KFDA 2015 .Su Wen-Chi " Off the map " : la Venus de Botticelli, façon Taiwan

Un petit conseil : ne lisez surtout pas le petit programme distribué avec le spectacle et qui nous présente une version " lourde " de ce qui peut être vécu dans la légèreté d’une rêverie esthétique. J’ai rarement vu un spectacle où les intentions affichées gâchent autant ce qui nous est donné à voir. Or que voit-on ? Dans la pénombre on distingue un corps de femme ramassé, replié sur lui-même, comme une chenille rêvant de devenir papillon. Devant nous un immense lac artificiel-excellente scénographie-qui permettra au corps longiligne de Su Wen-Chi de se mirer pendant une heure ou plutôt de nous proposer, à mesure que son corps se déplie, des instantanés, des images successives, en mouvement ou arrêtées. Bras et jambes dessinent dans le miroir du faux lac des architectures de bras et de jambes qui tantôt font penser à une araignée tissant sa toile à l’infini, tantôt à la Venus de Botticelli transformée en Narcisse penché sur ses reflets. Le miroir aquatique a aussi son reflet dans un ciel, pur ou nuageux, bleu, gris ou blanc-très raffiné l’éclairage de Jan Maerten- où les merveilles du dispositif technique projettent à l’infini d’autres reflets de la danseuse multipliant les ralentis sensuels, comme éblouie par son propre printemps botticellien. L’heure passée à sculpter, déplier projeter son corps en douceur dans l’espace-reflet est un formidable exercice de narcissisme voluptueux. La présence de Su Wen-Hi est fascinante, la prouesse technique de ses peintures en mouvement est un plaisir pour l’œil. Le KFDA pense le monde, le broie, le met en perspective. Ici il expose la beauté en mouvement. Vous y projetez ce que vous voulez et lirez les " intentions " et le texte murmuré…après la vision.

Su Wen-Chi." Off the map " KFDA 2015 jusqu’au 29 mai.

 

Christian Jade RTBF.be