Michèle Noiret – Radioscopies – L'Escalier rouge : Archipel harmonieux

Radioscopies - Michèle Noiret
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Radioscopies - Michèle Noiret - © Sergine LALOUX

Artiste passionnée et chorégraphe avisée, Michèle Noiret ne cesse d’explorer. Dans Radioscopies – L’Escalier rouge, c’est le court-métrage scénique, forme, énigmatique et programmatique, entraînant presque le soupçon de quelque incompatibilité ontologique entre le cinéma et le plateau de danse.

Mais ce serait oublier la beauté fulgurante de l’image cinéma et la force du geste sur le plateau qui ravissent et inquiètent ; celles de deux êtres éperdus (Michèle Noiret et David Drouard), - voire abîmés par la caméra surveillance, noir et blanc, omnipotente, omniprésente - dans l’essai (en devenir) L’Escalier rouge et celles de la femme perdue (Michèle Noiret) dans ses pensées, obsessions et intériorité (la couleur rouge écarlate) poursuivie par un homme (Isael Mata), visible d’elle seule (?) dans Radioscopies.

Du désir de liberté, la création, ici, en est l’écho, vif et profond. Michèle Noiret, à la fois créature et créative, dirige le protocole et radicalise le récit fantastique. Elle déhiérarchise tout, l’image, le geste, les coulisses, les planches, les idoles, le public…pour atteindre une zone de parfaite transparence intégrée (?) et trouver l’âme.

Radioscopies - L’Escalier rouge est le précipité de vie qui nous précipite dans le hors-cadre, dans le cadre, dans le jeu savant du faux-raccord, la désorientation spatiale et les ruptures, sensorielles et cognitives, qu’il est aussi.

Dans ce monde de proximités aux articulations et volumes un peu forcés, nous sommes surpris. La beauté médusante des deux courts-métrages scéniques tient autant aux effets plastiques qu’à la musique très ciné, rêveuse et entêtante, (Colder, Francisco Lopez, Todor Todoroff, Pierre-Axel Izerable) ou à l’intensité des situations (désir, fuite, voyeurisme, etc.), sur lesquels coule, parfois, la voix off qui résonne depuis l’intérieur de l’être. Les mouvements des danseurs sont reliés entre eux par le fil d’un affect ou d’un sentiment à transmettre.

 

Radioscopies - L’Escalier rouge, c’est un " plasma en mouvement ", comme disait Jean-Luc Godard, un montage fluide cinéma-plateau contre la séparation, un débordement sensible du cauchemar dans la vie intime " augmentée ". C’est peut-être la création la plus sensible et la plus intense de la chorégraphe Michèle Noiret. En plan large ou en plan serré, dans le jeu d’échelles entre le macro et le micro, elle a la force d’une interpellation.

Pour en avoir expérimenté les puissances expressives, Radioscopies - L’Escalier rouge laisse le champ ouvert à toutes les pérégrinations poétiques. Le plan noiretien, singulier entre tous, est le motif de notre enchantement.

 

Radioscopies - L’Escalier rouge de Michèle Noiret du 16 au 28 février 2016, Mons 2015 au Théâtre National.