Le monocycle, une seule roue, nul guidon... et pourtant il roule !

Robin Zobel
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Robin Zobel - © Jym Photography

Le monocycle est né d’accidents et de déséquilibres plus ou moins contrôlés, c’est dire à quel point il faut être téméraire pour le dompter ! Et pourtant, voilà plus de 150 ans que tout roule pour cette étonnante roue soliste.

C’est dans les années 1860, en Angleterre et en France, que les premiers monocycles voient le jour, dans l’élan d’une invention célèbre : le grand-bi, compose d’une grande roue avant, ou les pédales sont directement fixées sur l’axe, et d’une petite roue arrière, aidant à l’équilibre de l’engin. Les plus intrépides se sont vite rendus compte que la petite roue avait une fâcheuse tendance à se soulever lors d’un passage un peu cahoteux ou d’un freinage d’urgence : ils ont ainsi découvert qu’il était possible, bien que peu aisé, de se passer de cette roue arrière...

On relate, a l’apparition de ces élégantes bicyclettes, de nombreuses chutes et autres vols planés ! Ceux qui arrivaient à maîtriser les premiers monocycles étaient d’autant plus rares et sont rapidement devenus des phénomènes montrant leur habileté en public : la discipline a vite été exploitée par les cirques. Sa parenté avec le vélo fait du monocycle un engin à la fois familier et fascinant.

Mais comment fait-on pour tenir ? C’est impossible ! Comment freine-t-on ?! Comme les pédales sont directement fixées à l’axe de la roue, les jambes sont à la fois le moteur et le frein : adieu la roue libre ! Le premier secret du monocycle se situe au centre du corps. C’est le bassin qui donne la direction et permet d’aller en avant ou en arrière, mais aussi, bien sûr, de tourner. Pour aller à droite, il faudra avancer la hanche droite, laquelle sera suivie directement par les épaules et le reste du corps. Pendant ce temps (et c’est le deuxième secret), les jambes pédalent, sans cesse, le plus régulièrement possible, pour éviter les à-coups... Comme pour le vélo, il est impossible d’être immobile sur un monocycle. Une fois en selle, il faut prendre son courage à deux mains (ou plutôt à deux pieds) et... suivre la cadence ! Les premiers mètres sont bien laborieux, mais on rentre vite dans la danse et le plaisir est garanti.

Une roue qui s’améliore

Dans le cirque aujourd’hui, le monocycle a la réputation d’être une discipline difficile à mettre en scène. Elle est alors souvent associée à d’autres techniques (clown, fil de fer, acrobatie, ...) ou ≪ améliorée ≫ : la girafe, par exemple, est un grand monocycle (pouvant aller jusque 5 mètres de haut) dont la transmission se fait grâce à une chaîne et qui ajoute une dimension vertigineuse à l’objet. La roue ultime, plus minimaliste, se passe quant à elle tout bonnement de selle.

L’acrobate cherche alors son équilibre directement par les jambes, sans aucun autre support.

Robin Zobel, sorti de l’Esac en 2013, fait partie des rares artistes à monocycle présents en Belgique. Sur scène, il mélange manipulations subtiles de son monocycle et danse improbable avec… une hache ! Frissons garantis avec ce bucheron-poète de la pédale ! Christian Gmunder, un des membres fondateurs des Argonautes, fut pour sa part un précurseur du monocycle ≪ sur les planches ≫, en Belgique. Il a marqué les esprits dans Zouff ! (spectacle créé en 1998) : on le voyait évoluer sur un podium surélevé dont manquait des parties. Ses partenaires se démenaient alors pour déplacer les planches présentes et éviter la catastrophe... "Je me sentais souvent coincé avec cette technique, car beaucoup de choses sont possibles, mais peu sont ‘intéressantes’ scéniquement !", révèle aujourd’hui Christian. "On a donc décidé de partir d’une situation absurde : un personnage impatient qui veut commencer son numéro alors que le podium n’a pas fini d’être monté. C’est l’interaction avec les autres personnages, le rapport au vide et cet équilibre fragile qui donnaient tout son sens au numéro", se souvient-il.

Lire la suite de l’article dans le n° 9 de C !RQ en CAPITALE

Kenzo Tokuoka, lui-même monocycliste invétéré, explore pour nous l’histoire et les développements de cet inusable engin. Il travaille actuellement, en collaboration avec la compagnie Side-Show, à un projet de calligraphie à monocycle intitulé Sho-ichidô. Entre cirque, arts plastiques et performance... Premières prévues en 2018 !

C!RQ en CAPITALE est le magazine de la vie circassienne à Bruxelles. Edité par l'Espace Catastrophe, il rend compte de l'actualité du cirque contemporain et plonge au cœur d’un ‘boom’ qui touche tous les secteurs : spectacles, stages, formations, projets sociaux...

Le n°9 est disponible gratuitement dans différents lieux à Bruxelles, et en ligne ici.