"Je ne haïrai pas" vertigineux plaidoyer pour la paix au Théâtre de Poche

"Le théâtre est plus fort que les balles." C'est la conviction d'Azzeldin Abuelaish, palestinien de la bande de Gaza. En 1994, il est le premier médecin palestinien à exercer en Israël. Obstétricien spécialiste de la fertilité, il aide à donner la vie chez lui à Gaza comme en Israël, malgré les tracasseries et les humiliations aux checkpoints. Le 16 janvier 2009, pendant l'Opération Plomb Durci menée par l'armée israélienne, un char tire deux obus sur sa maison, tuant trois de ses filles et une de ses nièces. Malgré ce drame, continuant à jeter des ponts entre les deux communautés, le Dr. Azzeldin Abuelaish choisit la lumière du dialogue plutôt que les ténèbres de la haine.

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"Je ne haïrai pas" - Théâtre de Poche 2021 © Véronique Vercheval

Une tragédie qui fera le tour du monde

Comme aucun reporter n'est autorisé à entrer à Gaza, Azzeldin Abuelaish s'improvise correspondant de guerre, avec l'unique téléphone de la famille, de la chaîne israélienne Channel 10. Au moment du drame, le journaliste interrompt le journal télévisé pour diffuser en direct l'appel au secours d'Azzeldin Abuelaish. La tragédie fera le tour du monde, de même que le livre "Je ne haïrai point : un médecin de Gaza sur les chemins de la paix" traduit en 25 langues. C'est le parcours de cet homme, infatigable messager de la paix, que le Théâtre de Poche a proposé au metteur en scène Denis Laujol. Un spectacle intelligent, dénué de toute sensiblerie, mené de main de maîtresse par la comédienne Déborah Rouach qui tient son récit avec la poigne à la manière d'une gazaouie vénère.

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Déborah Rouach seule en scène pour "Je ne haïrai pas" - Théâtre de Poche 2021 © Véronique Vercheval

Je ne haïrai pas

Comme on le lira ci-dessous dans l'interview que nous a accordé Azzeldin Abuelaish, présent lors de la première, son leitmotiv est de faire ressentir la réalité de la vie des palestiniens enfermés dans la bande de Gaza. Le metteur en scène Denis Laujol a choisi lui aussi d'être au plus près de la réalité. Il raconte l'histoire d'Izzeldin, du gamin au père de famille nombreuse (il a huit enfants) à travers la voix des femmes : la mère Adal, la femme Nadia et l'évocation des filles Aya, Bessan, Mayar et Nour la cousine. L'évocation seulement, parce que Déborah Rouach jette l'éponge. Elle refuse de jouer les filles disparues, interrompt le spectacle et invective son metteur en scène. Une trouvaille qui sera répétée plusieurs fois pour contrebalancer le trop plein d'émotion. Parce que, comme le dit la comédienne qui a la gouaille d'une Edith Piaf, "il est où le suspense? "  La scénographie sobre d'Olivier Wiame est très juste, comme à son habitude, avec un jeu d'ombres discret et le ressac la mer. Seule fenêtre d'évasion, d'horizon meilleur pour les gazaoui.e.s 

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Dr Azzeldin Abuelaish en séance de dédicace, Théâtre de Poche le 17 juin 2021 © Wyzman Rajaona - Poche

La rencontre avec le Dr Azzeldin Abuelaish

Installé à l'extérieur du théâtre de Poche, entre deux dédicaces de son livre, Azzeldin Abuelaish explique d'emblée que son action en faveur de la paix au quatre coins du monde est à la mémoire de ses filles. 

"C’est ma mission de diffuser mon histoire parce que l’art transmet un message d’humanité. Le théâtre est plus fort que les balles. Et en même temps, le public voit la vérité de ce qui se passe (à Gaza); qui ils sont et ce à quoi ils sont confrontés [...] Comme dit Jésus " recherchez la vérité car elle vous rend libre " [...] Nous avons réussi aujourd'hui à venir ici pour nous tenir debout, et que le public sache que malgré les meurtres et le sang des innocents, nous avons réussi à créer la vie. Nous sommes déterminés à créer la vie à partir de la douleur, de la souffrance. Nous créons l'espoir."

Établir le bon diagnostic pour donner le bon traitement

"Aujourd’hui, le public est venu écouter une histoire vraie, pour se sentir en empathie avec d’autres êtres humains. Pas une histoire politique, une histoire humaine. Maintenant que peuvent-ils faire ? quand vous connaissez la vérité, quand vous établissez le bon diagnostic, vous pouvez donner le bon traitement. Nous devons encourager la liberté pour tous […] transformer les mots en action.[...] Tout a un début et une fin. Netanyahou, où en est-il aujourd’hui… il est fini. L’occupation, un jour, aura une fin. Les mensonges ont une fin. Les ténèbres ont une fin. La résolution du conflit est un enjeu pour la paix mondiale […] Je verrai un état palestinien, aujourd’hui plus qu’auparavant."

Une profession de foi

"Ma foi est importante, tout comme mon éducation, mon expérience de vie et ma profession. En tant que médecin, je ne perdrai jamais espoir dans le traitement d'un patient."

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"Je ne haïrai pas" - Théâtre de Poche 2021 © Véronique Vercheval
"Je ne haïrai pas" - Théâtre de Poche 2021 © Véronique Vercheval

En pratique :

Je ne haïrai point

Théâtre de Poche  du 16 au 26 juin 2021

Plus tard :

en tournée du 27 septembre au premier octobre 2022

au Théâtre de Poche : 10 au 29 octobre 2022

 

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"Je ne haïrai pas" - Théâtre de Poche 2021 © Véronique Vercheval