La petite musique de Yasmina Reza mise en scène par Thomas Ostermeier: "Bella Figura"

Yasmina Reza, un des auteurs français les plus joués dans le monde, excelle à faire entendre dans toutes les langues "la musique des comportements", comme dans "Bella Figura", montée en allemand par Thomas Ostermeier à Sceaux, près de Paris.

"Ce qui m'intéresse, c'est la difficulté de vivre, la complexité insoluble des rapports humains, notre manque de sagesse... Observer la musique des comportements", a-t-elle confié à l'AFP.

La pièce, commandée par Ostermeier, a été créée en mai à Berlin. C'est cette version qui est jouée en allemand à Sceaux, du 19 au 29 novembre, avant une version française que Yasmina Reza projette de mettre en scène elle-même.

Ostermeier, réputé pour ses mises en scène inspirées par le cinéma, a installé sur le plateau une voiture tous phares allumés.

"Bella Figura" débute sur le parking d'un restaurant. Boris, petit entrepreneur au bord de la faillite, se dispute avec sa maîtresse Andrea, qui lui reproche d'avoir choisi le lieu sur la recommandation de sa femme.

La soirée se déroule dans un climat toxique. Thomas Ostermeier "a pris une option crépusculaire et plutôt anxiogène, ça se passe entièrement de nuit, avec les moustiques, les grenouilles qui coassent en arrière plan", décrit Yasmina Reza.

Yasmina Reza a suivi de près la naissance de "Bella Figura", assistant aux dernières répétitions des acteurs, dont la formidable Nina Hoss, que le public français a vue récemment dans "La vipère" montée par Ostermeier au même Théâtre des Gémeaux à Sceaux.

"Etre traduite par un grand homme de théâtre est une chance inouïe, parce que le dialogue de théâtre ne répond pas aux mêmes lois que le dialogue de roman, ce n'est pas le dialogue du cinéma non plus, c'est une écriture particulière", faite avant tout de "rythme", dit-elle.

- Crise de nerfs -

Le théâtre de Yasmina Reza est tout en dialogues mordants, sans gras. Les personnages sont souvent au bord de la crise de nerfs, comme Andrea dans "Bella Figura".

L'auteure fait son miel de petits riens, de réparties assassines et de silence plombés.

Dans "Art" (1994), la pièce à la fois drôle et féroce qui l'a propulsée dans le monde entier, trois amis se déchirent autour de l'achat à prix d'or par l'un d'eux d'un tableau contemporain entièrement blanc.

"Je ne crois pas que mes pièces parlent spécifiquement d'un milieu, je crois que c'est très français dans l'esprit, mais que plus le particulier est juste, plus il est compris universellement", dit-elle.

"Cette pièce, qui était censée parler de l'art contemporain, a été jouée au nord-est de l'Inde, au fin fond de l'Iran, dans des endroits totalement improbables, parce que les gens voyaient bien qu'il s'agissait d'une brisure d'amitié et pas d'une discussion sur l'art contemporain", dit-elle.

Le succès d'"Art" repose aussi sur les rôles magnifiques qu'elle sert aux acteurs (Fabrice Luchini, Pierre Arditi et Pierre Vaneck à la création).

"Avant Art, mes pièces étaient montées en Italie, en Espagne, beaucoup en Allemagne, dans le circuit européen. Pas dans le monde entier, parce que le monde entier, c'est les Anglais. Art a été un triomphe à Londres et à partir de là, c'était le monde entier et pour tout le reste des pièces, ça a suivi", constate-t-elle.

Dans "Comment vous racontez la partie" (2011), Yasmina Reza met en scène sa détestation des conférences et autres signatures auxquelles se prête un auteur.

"Dans un monde idéal, je ne verrais aucun journaliste, je ne verrais personne!", lance-t-elle.

"J'ai une espèce d'aversion pour le fait de donner un mode d'emploi, ou d'offrir un méta discours" à propos de mon travail. "C'est là", dit-elle en montrant la pièce publiée chez Flammarion, "c'est à prendre ou à laisser, c'est comme ça!"