"Petrouchka et L'Oiseau de feu", José Besprosvany revisite Stravinsky pour les grands et les petits

José Besprosvany revisite Stravinsky
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José Besprosvany revisite Stravinsky - © Lander Loeckx

Le travail du chorégraphe José Besprosvany a souvent oscillé entre créations de danse pure, et spectacles mêlant théâtre, musique et danse. C’est dans cette seconde veine que s’inscrit sa collaboration avec le Théâtre du Parc (rappelez-vous "Œdipe" et "Antigone"). Avec son dernier opus, il écrit une nouvelle page.

Cette fois, le point de départ n’est plus une pièce de théâtre ou un personnage emblématique de l’antiquité, mais deux musiques de ballets écrites par Stravinsky pour la compagnie de Serge Diaghilev. "L’Oiseau de feu" est créé à Paris en 1910 et "Petrouchka" l’année suivante. Michel Fokine en signe la chorégraphie. Ces œuvres appartiennent à la première période créatrice du compositeur, celle qui nous plonge dans les traditions de l’ancienne Russie et dénotent l’influence du maître Rimski-Korsakov. Renouant avec ses lointaines racines russes, José Besprosvany réinvestit ces musiques, en les dotant de nouveaux scénarios et d’une chorégraphie contemporaine. Seules se lisent en filigranes quelques thématiques présentes dans la version originale.

"Petrouchka" s’inspire d’un conte russe qui met en scène des marionnettes. Par la science d’un charlatan magicien, elles sont animées de passions et de sentiments humains, comme le Pinocchio de Collodi. Chez Besprosvany, la marionnette est entraînée, avec son maître, dans une rocambolesque aventure d’espionnage au temps du KGB et de la guerre froide. Le thème de la manipulation est notamment incarné par une technique circassienne dont je ne vous dévoilerai pas le secret : le comédien/marionnette, soulevé et projeté dans l’espace, semble en effet le jouet de puissances invisibles. Clin d’œil au cinéma muet, l’histoire nous est contée sur deux petits écrans latéraux. Le maquillage blanc outré fait référence au monde clownesque tandis que les mouvements saccadés propres aux marionnettes et les costumes aux dessins géométriques raffinés renvoient à l’esthétique du futurisme russe ou du Bauhaus. Si la Russie est bien présente, ce n’est plus vraiment celle des contes traditionnels…

Changement radical d’atmosphère pour "l’Oiseau de feu". Ils ne sont plus quatre mais deux sur le plateau et plus un mot ne sera écrit ni prononcé. La pantomime burlesque cède la place au rêve et aux replis de l’inconscient. Au thème de l’oiseau et de la plume magique, on a ajouté ici une figure nouvelle, à la fois antique et très contemporaine, celle d’Icare, l’humain qui tente en vain de se surpasser. Plus de princesse ni de sorcier maléfique, mais un employé de bureau qui, transformé en dompteur, va apprivoiser un animal prisonnier d’un labyrinthe (superbe entrelacs de néons) pour ensuite lui apprendre à voler. La technique circassienne du contrepoids joue ici un rôle plus essentiel encore que précédemment. Elle imprime son rythme au danseur oiseau qui s’approprie l’espace en d’impressionnantes prouesses aériennes, léger comme une plume, et ses mouvements ont une grâce infinie.

Vous craignez d’être déroutés par cette réappropriation très personnelle de José Besprosvany ? Vos enfants ou petits-enfants vont adorer, en tout cas, la magie visuelle et le mystère des truquages circassiens. Et de toute manière, la musique de Stravinsky reste intacte, toujours aussi percutante ("Petrouchka") et somptueuse ("L’Oiseau de feu").

EN PRATIQUE

Pour tout public à partir de 6 ans.