" On the road…A " de et par Roda. Une drôle de jonglerie sur l'identité musulmane. ***

Roda dans "On the road'A"
Roda dans "On the road'A" - © Yves Kerstius

Critique parue lors de la création du spectacle aux Riches Claires en janvier 2016.

Entretemps (octobre 2016) Roda a été proclamé lauréat des Prix de la Critique, dans la catégorie "découverte".

Mohammed Fawaz, dit "Roda" adopte la forme du stand up comique pour raconter sa vie et celle de ses 3 copains de classe, tous Mohammed et obligés de changer de prénom pour se différencier aux yeux de leurs profs et copains. L’un choisit Dorothée, icône gay ! Lui ce sera Mimo, aux consonances italiennes, pour mieux entrer, croit-il, dans les lieux à la mode sans se faire refouler comme "muslim". Ce n’est qu’une anecdote parmi 30 autres sur le thème : " comment peut-on être musulman ?"(Lettres persanes pas mortes). Ou plutôt : comment échapper au regard des autres, comment ne plus "paraître" musulman, sans se renier ? Le changement de nom est fondamental mais les changements de temps et de lieux sont le vrai fil conducteur du spectacle. De l’enfance au Roda actuel. Avec un père absent qui fait des apparitions téléphoniques hilarantes : c’est le leitmotiv du show. On suit donc le gamin, l’ado, le parcours scolaire calamiteux jusqu’au hasard de la vocation théâtrale, un morceau d’anthologie. On le suit aussi de continent en continent au gré de ses identités multiples : né au Maroc, d’un père... libanais, mais vivant, gosse, avec sa mère en Guinée. La nostalgie d’Afrique est savoureuse et touchant le pèlerinage final au Sud Liban à la recherche du père. Mais ces "déguisements de nationalité" deviennent dans le show des prétextes à sourire de l’essentiel : comment échapper à son type racial et religieux, ici, en Belgique ? Ou le faire accepter, tout simplement ? Le tout avec une légèreté et un humour qui passent très bien la rampe. Eric De Staercke, metteur en scène et Angelo Bison, " regard amical" ne sont pas étrangers à cette belle réussite.

"On the Road… A" de Roda Fawaz, mise en scène d'Eric De Staerke, au Théâtre de Poche jusqu'au 28 janvier.

Christian Jade (RTBF.be)