Nevermore de Nicolas Luçon – Sur la route des étoiles

Nevermore de Nicolas Luçon
Nevermore de Nicolas Luçon - © Estelle Rullier

Retours sur Nevermore d’après La poule d’eau de Stanislaw Ignacy Witkiewicz mis en scène par Nicolas Luçon parce qu’il est rare que le théâtre brille autant dans la nuit, ouvert vers l’ailleurs.

 

Nevermore… Le titre n’est pas trompeur, les lignes de désir et les lignes de fuite sont infinies dans la mise en scène de Nicolas Luçon qu’on connaît comme un des interprètes fétiches d’Armel Roussel. Elles se disent dans les dialogues sur l’amour, l’art, la vie et la mort, elles se lisent dans l’espace/trou noir magnifique (Stéphane Arcas, Claude Panier et Estelle Rullier) à peine éclairé (Son Doan), elles se voient partout, comme ramassées à l’essentiel.

L’œuvre est exigeante, elle n’est pas tendre et les lisibilités sont vacillantes (trop ?). Que vois-je ? La beauté de la mise en scène de Nicolas Luçon, c’est l’équilibre et la justesse du geste des comédiens, personnages/images (sublimes Chloé de Grom, Bernard Graczyk, Andreas Perschewski, Vincent Lécuyer, Hélène Rencurel, Déborah Rouach, Julien Roy, Jean-Benoît Ugeux et Renaud Garnier-Fourniguet) qui excède et éclate. On ne voit qu’eux.

Ce qui brûle, ce sont leurs drames intérieurs et leur vie qui leur échappe. Ici, l’art paraît être à la traine de l’amour, absolu et irrésolu, qui se déplie, plie et replie à l’infini. Faut-il mourir par amour ? La poule d’eau terrasse avec conviction l’être aimé, avant qu’elle ne soit elle-même terrassée par le coup de feu et que sa silhouette gracile revienne par vagues.

Il y a aussi l’enfant (qui n’arrive pas à se réveiller) qui semble (dé)sceller l’union. Et tous les autres, comme des vrais-faux-raccords, ceux par qui la catastrophe arrive.

Nevermore est tellement dense, l’œuvre contient une telle émotion, esthétique et onirique, qu’il est difficile d’en parler. Mais elle nous imprègne d’un sentiment d’urgence et de nécessité, rare ; celui de suivre le travail d’un metteur en scène. Il s’appelle Nicolas Luçon. Une étoile est née.