Le Festival de Liège interroge le présent

Festival International des arts de la scène - du 30 janvier au 21 février
Festival International des arts de la scène - du 30 janvier au 21 février - © Festival de Liège

Le Festival international des arts de la scène, le Festival de Liège ouvrira ses portes du 30 janvier au 21 février : le théâtre, la danse, et la musique s'emparent des thématiques de notre temps.

Rencontre avec Jean-Louis Colinet

 

 

Depuis sa création, le Festival de Liège a toujours voulu " interroger le présent ". Une ligne directrice plus que jamais d’actualité ?

 

Clairement. On vit une période de plus en plus sombre et dangereuse. Nos valeurs démocratiques vacillent. La fracture sociale s’accroît. Et dans ce contexte, la culture constitue plus que jamais un rempart essentiel.

 

Quel type de rempart ?

 

Ce qui fait le lit des dictatures, c’est l’ignorance, l’obscurantisme, l’absence de lien social et de solidarité. Et face à la montée des nationalismes, du populisme, du racisme, on doit pouvoir combattre, avec la culture notamment, les discours simplistes. Depuis 15 ans, le Festival de Liège s’interroge sur son temps. Par les temps troubles que nous traversons, cette programmation qui mêle le poétique et le politique a plus que jamais sa raison d’être.

 

Pourquoi ?

 

On a longtemps cru que le danger était loin de nous, dans des pays reculés. Cette fois, il est à nos por-tes, voire déjà dans la maison. La Belgique a souvent été présentée comme un pays à l’avant-garde sur les questions éthiques, un pays du consensus et du vivre ensemble. Mais aujourd’hui, le vent tourne. Les politiques développées sont entrées dans une logique défensive, d’austérité, purement comptable et nous devons être particulièrement vigilants.

En outre, on sait très bien que
l’extrême droite et le nationalisme

se nourrissent de la crise économique, du désespoir des gens, de la peur de l’autre et de l’avenir, du chacun pour soi… Et la culture, c’est tout l’inverse. C’est le savoir (comprendre le monde dans lequel on est, le remettre en perspective). C’est aussi une activité collective

qui vise à créer du lien social, à fonder un projet, à apporter des valeurs.

 

Quel rôle peut jouer le Festival de Liège dans ce contexte ?

 

Pendant 3 semaines, nous allons explorer des territoires aux confins du politique et du poétique, ouvrir en grand des fenêtres sur le monde. Avec des artistes venus d’Europe, d’Afrique et d’Amérique, qui ont en commun cette volonté de questionner notre époque, de nous

plonger dans l’imaginaire et le rêve. Pour ouvrir les possibles, alimenter la réflexion, penser le futur.

En 2015, quel sera le fil conducteur ?

 

Comme toujours, le Festival aura une dimension internationale. Mais en outre, nous avons décidé de jouer un rôle d’accompagnement d’artistes, de créations, de compagnies belges francophones. Quand je vais à l’étranger, ce qui m’intéresse c'est de voir ce que font les créateurs de l'endroit. Quand des programmateurs viennent à Liège, c’est la même chose : ils veulent également découvrir nos talents. Cette année, nous présentons pas moins de six coproductions belges francophones. Six jeunes metteurs en scène qui vont parler de leur temps.

Pour nous, c’est à la fois un enga-gement et un geste d’audace.

C'est d'ailleurs une tendance que nous souhaitons développer à l'avenir, faire de ce Festival non seulement un lieu de découverte de ce qui se crée sur le plan international mais aussi un outil de soutien, de promotion et de diffusion de nos artistes en Belgique et dans le Monde.

Avec d'autres festivals qui partagent cette même sensibilité, nous travaillons à l'élaboration d'un projet européen - mais aussi intercontinental - dont l'objectif est de permettre à des artistes émer-gents de créer et de circuler, de rencontrer d'autres publics, de se confronter à d'autres cultures, d'autres sensibilités.

 

 

Le Festival va aussi innover avec un "festival dans le festival" : FACTORY.

 

En effet, durant le dernier week-end de cette édition, en collaboration avec la Chaufferie-Acte1 (p.85), nous organisons un week-end durant lequel nous donnerons l'occasion à de nombreux artistes de présenter aux programmateurs et au plublic leurs projets, leurs étapes de travail, leurs recherches. (Factory p.85).

 

Le Festival sera-t-il, comme les autres éditions, un " espace agora ", un lieu vivant à la fois de réflexion et de fête ?

 

Clairement. Avec le Manège au cœur de l’événement. Un lieu magique, accueillant, porteur d’une atmosphère unique. Il y a une couleur, une saveur, qui font désormais l'image du Festival.

Autour des représentations, il y a aussi un univers, un esprit, une ambiance. Pendant trois semaines, les festivaliers vont faire le plein d’une culture bien ancrée dans son temps.

 

 

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