Le Grand Tour jour 9 : Les artistes, quelques pharaons et beaucoup de sangsues ?

Derrière ce titre provocateur se cache la question du neuvième jour de marche du Grand Tour. Namur – Moustier pour une arrivée dans le Hainaut sous le thème de la culture et l’économie.

Sur les hauteurs de la capitale wallonne, les marcheurs passent devant la caserne militaire de Malonne. Un bâtiment qui inspire les premières pensées, amusées, de la journée : "L’armée, c’est une réserve ! Si l’on donnait le même budget à la culture qu’à l’armée afin de créer une réserve culturelle ?" Si l’humeur est à la rigolade, la question de la rémunération des artistes, elle, est plus sérieuse.

Cela aura été dit et redit pendant Le Grand Tour, la culture est un bien commun de première nécessité. Selon cette définition, rien ne devrait l’obliger à se plier au jeu de la rentabilité absolue.

Dès lors, comment rémunérer honnêtement les artistes ? Et puis, qui sont les artistes ? Un lieu commun veut que le génie artistique suffise pour que l’artiste puisse s’assurer d’une bonne santé économique apporté par la notoriété. C’est faux. Être artiste, c’est un métier. Un métier difficile parce qu’englouti par les processus administratifs, rémunéré au chômage, incompris. Être artiste, c’est aussi travailler en temps-partiel pour subvenir à ses besoins, devoir s’assurer un second diplôme afin d’assurer ses arrières, travailler des heures, des jours et des nuits pour jouer dans des salles souvent peu peuplées. Être artiste, c’est se confronter à l’administration engluée et engluante, ralentissant le processus de création artistique. Être artiste, c’est aller présenter son spectacle à des directeurs de programmation deux voire trois saisons à l’avance afin de pouvoir espérer boucler un dossier.

Être artiste, ce n’est pas un hobby. C’est un métier à part entière.

La marginalisation de la profession résulte, selon les marcheurs, en un miroir d’un monde politique qui refuse de soutenir la création, le lien et l’ouverture à l’autre.

La vie d’artiste est précaire, les nombreux artistes ou semblables passés sur Le Grand Tour depuis le départ de Chassepierre le 24 août peuvent en témoigner. Quand celles et ceux-ci ne sont pas considérés comme des marginaux qui vivent de temps libre et d’eau fraîche, ils doivent se plier au langage d’un monde qui ne leur parle pas et qui, telle une sangsue, empêche de respirer.