LA MONNAIE :Idomeneo et l'Empire américain. Saison 2010-2011: coproductions

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Ce n’est pas la première fois que La Monnaie de Bruxelles et le Grand Théâtre de Luxembourg collaborent  et coproduisent. Dernier exemple en date : The house of Sleeping beauties du Belge Chris Defoort, vu cette saison à Luxembourg. La saison prochaine la coproduction belgo-luxembourgeoise portera sur une œuvre japonaise de Toshio Hosokawa, mise en scène par Sacha Waltz.

Déjà sous Bernard Foccroulle, directeur de La Monnaie, l’entente était cordiale avec Frank Feitler, directeur du Grand Théâtre de Luxembourg, qui accueillait volontiers des productions de La Monnaie : Le Retour d’Ulysse de Monteverdi, par exemple mis en scène par le sud Africain William Kentridge. L’entente cordiale continue d’ailleurs depuis que Bernard Foccroulle est devenu directeur du Festival d’Aix-en-Provence.

Avec le nouveau directeur, Pieter de Caluwé, même empathie, qui a permis cette saison de coproduire The house of sleeping beauties de Chris Defoort, mis en scène par cet Anversois talentueux, Guy Cassiers, invité à monter un Ring de Wagner à la Scala de Milan : une référence.

L’amour commun de Feitler et de Caluwé, c’est la danse et en particulier deux femmes chorégraphes, la Flamande Anne-Teresa De Keersmaecker et l’Allemande Sacha Waltz. La Medea de  Heiner Muller et Pascal Dusapin,  créée à Bruxelles en 1991(mise en scène de Jacques Delcuvellerie) mais remise en forme par Sacha Waltz , en 2007, à Luxembourg est reprise à la Monnaie ces 11 et 13 avril.

Mais surtout, la saison prochaine Sacha Waltz mettra en scène pour la Monnaie et le Grand théâtre de Luxembourg, en coproduction, un opéra japonais intitulé Matzukaze, de Toshio Hosokawa. C’est l’histoire de deux sœurs, éprises d’un noble en exil. Des années plus tard, après leur mort, leurs âmes continuent à errer et à le convoiter. Et elle danse, l’héroïne, dans son désespoir.

La Monnaie reprend d’ailleurs la saison prochaine un autre opéra de Hosokawa, Hanjo, mis en scène en 2004 par Anne-Teresa De Keersmaecker. Et la boucle est bouclée : le Japon et les metteuses en scène d’opéra chorégraphes sont une des passions communes aux deux patrons, De Caluwé et Feitler.

Fil conducteur:tolérance et intolérance (amour et politique).

Peter De Caluwé vient d’ailleurs de présenter sa saison 2010-2011, prometteuse à plusieurs niveaux. Hormis les œuvres japonaises citées, concentrées sur la thématique amoureuse, le thème politique, fil conducteur de la programmation, c’est l’étude de la tolérance et de l’intolérance dans de nombreux opéras du XIXè et XXè siècle, avec en conséquence la nécessité de respecter la diversité culturelle et religieuse. Les exemples les plus frappants : « Les Huguenots » de Meyerbeer et « Nabucco » de Verdi où la religion est prétexte à fanatisme. Une œuvre contemporaine  de Luigi Nono aborde le même thème de manière explicite  « Intollerenza 1960 », évocation des immigrés dans le monde occidental.

A l’opposé, certaines œuvres on été choisies pour faire contrepoids à cette haine comme Parsifal, œuvre de compassion

Le manque de respect de la différence est au cœur de « Katia Kabanova » de Janacek et de « Yvonne, princesse de Bourgogne » de Philippe Boesmans, en coproduction avec l’Opéra de Paris

A l’opposé, certaines œuvres on été choisies pour faire contrepoids à cette haine comme Parsifal, œuvre de compassion ou encore « La Finta Giardinera », centrée sur le pardon, autre visage de la tolérance.
IDOMENEO DE MOZART, VU D’IRAK, PAR IVO VAN HOVE

Il me reste à vous dire un mot d’Idomeneo de Mozart mis en scène par Ivo Van Hove, un Hollandais qui ne conçoit ses mises en scènes que reliées à l’actualité. Avec de nombreuses réussites comme un Ring, pour moi  remarquable, même s’il n’a pas fait l’unanimité, au Vlaamse Opera. Au théâtre, de superbes Pièces romaines, de Shakespeare, vues au Kaaitheater et qui ont triomphé à Avignon.

Ici, dans Idomeneo, le pouvoir c’est l’Empire, non plus grec mais américain. Why not ? D’où un ballet d’hélicoptères pour accompagner le Roi Idomeneo et le terrorisme islamique pour figurer l’intransigeance du Dieu Neptune. Al Quaida = l’irrationnel divin=Neptune ? On en prend et on en laisse mais c’est toujours beau à voir .Mais ce qui rend son charme à l’ensemble c’est la direction d’orchestre de Jérémie Rhorer et l’impeccable présence scénique et vocale des trois voix féminines, Sophie Karthauser en Ilia, la Troyenne exilée, Malena Ernman en Idamante, le fils d’Idomeneo et d’Alexandrina Pendatchanska en Electre, la rivale grecque dépossédée. Après l’Elektra de Richard Strauss, le meilleur spectacle de la saison 2009/2010.

A voir à la Monnaie jusqu’au 3 avril. www.lamonnaie.be