"Minutes opportunes". Un pollaro-Bach(Michèle Noiret)

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On  savait la chorégraphe Michèle Noiret nourrie de surréalisme (par son père, Joseph Noiret) et  des images cruelles  du cinéaste David Lynch. « Minutes opportunes » c’est plutôt un hommage à Hichtcock-(faux) suspense et humour- et J.S Bach. Images rapides comme un pollaroïd, suspendues au rythme de Bach.

Critique : ***



Au début, on se demande à quoi va servir cette petite brocante minimaliste sur scène : une table et son téléphone, un lampadaire,  un perroquet empaillé en cage et  une valise. Le tout noyé dans un espace blanc de blanc, haut et large conçu par Anne Guilleray, éclairé par la fantaisie lumineuse millimétrée de Xavier Lauwers. Et surtout quatre danseurs –acteurs qui forment naturellement des couples antagonistes et savoureux. Il faut voir les duos presque  clownesques du grand Igor Shyshko et du minuscule Filipe Lourenço, les nouveaux de la petite troupe, venus d’autres univers : à la fois ils s’opposent au duo de femmes plus proches de Michèle Noiret, Lise Vachon et Dominique Godderis, ils les complètent et leur apportent une touche nouvelle. Le fil conducteur à la Hichtcock-qui amène cadavre et courses poursuites dans un décor troué de deux portes et dans une litanie de répondeurs téléphoniques- ne tient, à mon avis, pas toutes ses promesses : une version plus resserrée  serait  plus efficace.

Par contre, dès que Bach (Jean-Sébastien!) met en branle ce quatuor, que l’action devient plus abstraite dans son propos et plus dynamique dans sa vision, que le "polar" fait place au "polaroïd" des sensations visuelles rythmées, la joie se fait forte. Michèle Noiret a l’art de donner du sens au corps des danseurs par les appuis qu’elle leur fait prendre. Une table dans Chambre Blanche, ici  le coin du décor où les quatre danseurs jouent à perdre la notion de pesanteur, à ramper vers le haut  de manière asymétrique comme des insectes en recherche d’improbable lumière. Un des quelques moments sublimes de ce spectacle qui a passionné les dizaines d’ados qui peuplaient la salle ce soir-là.

Une constante chez Michèle Noiret : elle ne joue jamais deux fois sur la même technique, ni le même univers. Elle maîtrise parfaitement   la vidéo mais peut très bien s’en passer, comme ici. " Scotchée" au monde de Lynch, la voici familière de Hitchcock. La valise du décor c’est l’éternel goût du voyage dans l’imaginaire,  la marque de fabrique de Michèle Noiret.

Christian Jade (RTBF.be).