" La Route du Levant " de Dominique Ziegler au National. Castagne au commissariat entre un flic et un candidat djihadiste. ***

Jean-Pierre Bodson et Grégory Carnoli dans "La route du Levant" de Dominique Ziegler
Jean-Pierre Bodson et Grégory Carnoli dans "La route du Levant" de Dominique Ziegler - © Leslie Artamonov

Cet été à Avignon, Jean-Michel Van den Eeynden, directeur du Théâtre de l’Ancre, présentait sa dernière création, " La Route du Levant ", un affrontement à la fois frontal et subtil entre un flic et un djihadiste potentiel. Une progression à l’américaine, nuancée par des interrogations sur le double jeu du djihadiste et la répression (ou l’auto-défense) nécessaire( ?). Le Théâtre National l’accueille à partir du 11 janvier.

Notre critique de juillet 2017 à Avignon.

" Dominique Ziegler, fils du célèbre Jean Ziegler, tiers-mondiste militant, a déjà écrit plusieurs pièces de théâtre sur les rapports de force au sein de nos sociétés. Ici il propose une enquête policière dans un commissariat : un flic rusé (étonnant Jean-Pierre Bodson, retors à souhait) essaie de piéger un djihadiste potentiel soupçonné de vouloir partir en Syrie (Gregory Carnoli, beau rôle de composition). Partie de ping pong classique où Bodson a l’initiative à tous les niveaux : il joue tour à tour la compréhension,  la possibilité de trouver un terrain d’entente, cherche et trouve la contradiction, puis, à la première alerte utilise les menottes et la coercition. Le rythme s'accélère, les contradictions et mensonges  éclatent au grand jour et le ‘tout répressif’ est la seule conclusion. La pièce est suivie d’un débat avec l’auteur, auquel nous n’avons pu assister, mais qui est nécessaire si on veut introduire la pièce dans le débat public dans les écoles. L’argumentaire nous a semblé pencher plus vers la répression inéluctable que le raisonnement pour prendre le problème à la racine. Mais toute pièce sur le sujet est bienvenue si bien encadrée. Ce qui est le cas. "

 Les questions qui nourrissent le débat font d’ailleurs partie du projet : " Comment expliquer la radicalisation de jeunes ayant grandi dans la société occidentale et, pour certains, sans aucune appartenance religieuse ?  Quelles alternatives existent, ou devraient être construites, afin d’éviter le recours à la violence ?  Comment tenter de sortir de l’effroi pour comprendre le processus de la radicalisation religieuse ?  "

Les deux premiers jours, au National, les spectateurs pourront dialoguer avec l’équipe et l’auteur, Dominique Ziegler. Puis le dialogue se poursuivra tous les soirs avec l’équipe et divers spécialistes. Le spectacle, sous forme simplifiée, ‘citoyenne’ circulera aussi dans les écoles à l’initiative des professeurs.

Jean-Michel Van den Eeynden s’est fait une spécialité du témoignage de société avec " Un homme debout "basé sur la vie d’un ex-détenu, Jean-Marc Mahy ou encore  Né poumon noir " une plongée, non dépourvue d’esthétisme, dans la vie d’un révolté. Aux ‘Prix de la Critique’ 2014, ses Villes Tentaculaires’ d’après Verhaeren obtiennent le  prix de la meilleure création artistique et technique tout en étant nominées  parmi les 3 meilleurs spectacles.

" La Route du Levant " de Dominique Ziegler, mise en scène de Jean-Michel Van den Eeynden, au Théâtre National du 11 au 24 janvier.

Christian Jade (RTBF.be)