La Monnaie - Hänsel und Gretel : Une rébellion féerique

La Monnaie - Hänsel und Gretel : Une rébellion féerique
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La Monnaie - Hänsel und Gretel : Une rébellion féerique - © DR

Sous la direction du chef d’orchestre Lothar Koenigs et du collectif de Chicago Manual Cinema, l’opéra/conte Hänsel und Gretel de Engelbert Humperdinck se dévoile.

 

Le conte Hänsel et Gretel des Frères Grimm est le miroir de la misère noire, de l’égoïsme de la peur, de l’avidité, de la punition et de l’enfance. Il a son histoire, ses générations, ses écoles et interprétations (philosophie, psychanalyse, etc.). Il méritait bien un opéra/conte en trois actes écrit par Engelbert Humperdinck en 1893, jugé par Siegfried Wagner comme l’opéra le plus important depuis Parsifal.

Mais comment restituer sa fulgurance sans être une expression de plus, parmi d’autres ? " Imagination is the only Weapon in the War against Reality ", écrit Lewis Carroll dans Alice’s Adventures in Wonderland en 1865. Transgresser en somme.

À Bozar, le saut est accompli. L’opéra Hänsel und Gretel est une belle surprise. Il multiplie autour de lui les plis, ceux de la féerie, de la matière et du style. L’opéra/conte se déploie dans une installation poétique, urgente et immédiate, dans un télescopage audio-visuel, éclaté et éclatant, enjambant allègrement (de manière alternative ?) la métropole et ses marges paupérisées, la nature battue par les feuillages (presque rousseauiste) et le temps… bien au-delà du territoire où le récit trace habituellement ses marques. Dans l’acte II, sous le ciel laiteux d’étoiles, d’une douceur infinie, le Marchand de sable endort Hänsel et Gretel. Ils rêvent que leur père, inspiré par les fées/lucioles, crée une invention extraordinaire : l’aspirateur. Et que la famille devient riche.

Hänsel und Gretel, c’est un montage étonnement sophistiqué de partitions musicales dramatiques, entre wagnérisme - emprunts à Tannhäuser et à Walkürenritt - et vérisme - musiques populaires - (l’orchestre symphonique de la Monnaie dirigé par Lothar Koenigs), de théâtre d’ombres, du jeu d’acteurs et de projections live sur écran qui n’est pas sans rappeler celui du cinéma (le collectif de Chicago Manual Cinema), et de voix d’une beauté sidérante (Dietrich Henschel, Natasha Petrinsky, Talia Or, Gaëlle Arquez, Georg Nigl, Ilse Eerens, et le chœur d’enfants de la Monnaie).

Ici, l’opéra Hänsel und Gretel réveille le souvenir et met le fer dans l’esthétique d’une rébellion féerique. En maître d’œuvre, le collectif Manual Cinema exalte toutes les géométries, leurs transparences, les illusions du proche et du lointain, et leurs tracés. Dans leurs variations, elles nous invitent à regarder autrement les deux héros, Hänsel et Gretel.

Ils sont héroïques par ce qu’ils ont enduré, terrifiés, désemparés mais aussi espiègles, émus et fiers de ce qu’ils ont accompli : jeter la sorcière d’Ilsestein dans les flammes, mettre en pièces la maison en sucre et libérer tous les enfants/pains d’épices. " Hokus pokus Hexenschuss! "

Hänsel und Gretel, moins cruel que le conte original des Frères Grimm, vise l’œuvre totale, transcendante et salvatrice. L’initiation se fait garante d’une quête d’élévation qui affirme un appel à la rédemption. Dans l’acte III, Hänsel et Gretel retrouvent leurs parents. " Vater! Mutter! " Et ils vécurent heureux !

Hänsel und Gretel, c’est un opéra d’une grande rigueur, un autre monde en mouvement qui forge une esthétique de la perfection et réinvente le bonheur. Il n’a jamais été aussi beau que dans le clair-obscur, à la tombée de la nuit.

Sylvia Botella

 

Hänsel und Gretel de Engelbert Humperdinck du au 22 décembre 2015 à Bozar (La Monnaie hors les murs) à Bruxelles