Mourad Merzouki fixe la danse hip hop dans la mémoire collective

Le chorégraphe Mourad Merzouki veut démontrer que la danse hip hop ne meurt pas en quittant la rue
Le chorégraphe Mourad Merzouki veut démontrer que la danse hip hop ne meurt pas en quittant la rue - © PHILIPPE DESMAZES - AFP

Avec "Répertoire#1", présenté mardi à Montpellier, le chorégraphe Mourad Merzouki, fixe dans la mémoire collective le "patrimoine" du hip hop, venu il y a 30 ans des quartiers défavorisés et désormais entré dans l'univers de la danse contemporaine

Figure du mouvement hip hop français depuis les années 1990, Merzouki a créé un "fil conducteur" entre des extraits de chorégraphies "qui ont fait évoluer le hip hop et la danse en général", a-t-il expliqué lors d'une rencontre avec la presse à Montpellier.

Avec l'intention affichée de trouver un moyen de "transmettre ce répertoire aux générations futures".

Sur scène, 30 garçons et filles qui "tournent sur la tête", enchaînent les styles et les mouvements très physiques de break dance sur le Boléro de Ravel ou de la musique électronique. Des performances artistiques très applaudies par une salle comble à l'Opéra Berlioz dans le cadre de Montpellier Danse.

Au programme, des extraits de pièces de Merzouki mais aussi de ses "copains" aux écritures très diverses: l'onirisme de Kader Attou, avec qui il fonda en 1989 la compagnie Accrorap, l'engagement de Bouba Landrille Tchouda, Antony Egéa et ses partitions classiques et enfin Marion Motin, seule femme chorégraphe représentée dans cet univers, qui reste très masculin.

A l'éternelle question, "le hip hop a-t-il perdu son âme en sortant de la rue pour monter sur des scènes institutionnelles?", Merzouki, dont le travail est "tout sauf un enfermement", répond inlassablement par la négative. Les deux lieux sont “complémentaires", assure celui qui est né il y a 43 ans dans la banlieue est de Lyon et est venu au hip hop à l'adolescence via le cirque et les arts martiaux. "L'idée n'est pas d'abandonner la rue pour s'enfermer dans un théâtre mais de profiter des rencontres incroyables et des outils que procure le théâtre" afin "de faire avancer cette danse dont on disait qu'elle serait éphémère".

Et qui est aujourd'hui devenue, selon Merzouki, “une danse qui n'hésite pas à prendre des risques dans un monde où on a peur, où on est tous un peu funambules”. Au point que l'énergie et la gestuelle du hip hop viennent aujourd'hui nourrir la danse contemporaine.

Le hip hop a également permis à des jeunes issus de quartiers relégués de "trouver une place dans la société", a souligné Mourad Merzouki, alors qu'ils "n'avaient pas les codes".

Merzouki, qui dirige notamment le centre chorégraphique national de Créteil (Val-de-Marne), a insisté sur son désir de créer toujours plus de "passerelles" et de "chocs" entre disciplines et univers artistiques, avec un credo: "On apprend à travailler ensemble et on en sort grandis".