Mas-Sacre - Le soleil que c'est bon quand il vient me brûler la peau

Mas-Sacre - Maria Clara Villa Lobos
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Mas-Sacre - Maria Clara Villa Lobos - © Silvano Magnone

Au commencement était l’œuf… La pièce de danse Mas-Sacre magnifiquement critique de Maria Clara Villa Lobos fait l’objet d’une reprise au D Festival 06 à Bruxelles. Étrange Saint Ronald Macdonald les abattoirsQuand le grotesque fait virtuosité, il nous rend à notre intelligence. Rebonds.

 

Il est terrible le petit bruit du crâne du poulet écrasé contre un mur. "Il est terrible ce bruit quand il remue dans la tête de l’homme qui a faim. Elle est terrible aussi la tête de l’homme, la tête de l’homme qui a faim." Ce n’est pourtant pas le poème inspirant La Grasse Matinée de Jacques Prévert qui résonne littéralement, là. Mais bien, la pièce de danse - installation - objet - vidéo Mas-Sacre de Maria Clara Villa Lobos créée en 2013 et célébrant façon pop le centenaire du Sacre du Printemps d’Igor Stravinsky.

Ici, les danseurs/actants (étonnants Barthélémy Manias Valmont, Coral Ortega, Jo Heyvaert et Clément Thirion) avancent en ordre dans un monde désordonné, dévoré. Le rouge domine. Sur le plateau, leurs corps sont inséparables de l’architecture de l’image/document technicolor projetée sur grand écran. Ils construisent l’espace autour d’eux : Saint Ronald Macdonald Orange Mécanique les abattoirs, les entreprises alimentaires, l’élevage en batterie, etc. La même hantise de l’horreur et de l’inhumanité.

Dans la profondeur du champ/contrechamp, c’est la fête des vivants et la mort en fête. L’emphase du geste chorégraphique sur la musique d’Igor Stravinsky décrie le drame ritualisé et le met constamment en abyme. La viande animale est-elle un produit de consommation comme un autre? "Non", semble répondre Maria Clara Villa Lobos, à travers une sorte d’anthologie du meurtre raisonné, interrompue par la pause publicitaire sucrée. Dans Mas-Sacre, la chorégraphe donne à voir une image grotesque, plus crue et plus en chair, de nos sociétés, nous permettant de mieux explorer les chemins de traverse.

Dans un final désormais culte, l’homme nu, gras au masque de cochon est pendu et il crie. Son sang jaillit et prend la forme d’une éjaculation, faciale et orgiaque. Allez, buvez, maintenant! Les avatars du clown Ronald Macdonald s’y abreuvent frénétiquement dans la pénombre. Leurs ombres se gaussent.

Mais qu’il y a t-il après le sacrifice? Les images de vidéos amateures/amies des bêtes in love (trop?), la voix douce de Brigitte Bardot of course Le Soleil et une artiste au sommet de son art féroce: Maria Clara Villa Lobos. LOVE!

 

Sylvia Botella

 

Mas-Sacre de Maria Clara Villa Lobos les 3 et 4 juin 2016 au D Festival aux Théâtre Les Tanneurs et Théâtre Marni (du 31 mai au 11 juin 2016) à Bruxelles