"Les émotifs anonymes". Chocolat, amour et timidité. Une comédie pour gourmets. ***

Charlie Dupont et Tania Garbanski ndans "les émotifs anonymes" de Phulippe Blzsband
Charlie Dupont et Tania Garbanski ndans "les émotifs anonymes" de Phulippe Blzsband - © J Van Belle

Vous souvenez-vous des "Mangeuses de chocolat" de Philippe Blasband à l'Atelier Ste Anne fin des années 90? Une écriture remarquable, 450 représentations en plusieurs années. Trois jeunes femmes atteintes d’une mystérieuse maladie, l’addiction au chocolat essayaient de s’en guérir en consultant une thérapeute. Quatre actrices sublimes, Jacqueline Bollen, Claire Bodson, Muriel Jacob et Michèle Schor. Philippe Blasband remet le chocolat au centre d’une comédie aussi subtile, "Les Emotifs anonymes", adaptés de son scénario du film éponyme de Jean-Pierre Améris.

Au centre de la petite salle des voûtes au Public un décor mobile qui joue sur une boîte de chocolats en forme de cœur, transformable en autant de sous espaces que le demande la mise en scène : bureau d’embauche, restaurant, chambre d’hôtel ou lieu de rassemblement de ces " émotifs anonymes ". A la manière des alcooliques qui essaient de se guérir en groupe de leur maladie honteuse les émotifs se rassemblent, confessent publiquement leurs symptômes pour se soulager et tenter de guérir. Mais cette vraie maladie, une hyperémotivité qui casse vos moyens de communiquer en public, va être au centre d’une belle rencontre entre deux malades qui " n’osent pas ", tout en osant quand même. La timidité c’est le moteur efficace de cette comédie romantique où de grandes maladresses, verbales et physiques, prêtent à rire et à sourire. Blasband explore subtilement les contradictions du couple et la  complicité inconsciente  entre un patron de chocolaterie et une artisane, méconnue, de sa fabrication. Ajoutez une série de petits rôles masculins et féminins incarnés les uns par un Nicolas Buysse en forme comique olympique et les autres par Aylin Yay, en complice habile des deux têtes de série. Tania Gabanski qui incarne Angélique, se montre aussi fragile qu’efficace à transformer ses défauts en charmantes qualités. Inversement Jean-René le patron un peu arrogant, incarné par un Charlie Dupont autoritaire et vulnérable, finit par fondre, en douceur, sous les effets conjugués d’une partenaire toute en subtilité.

Je n’ai pas vu le film de Jean-Pierre Améris dont Philippe Blasband était le scénariste et Benoît Poelvoorde et Isabelle Carré les protagonistes. Mais la version théâtre, mise en scène par Arthur Jugnot, le fils de Gérard, tient ses promesses en exploitant en finesse et en rythme toutes les formes de comique : de situation, de mots, de gestes et de caractère surtout guidant ses acteurs vers la juste dose de complicité avec le… public.

Une comédie romantique charmeuse et charmante.

"Les émotifs anonymes" de Philippe Blasband au Public jusqu’au 22 février (COMPLET! et sans doute repris la saison prochaine)