"Retour à Reims, sur fond rouge" : la sociologie est un sport de combat

Reotur à Reims, sur fond rouge
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Reotur à Reims, sur fond rouge - © Estelle Rullier

Didier Eribon n’avait pas d’autres choix que fuir son milieu social populaire pour s’épanouir. C’est sur cette incompatibilité et l’histoire de sa famille qu’il s’interroge. L’adaptation de son ouvrage se joue au Théâtre Varia jusqu’au 21 octobre. 

 

C’est à l’aube de l’âge adulte que Didier a quitté son sang et sa terre. Avec cette fuite, il a surtout mis de côté son milieu social d’origine où il n’aurait pu explorer qui il était. Pour Didier, le seul choix possible était de partir. Des années après, la mort de son père fait ressurgir à la surface ses interrogations : a t-il rejeté père, mère et frères parce qu’il est homosexuel ou simplement par honte de sa classe sociale ? C’est à l’occasion de son voyage à Reims trente ans après que Didier Eribon se confronte à son passé et celui de sa famille touchée en plein coeur par le déterminisme social, celui qui enferme et cloisonne. 

D’une famille ouvrière, le père de Didier Eribon a commencé à travailler à l’usine à 13 ans, dès la fin de l’école primaire. C’était sa destinée et il l’a épousée sans protester, il n’y avait rien d’autre à faire dans le Sud-Est et ainsi allait la vie. Sa mère, elle, nourrissait l’ambition de devenir institutrice mais ne fut que bonne à tout faire, avant d’être mère au foyer. Quand il était jeune, Didier a évolué dans un environnement à la violence sourde et réelle, dans lequel on rejetait la culture en général, un privilège d’une autre classe mais qui deviendra un moyen d’émancipation. En effet, quand il découvre son homosexualité, Didier n’a d’autre alternative que se construire un monde parallèle et s’éloigner de son milieu le plus possible, il le fera notamment en lisant Sartre ou d’autres écrivains que personne dans sa famille n’avait jamais lu. Il va d’abord à Reims où il fait son entrée dans le monde gay avant de se rendre à Paris. Là-bas, il ment sur ses origines, sur la violence de son milieu, l’homophobie, les insultes, il reste vague. Dès lors qu’il assume sa sexualité, Didier n’assume plus du tout son milieu, honteux d’appartenir à cette classe souffrante, dont la pauvreté marque les corps et les esprits. Comme si les deux étaient incompatibles, comme si tout ça était trop lourd à porter. 

 

 

Stéphane Arcas (Bleu bleu) met en scène cette fable sociale autobiographique dans la pièce “Retour à Reims, sur fond rouge” autour du personnage de Didier, incarné par trois comédiens. Les monologues se succèdent comme autant de pistes à réflexion sur le déterminisme social, le rapport au père, la question politique, la question sexuelle… Deux musiciens accompagnent la troupe insufflant au tout un esprit punk et tapageur. Nous sommes spectateurs de la lutte intérieure de Didier Eribon, dans ce décor d’un autre temps où les souvenirs deviennent littéralement poussière. Nous sommes spectateurs de la quête de l’auteur sur le chemin de l’acceptation, accepter d’où il vient pour s’accepter lui-même. Si l’on peut regretter la longueur de la pièce, deux heures c’est un peu long au théâtre, on saluera l’interprétation franche et sans compromis et la mise en scène peu banale. Stéphane Arcas réussit à porter au théâtre ce questionnement sociologique, ce retour aux racines forcé pour en faire une pièce ardente et bouillonnante, sombre et passionnée.

Informations pratiques

"Retour à Reims, sur fond rouge" de Stéphane Arcas d'après Didier Eribon
Du 3 au 21 octobre 2017
A 20h30 ou 19h30 (en fonction des jours)
Au Théâtre Varia (Rue du Sceptre 78 - 1050 Bruxelles)
Plus d'informations sur le site du théâtre.