"La mouette" revisitée, Tchekhov subtil, resserré et rêvé.

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«La Mouette» de Tchekhov : un passage obligé de tout metteur en scène ambitieux. Myriam Saduis, remarquable adaptatrice d’un inédit d’ Ingmar Bergman, Histoire d’âme, nous en propose une adaptation de chambre, intense, resserrée à 6 acteurs (sur 12) avec au centre le thème freudien du rêve. Le titre La nostalgie de l'avenir.



Critique:***

Les versions les plus récentes de La Mouette, en Belgique, sont dues à Xavier Lukomski et  Jacques Delcuvellerie, tous  deux récompensés par les prix de la  critique en 2005 et2006.. Sans oublier le passage éclair, en novembre 2011 du Brésilien Enrique Diaz dont le Seagull-Play était  une variation humoristique, pleine de charme,  sur le thème. Myriam Saduis, metteur en scène et psychanalyste prend le risque d’une adaptation à la fois épurée et enrichie.

Epurée puisqu’on ne retrouve ni Macha, rivale de Nina, ni son amoureux l’instituteur Medviedenko, ni l’intendant du domaine, Chamraiev. Quant au frère d’Arkadina, Sorine, propriétaire du domaine, il devient une …femme, une sœur donc, nommée Petra. Avec deux conséquences: l’atmosphère russe, fin de XIXè siècle,  s’estompe  en se transposant à notre époque. Quant au chassé croisé amoureux très «racinien» (chaque personnage de Tchekhov est amoureux d’une personne qui en aime un(e) autre), il se limite à la valse hésitation de Nina, la jeune actrice, entre Kostia, alias Treplev, fils d’Irina et l’amant de celle-ci Boris Trigorine. Un seul personnage «marginal», le docteur Dorn, est maintenu et modernisé pour détendre l’atmosphère et maintenir le registre de la comédie.

Enrichie, parce que l’action ainsi resserrée permet d’aller à l’essentiel: le drame familial autour du suicide de Kostia et la lutte de deux esthétiques, l’ancienne, la conventionnelle, la superficielle, incarnée par Irina et Boris et la nouvelle, incarnée par Kostia. Dans La Mouette de Tchekhov, l’esthétique nouvelle était le symbolisme produisant des textes abstraits, un peu durs à avaler. Myriam Saduis transpose Kostia en un chercheur de formes nouvelles d’aujourd’hui, qui tente, ordinateur et images à l’appui, de trouver, par essais et erreurs, de nouvelles esthétiques qui peuvent toucher la sensibilité contemporaine.

Le ressort dramatique, le suicide de Kostia est déplacé : il a lieu au début, ce qui donne à la pièce une allure de flash back sur les contradictions familiales et esthétiques qui ont entraîné ce «burn out». Et l’adaptation de Myriam Saduis s’appuie sur des éléments forts : une scénographie abstraite d’Anne Buguet qui place au centre un espace rectangulaire, fait de sciure jaune «l’arène» où dire le texte nouveau de Kostia. Mais le texte original est remplacé par des esquisses successives de Kostia et l’arène rectangulaire se dissout progressivement alors qu’une vidéo permet de visualiser les recherches esthétiques. L’espace ainsi créé n’est pas réaliste mais mental : la dissolution du rectangle créatif est une des nombreuses images qui insinuent le drame qui couve.

Autre support inspiré et fil rouge de l’action : une belle partition de Jean Luc Plouvier, qui berce la valse hésitation de Nina, prise entre deux esthétiques et deux amants d’une boucle musicale dont le noyau est la chanson de Nick Drake, Day is done.

Quant au texte, pour donner corps à cette adaptation, basée sur Tchekhov, il est enrichi par des inserts du poète portugais Pessoa, de Philippe Roth …et d’une interview de Maryline Monroe qui permettent de donner plus de corps à cette rêverie quasi freudienne sur la relation à la mère, à l’amour et à la création.

Reste que toutes ces belles intentions  prennent corps et vigueur grâce à l’engagement, mental et physique de quelques comédiens époustouflants : Aline Mahaux ici en Nina, confirme à chaque apparition sur nos scènes sa maturité et son charisme exceptionnels. Son jeu, très physique, porte en lui une dynamique totalement convaincante. Pierre Verplancken, Kostia nous a séduit par sa sobriété et son intériorité. Le jeu théâtre/cinéma dont il fait des essais successifs lui va à merveille. Il est aussi nuancé et juste face à Nina qu’à sa mère Irina, dans une scène d’anthologie où brille Florence Hebbelinck. Seul acteur un peu décevant, François Demoulin en Boris manquant un peu d’assurance, ce qui peut s’e