Le metteur en scène français Patrice Chéreau est mort

Sa dernière mise en scène, "Elektra" de Richard Strauss, avait été ovationnée en juillet au Festival lyrique d'Aix-en-Provence (sud de la France).

"Il était d'une vitalité extraordinaire jusqu'au bout", a déclaré à l'AFP Elisabeth Tanner, codirigeante d'Artmedia, l'agence artistique qui le représentait, confirmant son décès annoncé plus tôt par le quotidien français Libération.

Le directeur de l'Opéra de Paris, Nicolas Joel, qui a été l'assistant de Patrice Chéreau sur le fameux "Ring" de Wagner à Bayreuth en 1976, s'est dit "bouleversé". "Il m'avait fait l'honneur de m'appeler auprès de lui comme assistant au Festival de Bayreuth pour le Ring du centenaire. Je garde de ce compagnonnage un souvenir ébloui qui ne fait qu'ajouter à l'émotion qui m'étreint ce soir", a-t-il confié à l'AFP.

Le metteur en scène Olivier Py, qui a été directeur du Théâtre de l'Odéon à Paris, a part de "son immense tristesse". "C'était un metteur en scène d'une grande culture, et d'une extrême délicatesse, traversé par une inquiétude, même après tout ce qu'il avait fait. J'ai adoré ses films, que j'ai vu adolescent, il faut dire que c'est aussi un très grand cinéaste, en plus d'une grand metteur en scène de théâtre et d'opéra", a--t-il souligné.

Portrait

Né le 2 novembre 1944 à Lézigné, petit village de l'Ouest de la France, où une rue porte son nom, il grandit à Paris. Son père peint, sa mère dessine. A 16 ans, il rejoint le groupe théâtral du lycée Louis-le-Grand. A 21 ans, il monte Marivaux au festival de Nancy. A 22 ans, il prend la direction de son premier théâtre à Sartrouville, dans la région parisienne.

Il y rencontre Richard Peduzzi, qui deviendra son décorateur exclusif, et pratique un théâtre engagé à gauche trois ans durant, avant de partir au Piccolo Teatro de Milan (Italie) en 1969.

En 1972, le metteur en scène et comédien français Roger Planchon (mort en 2009) le fait nommer codirecteur du Théâtre national populaire (TNP) de Villeurbanne, près de Lyon, où il reste jusqu'en 1981. Il y monte notamment "La Dispute" de Marivaux (1973) et "Peer Gynt" d'Ibsen (1981).

De 1982 à 1990, c'est l'aventure du Théâtre des Amandiers de Nanterre, près de Paris, qu'il dirige et où il met en scène Bernard-Marie Koltès, Jean Genet et -toujours- Marivaux, tout en formant une nouvelle génération de comédiens français. Il joue lui-même dans des films d'Andrzej Wajda ("Danton", 1982) ou Youssef Chahine ("Adieu Bonaparte", 1985).

Son "Hamlet" au Festival d'Avignon (1988) lui vaut cinq Molières --les récompenses annuelles pour le monde du théâtre français.

Affecté par la perte de plusieurs amis morts du sida, dont Koltès en 1989, il se consacre ensuite davantage à l'opéra et au cinéma, avant de se remettre à la mise en scène en 1995 avec "Dans la solitude des champs de coton" de Bernard-Marie Koltès, avec un "Phèdre" d'anthologie en 2003, puis "La Douleur" (2008) et "Rêve d'automne" de Jon Fosse au musée du Louvre (2010).

A l'opéra, il travaille avec Georges Prêtre ("Les contes d'Hoffmann", 1974) et surtout Pierre Boulez pour une Tétralogie à Bayreuth (1976), qui lui vaut une notoriété internationale, puis la création de "Lulu" en version intégrale (1979) et "De la maison des morts" en 2007.

Il collabore également avec Daniel Barenboïm ("Wozzeck" en 1992, "Don Giovanni" en 1994, "Tristan et Isolde" en 2007), Sylvain Crambeling ("Lucio Silla" en 1984) et Daniel Harding ("Cosi fan tutte" en 2005).

Au cinéma, il tourne son premier film en 1974 ("La Chair de l'orchidée"), suivi de neuf autres souvent récompensés en France et à l'étranger, dont "L'Homme blessé" (1983), film très personnel sur une passion homosexuelle, "La Reine Margot" (1994) deux fois primé au festival de Cannes et couronné par cinq Césars (récompenses annuelles du cinéma français), ou "Ceux qui m'aiment prendront le train" (1998). Il préside en 2003 le jury du Festival de Cannes qui accorde la palme à "Elephant" de Gus Van Sant.

 


Belga