"Reflets d'un banquet" : Platon réécrit (par Pauline d'Ollone) pour le bonheur du théâtre ****

Adrien Drumel dans "Reflets d'un banquet". Platon revu par Pauline d'Ollone
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Adrien Drumel dans "Reflets d'un banquet". Platon revu par Pauline d'Ollone - © Robert Bui

Le Théâtre des Martyrs a la bonne idée de reprendre un spectacle audacieux que Pauline d’Ollone consacrait au " Banquet " de Platon, au Théâtre de la Vie. Une des 3 meilleures ‘découvertes’ aux Prix de la Critique 2016. Au petit espace du Théâtre de la Vie succède la grande salle des Martyrs. Un beau défi. Nous reproduisons de larges extraits de notre critique de l’époque, avec un 4**** comme marque d’estime.  

NB : les photos proviennent de la production 2017 aux Martyrs (Robert Bui)

Pour donner vie à six personnages du Banquet en quête d’amour (ou plutôt d’un éloge/définition de l’amour) la jeune Pauline d’Ollone, actrice, violoniste et metteuse en scène a  sa recette: "Je pars d’un texte millénaire, où j’invite des personnages d’aujourd’hui, comme si le spectateur se levait de sa chaise pour interroger les Anciens .Je multiplie les anachronismes, je transgresse les frontières, de façon décidée".

Et le résultat ?

Un café philosophique ?

Les protagonistes du Banquet se livrent à un concours d’éloquence sur le thème de l’amour mais leurs monologues sont incarnés, Socrate n’est pas un maître omniprésent mais désiré, attendu comme arbitre et même comme amoureux dans ce débat. On sent les "couples" à l’intérieur des échanges verbaux et le besoin de séduction général. Enfin le personnage de Diotime, la prophétesse inspirée, seulement "citée" par Socrate dans le Platon d’origine, est un vrai "personnage", s’opposant à Socrate. Elle est incarnée, avec quelle verve, par une Anne-Marie Loop au sommet de sa forme, joueuse de flûte mais surtout "contradicteur" "philosophant" sur l’amour… et la "race": résolument actuel.

Amour, musique et rythme : une distribution à l’unisson de la partition.

Ce dialogue sur les formes d’amour grec antique, vante donc l’homosexualité mais Diotime fait éloge du corps féminin car " la procréation constitue la part d’éternité et d’immortalité qui est accessible au mortel. Or l’engendrement n’est possible que dans la beauté ". La beauté est centrale dans le débat: beauté du corps masculin, "céleste", préféré à la relation "populaire" d’un homme et d’une femme. Beauté de la pensée qui nous élève. L’amour est-il un dieu ou un démon, intermédiaire entre l’homme et les dieux ? Sommes-nous des "androgynes" que Zeus a séparés pour nous obliger à retrouver l’âme sœur ?

La "traduction" de Platon vise l’oralité et la musicalité des mots. "J’ai cherché, dit Pauline d’Ollone une efficacité orale, …que les mots soient percutants…que chacun ait une façon particulière de parler...Le texte…écrit à voix haute… a été conçu comme une partition musicale."

Et ça se sent que les acteurs, ont un plaisir immense à le porter vers nous ce beau texte à la fois subtil et drôle. Ils  forment un très beau groupe choral face aux solos et duos qui se succèdent en souplesse. Philippe Grand-Henry, Socrate à l’écoute plus qu’en majesté, Anne-Marie Loop, multiforme et inspirée ont à leurs côtés de lumineux complices, Jérémie Siska et Achille Ridolfi et deux jeunes pousses prometteuses, Pierange Buondelmonte et Adrien Drumel.

Ce spectacle, vraie "découverte", adaptable à tous les lieux, moyennant un élargissement de son "arène", mériterait de tourner dans de nombreux lieux de Bruxelles et de Wallonie.

Voilà qui est fait, à Bruxelles, du moins.

Reflets d’un banquet, d’après Platon, m.e.s de Pauline d’Ollone au Théâtre des Martyrs jusqu’au 28 octobre.

Christian Jade(RTBF.be)