" L'Amour, la Guerre " de Selma Alaoui, d'après King Lear. Les aventuriers du Père perdu.

"l'Amour, la Guerre",Selma Alaoui
"l'Amour, la Guerre",Selma Alaoui - © Phile Deprez

Au départ, King Lear de Shakespeare, omniprésent sur nos scènes, (version J.M Piemme l’an dernier, version Depryck/Laubin cette année, en plus de celle-ci). Shakespeare, comme une marque de fabrique de la relation filiale.

Critique **

Ici Cordélia, la « gentille » fille bannie par son père pour n’avoir pas su le flatter, arrive sur une île tropicale, peuplée de fêtards rigolards et d’un domestique exploité, dont elle tombe amoureuse. Un rôle ingrat pour Emilie Maquet: elle reste dans le code tragique larmoyant puisqu’elle ajoute au rôle de Cordélia celui d’Hamlet. La synthèse des deux, c’est Diane, qui retrouve sur cette île son père (le toujours excellent Christian Crahay), ses sœurs et leurs compagnons, sorte de « jet set » cynique et désinvolte, qui n’a strictement rien à dire mais le dit quand même. A ce jeu, la palme comique revient incontestablement à Achille Ridolfi, clown irrésistible.

Actrice hyperactive et talentueuse, auteure de deux mises en scène remarquées (Anticlimax de W. Schwab et I would prefer not to, mélangeant Melville et Witkiewicz) Selma Alaoui a trop voulu « charger sa barque » au risque de se noyer. Le générique final de la vidéo d’accompagnement, accumule  plusieurs lignes d’influences  revendiquées, de Rimbaud à Yeats, de Tchékhov (ah oui ! les Trois Sœurs !) à Kerouac et Albert Cohen (entre autres). Le thème de l’amour (filial ou autre) s’égrène, celui de la guerre se limite à la famille.  On sort un peuincrédule, déçu, avec l’impression que chaque acteur a dû se débrouiller pour donner un sens à ses tirades, sans être vraiment relié aux autres. Selma Alaoui a fait la mise en scène de ce texte « librement inspiré de Shakespeare ».

L’amour, la guerre de Selma Alaoui, aux Tanneurs jusqu’au 12 octobre. http://www.lestanneurs.be/

-Maison de la Culture de Tournai, les 22 et 23 octobre.

Christian Jade(RTBF.be)