au Festival Montpellier Danse à Montpellier; du 18 au 22 août au Noordenzon Festival à Groningen; les 22 au 28 août au Göteborg festival à Göteborg et les 13 et 15 octobre 2016 au Steirischer Herbst à Graz.