Les Murgia superstars : " Jumeaux vénitiens " (création) ". " Discours à la nation " (reprise)

Fabrice Murgia dans "Les jumeaux vénitiens", Goldoni
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Fabrice Murgia dans "Les jumeaux vénitiens", Goldoni - © Céline Chariot

Un Goldoni jouissif, avec Fabrice Murgia, dans un impayable numéro de « jumeaux ». Et un Celestini pétillant, avec David Murgia, meilleur spectacle 2013. (Prix de la Critique). Le tout au National ! Bingo !

Deux frères (hyper)doués.

Il y a " les frères Dardenne ", au cinéma. Mythiques, réputation internationale. Et, depuis quelques années, au théâtre… et au cinéma " les frères Murgia " (moins de 30 ans), ensemble ou séparément, progressent : talent, intelligence, efficacité. David, acteur, et Fabrice, metteur en scène …et acteur, crèvent tous les records de notoriété. Fabrice ET David Murgia auront les honneurs d’Avignon IN, en 2014. Cet été, avec son " Discours à la Nation ", David a récolté le prix du Public, à Avignon OFF, et le Prix de la Critique (belge) à l’automne.Avec des spectacles qui tournent, de Belgique en Suisse et en France pour les deux et, pour Fabrice, de l’Espagne au Chili. Une vraie " success story " depuis 2009 et le " Chagrin des ogres ", joué par David à l’origine et qui a tourné récemment en Espagne, avec les éloges du quotidien El Pais.

David se taille aussi, progressivement, une jolie place au cinéma avec des rôles de composition comme dans " Rundskop " de Michaël Roskam ou déjà un premier rôle dans " La tête la première " d’Anne Van Elmbt, l’assistante de Jacques Doillon. Si l’on ajoute qu’une des ambitions avouées de Fabrice est de passer à la réalisation film, on voit bien deux frères complices, qui manient les instruments du théâtre et du cinéma avec une évidence " de génération ". Faut-il rappeler qu’Olivier Gourmet, acteur fétiche des frères Dardenne et un des acteurs les plus demandés du cinéma français vient du théâtre (le Groupov de Jacques Delcuvellerie).Et que les deux Murgia sont aussi, au départ des élèves de Delcuvellerie ! Ah ces Liégeois !Alors? Une traversée théâtre/cinéma des frères Murgia ? C’est en route mais " wait and see " !.

« Les jumeaux vénitiens », (Goldoni).m.e.s. Matias Simon

Critique:****

Pendant 2 semaines, les Jumeaux ont rempli la grande salle du National d’un public de tous âges, " emballé " par ce Goldoni bondissant , tonique, ce " Molière italien "…ayant vécu à Paris, au XVIIIè siècle et héritier " réaliste " de la commedia dell arte. On retrouve, de fait, dans la distribution, Colombine, Pantalon et Brighella, mais plus comme des commentateurs goguenards de la comédie sociale qui se déroule sous nos yeux que comme acteurs centraux.

Car le centre de l’action, c’est le " double je ", les faux jumeaux, Zanetto, le rustre, riche et avare et Tonino, le malin raffiné mais …désargenté. Tous deux viennent à Vérone à la recherche de leur promise et c’est là que tout se corse. Les jumeaux sont incarnés par un seul acteur, en l’occurrence Fabrice Murgia, d’habitude metteur en scène, qui nous a soufflé par son talent …comique, changeant de personnalité, d’accent et accessoirement de vêtements à une vitesse remarquable. Pendant deux heures de présence presque constante, son " double je et double jeu ", imprime son rythme à l’action. Il dupe tout le monde, par sa double " personnalité " , et révèle l’hypocrisie généralisée de ce monde de petits bourgeois vivant d’apparences et ne pensant, comme tout le monde, de tout temps, qu’au fric et au sexe. Rien d’original sur le fond mais quelle superbe adaptation contemporaine, par Mathias Simons, dont la mise en scène, élégante et subtile, joue, elle aussi sur tous les tableaux. Et d’abord sur une belle toile transparente d’Alexandre Obolensky, représentant un grand ciel sur fond lointain (Vérone ou…une ville jumelle ?).La scénographie de Vincent Lemaire fait jouer les acteurs sur un sol /miroir qui les dédouble et, derrière la toile, sur un tréteau de commedia dell arte où les acteurs se reposent …ou déboulent à toute vitesse sur scène, dans un jeu très physique. Ajoutez les lumières de Xavier Lauwers pour donner leurs couleurs à des costumes délicieux, entre XVIIIè siècle et bal costumé contemporain. Enfin, si le double jumeau, Fabrice Murgia prend beaucoup de place, il n’étouffe pas pour autant ses 9 comparses entraînés dans ce bal des faux-culs, dont la palme revient à Pancraze, nouveau Tartuffe, incarné par un super Vincent Cahay.

Un divertissement haut de gamme que vous pourrez revoir en novembre prochain à Namur et Liège ou même à Genève où le spectacle s’exporte 2 semaines, début novembre 2014.

Les jumeaux vénitiens (Goldoni), m.e.s Mathias Simons.

-Théâtre National jusqu’au 7 décembre. http://www.theatrenational.be/

-Théâtre Royal de Namur : 18/22 novembre 2014. www.theatredenamur.be

-Théâtre de Liège: 25/ 29 novembre 2014 www.theatredeliege.be

Christian Jade (RTBF.be)

« Discours à la nation »(Celestini), interprété par David Murgia.

(Meilleur spectacle 2013 des Prix de la critique.

Ci-dessous, ma critique de février, lors de la création au Festival de Liège).

Critique:****

 

Ce Discours à la Nation, par son titre, peut inspirer une certaine crainte: Solennel? Evidemment pas, avec le subtil Italien, qui a ouvert le premier Festival de Liège, version J.L Colinet. La politique est bien là, mais comme un gant (re)tourné...en dérision. Pas non plus de la caricature de foire mais un démontage en règle non seulement du discours politique mais des syllogismes internes au néo-capitalisme financier. Les slogans anciens "lutte des classes" sont retournés contre le public pris à témoin que cette lutte existe bien ...mais que les "capitalistes" se la sont tranquillement appropriée au nez et à la barbe des "prolétaires". Les dominants/dominés, les hommes au parapluie et ceux qui n'en ont pas ornent un récit fait de petites anecdotes concrètes ou de métaphores hilarantes . Aidé de Jonathan Swift (qui dans Une modeste proposition suggérait le retour au cannibalisme pour résoudre la question irlandaise, catholique contre protestants) Celestini applique la formule à...l'immigration. Le texte fourmille d'exemples d'absurde revisité. La grande nouveauté: Celestini n'est plus un conteur assis, débitant à toute vitesse son texte poétique et acide.Il confie son rôle à son magistral disciple, David Murgia qui s'approprie le "débit" "celestinien" mais au service d'un jeu d'acteur complet. On reste soufflé par son talent et sa maîtrise de toutes les facettes du jeu.

 

-" Discours à la nation "(Celestini), interprété par David Murgia.

 

-Théâtre National du jusqu’au 14.12.13 http://www.theatrenational.be/

-Namur – Théâtre (du 7 au 9.5.14) www.theatredenamur.be

-Charleroi – Théâtre de l’Ancre (du 15 au 23.05.14) http://ancre.be/

Christian Jade. (RTBF.be)