Oshiire, dans le champ de l'intime

Oshiira, dans le champ de l'intime
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Oshiira, dans le champ de l'intime - © Lara Bongaerts

Dans le sillage de sa cinquième édition, le D Festival – Théâtre Marni et Théâtre Les Tanneurs – présente Oshiire, une pièce chorégraphiée et métaphorisée par Uiko Watanabé qui réinvente l’entrelacement du geste à deux à la parole.

Parfois on oublie que Uiko Watanabe n’est pas seulement l’interprète des pièces de Philippe Découflé, Fatou Traoré, Maria Clara Villa Lobos, Deepblue, Les ballets C de la B., Sofie Kokaj ou Armel Roussel, mais qu’elle est aussi chorégraphe (La pièce avec les légumes, La pièce avec les gâteaux, La dernière cene, Hako Onna/Femme boite), un peu particulière, déconcertante et surtout incontournable pour offrir aux européens la subtilité de la culture japonaise ou les volutes pop colorées d’un récit rêvé.

Pourquoi Oshiire compte tant ? Parce qu’Uiko Watanabe y montre un pan habituellement caché de la société japonaise, une part d’oubli métaphorisée par l’oshiire, le meuble à caches possibles : l’intime.

Oshiire, c’est le récit déchiré non littéral d’une relation monoparentale mère (Vincent Minne pour mieux signifier la figure monstrueuse mère/père d’après le divorce – " tu resteras avec moi")/fille (Uiko Watanabe), sans que l’on puisse décider ce qui tient de l’observation d’un réel très intime (re)joué ou d’une fiction rêvée ?

Malgré quelques réserves tenant à la succession parfois trop cut de certains tableaux, la grande beauté de la pièce de danse/théâtre réside dans l’entrelacement des visions aux sentiments et des gestes à la parole ; du déchirement (le corps qui balance, dos à dos, l’une derrière l’autre ou l’une à côté de l’autre sans le regard donné, sans la confrontation à l’autre pour dire ce qu’on ne dit pas) jusqu’aux désirs de fusion façon électro pop japonaise.

Uiko Watanabe et Vincent Minne pointent avec justesse l’émerveillement et la pétrification de la relation fusionnelle (l’anorexie de l’enfant et le chantage de la mère) pour aller jusqu’au bout de sa force tragique, la plus émouvante de toutes peut-être, tendant même à la pure révolte – comme le départ de la fille en Europe pour guérir de sa mère et d’elle-même, portée par la puissance de la danse et d’un amour naissant.

Mais le besoin de réparation est obsédant et s’avère être une déchirure irrésolue, la plus enfantine et la plus adulte aussi : " J’ai faim ! ", dit l’enfant devenue mère. La déchirure ne cessera jamais tout à fait de frémir, comme le charme (trop méconnu) de l’œuvre de Uiko Watanabe.

 

(Oshiire de Uiko Watanabe est repris du 11 au 13 juin 2015 au Théâtre de l’Ancre à Charleroi)