KFDA 2018. Carnet de route (2). Gwendoline Robin sur le pavois.

"Mitra" de Jorge Leon
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"Mitra" de Jorge Leon - © Koen Broos

Une semaine intéressants avec  " Farsi(e)", une étrange performance d’un(e) artiste transgenre iranien(ne), Sorour Darabi. Et le talent planétaire de Gwendoline Robin qui après le feu et la terre nous plonge dans A.G.U.A,  une rêverie sur l’eau.

 

 

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"Farci(e)" de Sorour Darabi. Le masculin/féminin, comme identité du corps et de la langue. Intriguant.Dérangeant.

Surgi du fond de la salle un personnage vacillant s’avance vers nous, longues jambes nues, poitrine revêtue d’une chemise aux couleurs flamboyantes et tête ornée d’un solide collier de barbe. A première vue un homme aux belles jambes de …ballerine et dont la démarche hésitante cache un trouble d’identité. Il s’installe à une table de conférencier, avec un " double jeu ": les jambes sous la table esquissent des pas de danse et quand la table se renverse, les jambes au galbe féminin mais incontestablement velues se donnent à voir, dans leur double identité. L’autre jeu, linguistique, se joue au-dessus de la table avec une lecture, muette, d’un texte que le conférencier déchire petit à petit, imprègne d’un curieux liquide bleu , avale dans la douleur, recrache, avale à nouveau en fixant le public dans les yeux. On s’interroge : il veut dire quoi ? Pas facile, surtout au début,  d’entrer dans ce spectacle énigmatique mais un GSM sceptique,  allumé devant moi finit par s’éteindre et l’interrogation par porter. A la fin j’interroge ma voisine pour avoir un avis féminin ? Ce transgenre revendiqué par le titre (" Farci(e) ") un homme ou une femme ? Un homme, pour ma voisine de hasard mais qui se transforme pour elle en " objet d’art " comme l’urinoir de Duchamp, provocation historique ! En lisant le programme, après le spectacle, le mystère s’éclaircit : sur les intentions de cet(te)  Iranien(ne) qui vit en France et s’interroge : dans sa langue natale : dans  le " farsi " pas de genre masculin/féminin  pour les objets à la différence du français qui met du " genre " partout. D’où cette rage, cette colère contre la langue française, obsédée par le " genre ". Sorour Darabi l’avale, la détruit et la subit à la fois. Peu importe qu’une femme ait envie d’habiter un corps d’homme ou inversement, laissez les " transgenres " effectuer leurs mutations paisiblement, semble plaider l’auteur(e).

Parti d’une autre esthétique, moins " conceptuelle ", le film " Girl " vient d’obtenir à Cannes un double prix : le meilleur acteur pour Victor Polster, son interprète, dans la section " Un certain regard " et la " Queer Palm " pour son réalisateur Lukas Dhont. C’est dire si la thématique est actuelle.

Farci(e) de Sorour Darabi jusqu’au 20 mai

 

A.G.U.A de Gwendoline Robin : la beauté de la Terre, la fascination de l’eau. Ludique, chimique, drôle ***

 

Cela fait 20 ans que Gwendoline Robin, artiste plasticienne et performeuse internationale basée à Bruxelles développe ses projets multidisciplinaires. De la fascination pour le feu et ses pyrotechnies elle est passée à la terre  et aujourd’hui à l’eau. Elle aime nous ouvrir son laboratoire de petite chimiste à ciel ouvert mais c’est pour mieux le transformer en féérie esthétique fascinante pour les adultes et les enfants présents hier. Moi-même j’étais replongé dans le labo du prof de chimie de mon enfance : enfin un cours concret et ludique où les mélanges qui expliquent les secrets de la matière  sont des fêtes de couleur !

Le grand labo des Halles est autrement plus fascinant que celui de mon prof . Gwendoline Robin  et sa complice la danseuse et chorégraphe Louise Vanneste parcourent l’espace comme des évadées d’une tribu primitive poussant parfois le " cri primal " de l’humain fasciné par cette Nature qui le dépasse. De coins en recoins le public suit, amusé ou ébloui  ce petit cours de chimie qui débouche sur des œuvres d’art éphémères, en perpétuel mouvement et métamorphose. Et sur un splendide éloge final de la Terre, des mouvements des continents, des nuages et des vents  qui la modifient en permanence. La fascination de la scène finale vient d’un détail biographique : Gwendoline Robin a traversé le désert chilien d’Atacama, un des plus arides et des plus beaux du monde. La splendeur du mélange des couleurs et  l’appel…d’eau viennent de ces souvenirs. Encore s’agit-il de transposer artistiquement et …techniquement  cette beauté et ce sentiment d’infini, cet amour de la terre et du ciel. Mission accomplie : La technique, manipulée à vue, ajoute à l’effet artistique final. A.G.U.A est un spectacle pour tous les âges puisque l’enfant qui sommeille en nous est toujours prêt à, accueillir petites et grandes merveilles. Et à rêver debout dans une agréable déambulation collective.

A.G.U.A de Gwendoline Robin jusqu’au 20 mai

Info : KFDA http://www.kfda.be/

Rappel

-" Farci(e ") de Sorour Darabi jusqu’au 20 mai KFDA

-- " Mitra" de Jorge Leon au Théâtre de Liège les 6-7novembre

Christian Jade (RTBF.be)