Hey Bâtard Festival. T'en as pas marre ! ?

Unser Arm gegen uns ! Ringlokschuppen Ruhr - Bâtard Festival
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Unser Arm gegen uns ! Ringlokschuppen Ruhr - Bâtard Festival - © BORDSTEIN!

Aujourd’hui, la tendance est à la ville la plus intelligente, la plus connectée, la plus durable, la plus créative… Le Bâtard festival - Closing the Space between us reste un gage d’imagination, d’émergence artistique et de pensée à Bruxelles. Entretien avec Pamina de Coulon, membre de la Bâtard Dream Team pour en finir avec les diktats de la génération crise et, revenir à l’ardeur de l’art et à ses potentialités.

 

Sylvia Botella : Vous en avez pas marre qu’on confonde le Bâtard Festival avec Inglourious Basterds de Quentin Tarantino ?

Pamina de Coulon : Non (rires) ! Tant qu’on nous confond avec d’autres bâtards, c’est bien. Au début, le nom du festival m’énervait. Il avait été donné par des néerlandophones et beaucoup ignoraient ce que signifiait vraiment le terme " bâtard ". Aujourd’hui, le nom du festival fait écho à notre manière de travailler. Nous sommes plus " dernière minute ", " free style ", nous nous moquons davantage de la norme et des règles.

Vous en avez pas marre d’occuper le Beurs à Bruxelles ?

Non ! C’est formidable d’être accueilli par le Beurs et que le festival ait la possibilité d’accéder à un tel lieu à Bruxelles. Cette année, nous souhaitions créer un lieu mais les coupes budgétaires qui ont touché le secteur culturel néerlandophone ont eu raison de notre envie. Nous nous sommes aperçus qu’il ne serait peut-être pas possible d’obtenir des financements structurels (rires).

Nous sommes très heureux de travailler au Beurs, même si les consignes de sécurité sont contraignantes (rires). Notre collaboration va d’ailleurs se renforcer l’année prochaine.

Vous en avez pas marre de rouler pour l’émergence et la pensée ?

Non, je n’en ai pas marre ! Il y a tellement de jeunes artistes actifs belges, francophones et néerlandophones, et internationaux intéressants qu’avoir une plateforme tel que le Bâtard Festival est important pour que leurs travaux soient visibles et partagés avec le plus grand nombre.

Nous faisons en sorte que les artistes restent pendant toute la durée du festival, qu’ils se rencontrent, qu’ils prennent tous leurs repas ensemble, etc.

D’habitude, ils travaillent ensemble en amont du festival. Mais, cette année, ce n’était malheureusement pas possible pour des raisons budgétaires.

Pour nous, c’est important d’être le lieu qui stimule et qui souligne le fait que les jeunes sont là, qu’ils ont une place à prendre.

La pensée est notre leitmotiv. Nous programmons des artistes qui articulent discours et créations, ouvrant sur la pensée et proposant des réflexions de manière très directe. " Nous, c’est ça que nous souhaitons dire. Et nous le faisons pour ces raisons-là. Qu’en pensez-vous ? "

Depuis le début de cette aventure, nous nous demandons comment il est possible d’être un festival de la pensée en deçà des esthétiques et du spectacle sans être arrogants.

Vous en avez pas marre d’être un festival génération crise ?

(rires) SI !!! Être à la fois un festival génération crise et un festival de la pensée, c’est très problématique. Nous sommes toujours contraints d’y réfléchir et d’en parler. Le contexte est très important pour nous.

Faire un festival, c’est aussi une manière de contextualiser des œuvres d’art et des pièces dans les meilleures conditions possibles et en dialogue avec les artistes. Nous ne voulons pas créer un cadre " idéal " que nous aurions préalablement imaginé. Nous ne voulons rien figer.

Mais chaque année, nous sommes obligés d’évoquer les conditions budgétaires qui deviennent de plus en plus difficiles. Nous avons de moins en moins d’argent. Nous nous sentons seuls et démunis au regard du monde en crise.

Nous aimerions respirer un peu et nous ouvrir plus grandement à l’avenir. Mais c’est impossible, nous nous confrontons à un état de crise permanent. Alors, nous allons continuer d’être un festival génération crise et attendre que ça passe !

Vous en avez pas marre de squatter la Mer du Nord en prolongeant l’édition 2015 à Amsterdam ?

Pas encore ! C’est la première année que nous collaborons avec nos voisins du nord. Nous avons déjà un lien fort avec la Veem House for Performance à Amsterdam parce que sa directrice actuelle Anne Breure faisait partie des artistes programmés à la première édition du Bâtard Festival.

Nous voulons soutenir les artistes sur la durée, nous entretenons donc des relations de fidélité, jusqu’à former une communauté générationnelle de Bâtards.

Nous sommes un festival bruxellois subsidié par la communauté néerlandophone, nous avons très naturellement des liens avec les Pays-Bas, nous y allons voir des spectacles, nous collaborons avec les écoles : NCDO, DasArts, etc.

Notre côté " bâtard " intéresse beaucoup Anne Breure. Pour elle, c’est le signe de la Belgique mais pas de manière péjorative, au contraire. Accueillir le Bâtard festival, c’est le confronter au côté très " carré " néerlandais. Nous exportons notre goût Bâtard.

Dans les faits, vous n’en avez pas marre.

Je n’ai pas marre de tout (rires). Mais j’en ai marre des pressions financières que nous subissons et qui sont, à mon sens, injustifiées. Nous ne sommes pas d’accord avec la vision qui sous-tend les décisions prises en matière de financements publics de la culture au profit de l’internationalisation individuelle des jeunes artistes.

Je comprends que les politiques éprouvent la nécessité de faire rayonner la Belgique internationalement mais il n’est pas normal qu’ils exercent une pression financière sur les manifestations qui tissent des liens avec la population locale, avec la Cité.

Plus on fera cela, plus il y aura d’incompréhension et moins il y aura d’interculturalité à Bruxelles. Contrairement à ce que les politiques pensent, cette dernière n’est pas acquise. Sa possibilité se bâtit, jour après jour. C’est un travail de longue haleine.

Pourquoi toujours tout opposer ?! Il nous apparaît important de continuer d’exister envers et contre tout. Mais j’en ai marre qu’on sous-paie tout le monde y compris les artistes. J’enrage. J’en ai marre de travailler tout le long de l’année sur le festival, à raison de trois jours par semaine et d’être rémunérée mille euros.

J’en ai tellement marre que je me dis qu’on devrait affirmer : " On en a marre ! " Tout le secteur culturel devrait se mettre en grève pendant un an et prendre ce temps-là pour réfléchir et envisager les conditions de travail et de rémunération autrement : mutualiser, éviter le diktat " "du produire toujours plus " de créations, de festivals, etc. Il n’y a pas suffisamment de public dans les salles, il est trop sollicité, il faut imaginer d’autres dispositifs.

J’en ai marre de faire les choses comme on peut, faute de mieux. Je n’ai pas encore réfléchi aux conditions de mise en œuvre de cette grève mais le plus tôt serait le mieux pour réfléchir tous ensemble à l’avenir. Pourquoi ça serait impossible ?!

Qui sait? peut-être que le Beurs sera un immense piquet de grève, l’année prochaine (rires) ?!

Oui, peut-être. Nous l’avions envisagé cette année…

Entretien réalisé par Sylvia Botella

 

Bâtard Festival du 3 au 5 décembre 2015 (pré-programme du Pianofabriek) au Beurs à Bruxelles et du 9 au 12 décembre 2015 à la Veem House for Performance à Amsterdam.

www.batard.be