Romeo Castellucci (De Singel) et Ivo Van Hove (Kaaitheater) : du gâteau des rois pour ce week-end.

"Démocratie en Amérique" Castelucci d'après Toqueville.
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"Démocratie en Amérique" Castelucci d'après Toqueville. - © Romeo Castelucci

La réputation de ces deux grands metteurs en scène aux univers forts, si différents, n’est plus à faire. Roméo Castellucci, découvert au KFDA de Frye Leysen, à la fin des années 1990, a développé une interrogation métaphysique et esthétique radicale, qu’il développe dans des œuvres entre performance, danse et fresque picturale. Ou parfois à l’opéra, comme à La Monnaie (Parsifal, 2011,Orfeo 2014).

Ivo Van Hove adore le répertoire de haut niveau, théâtre, opéra, cinéma, de Shakespeare à Wagner en passant par Visconti ou Arthur Miller, pour nous en donner une vision contemporaine, politique et poétique.

Je découvrirai ce week-end 2 œuvres a priori passionnantes.

Au Singel à Anvers, Roméo Castellucci propose " La démocratie en Amérique ", inspirée de l’œuvre de Toqueville. Un simple point de départ comme lorsque dans la Cour d’Honneur d’Avignon il nous offrait " L’Enfer " de Dante, une vision  superbe plutôt de " son " enfer, parfaitement adaptée au lieu. Ici le point de départ c’est l’arrivée d’un couple de colons puritains dans le désert américain. Ils y fondent un Etat basé non pas sur la  cité athénienne dont les dieux sont multiples  et les citoyens plongés dans la tragédie des contradictions. La graine de cette démocratie c’est la loi biblique, celle de l’Ancien Testament, un Dieu intransigeant qui oblige chacun à un rapport cruel et individuel à Dieu. Dans ce monde patriarcal de puritains, les protestants les plus conservateurs, les femmes, les noirs et les Indiens ne sont pas les égaux des hommes blancs. Castellucci traite le thème sous formes de sombres tableaux, interprétés seulement par des femmes, une petite provocation dont il raffole. Les respirations sont dans des danses archaïques. Avec lui aucun didactisme ni aucune interprétation politique littérale. On est dans le symbole, le rituel, le tableau apocalyptique. Il faut accepter de se perdre dans un univers à la fois très beau et inexplicable. Une expérience en somme.

Janacek, " Le journal d'un disparu ".Variations sur l'amour impossible?

Au Kaaitheater à Bruxelles, Ivo Van Hove met en scène un cycle de lieder de Janacek, " Le journal d'un disparu ".

C’est l’histoire d’un villageois marié mais amoureux d’une jeune tzigane et qui est prêt à tout abandonner pour la suivre. En filigrane la propre aventure de Janacek qui vécut la même aventure mais platonique car sa muse, Kamila, 38 ans plus jeune que lui, refusa de partager cette passion. 22 tableaux pour ténor, alto, chœur de femmes et piano où se mêlent tendresse et cruauté. Une musique minimaliste et une mise en scène d’Ivo Van Hove qui doit réaliser la prouesse de rendre réaliste et contemporain une histoire d’amour " archaïque " et éternelle. Il y aura aussi une création mondiale, la réponse de la compositrice belge Annelies Van Parijs à la thématique du déracinement.  Ivo Van Hove a déjà mis en scène à la Monnaie " Idomeneo " et  " La Clémence de Titus ".

Et ce cycle est une sorte d’introduction à l’opéra " La petite renarde rusée ", que la Monnaie propose à partir de jeudi 16 mars, dans une mise en scène de Christophe Coppens.

- ce 11 mars, à De Singel, à Anvers, Roméo Castelucci propose " La démocratie en Amérique.

-ces 11 et 12 mars, au Kaaitheater à Bruxelles, Ivo Van Hove propose de Janacek, " Le journal d’un disparu ".

NB : pas encore sold out !!

Christian Jade (RTBF.BE)

 

 

 

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