Guillaume Gallienne travesti en "Lucrèce Borgia" à la Comédie-Française

"J'ai choisi Guillaume pour Lucrèce parce que c'est pour moi un acteur imprévisible, extravagant, par moment abyssal. Il peut me toucher infiniment comme il peut me faire rire aux larmes, et je pense qu'il faut un acteur comme ça pour ce rôle, où il y a des moments de folie", a expliqué Denis Podalydès à l'AFP.

"Quand Denis Podalydes m'a proposé le rôle, il m'a dit +je sens qu'il y a une femme enfermée en toi+", a raconté Guillaume Gallienne à l'AFP lors de la sortie de son film "Les garçons et Guillaume, à table". Et d'ajouter : "Je lui ai répondu, elle est pas tellement enfermée!".

A 42 ans, Guilaume Gallienne assume avec humour son personnage "masculin-féminin", qu'il exploite avec talent dans le film autobiographique "Les garçons et Guillaume à table", où il joue à la fois son propre rôle et celui de sa mère. A la Comédie-Française, il a déjà joué, travesti, dans "Un fil à la patte" de Feydeau (2011).

"Le travestissement, c'est moins une femme jouée par un homme qu'une femme enfermée dans une apparence qui n'est pas la sienne", observe Denis Podalydès, pour qui la définition colle parfaitement à Lucrèce, figure de monstre qui cache un coeur de mère en quête de rédemption. Tout au long de la pièce, Lucrèce tente de révéler à Gennaro, le fils adoré élevé loin d'elle, qu'elle est sa mère.

"Hugo disait : je cherche dans cet océan de noirceur la goutte de lait qui va teinter tout le reste", rappelle Denis Podalydès. "La goutte de lait, c'est l'instinct de mère de Lucrèce, sa maternité mille fois refusée, et qui essaie à l'intérieur même du personnage monstrueux de Lucrèce de la racheter."

Denis Podalydès s'est inspiré de la mise en scène d'Antoine Vitez pour le festival d'Avignon en 1985 : un cahier de notes sur la mise en scène, qu'il n'a pas vue, avait été publié chez Actes Sud. "J'ai raflé tous les exemplaires. Je m'abreuve littéralement à cette source", dit-il, reprenant à son compte la vision "cauchemardesque, noire" qu'avait Vitez de la pièce d'Hugo: "Vitez disait: +on va tailler ce spectacle dans la chair même de la nuit+", rappelle-t-il.

 

Mélange du grotesque et du sublime

 

Pour Podalydès, "Lucrèce Borgia" s'apparente à une tragédie antique: "Le destin est implacable, et même si les hommes luttent, se rebellent, ils n'arrivent pas à en changer le cours". Il rappelle que "le drame, pour Hugo, c'est le mélange du grotesque et du sublime". "Il y a du rire dans cette pièce", souligne-t-il, évoquant le personnage de Gubetta, le valet exécuteur des basses oeuvres de Lucrèce, "un grotesque noir, un démon".

Le décor d'Eric Ruf, inspiré des encres et dessins de Hugo, et les costumes de Christian Lacroix, noirs avec des doublures de couleur doivent contribuer à créer un "spectacle fantasmagorique", dit le metteur en scène.

Pour construire le personnage travesti de Lucrèce, Guillaume Gallienne et Podalydès sont allés voir ensemble Tamasaburo Bando, star incontestée des "onnagata", les rôles de femmes au théâtre kabuki. Magnifiquement paré et maquillé, Tamasaburo Bando construit une allégorie de la femme avec une élégance et une douceur incomparables.

Pour faire le pendant à Guillaume Gallienne, Denis Podalydès a choisi de faire incarner le jeune Gennaro par la comédienne Suliane Brahim: "Cela évacue le déséquilibre, c'est une situation en miroir", explique-t-il. "Je crois que Suliane peut jouer à la fois la plus grande jeunesse avec une immense force et bravoure."

"Lucrèce Borgia", rarement joué, suscite cette saison un véritable engouement, avec 4 versions différentes. Après Marina Hands, Nathalie Richard et Guillaume Gallienne, l'actrice Béatrice Dalle incarnera Lucrèce cet été dans une mise en scène de David Bobée au Festival du Château de Grignan.

 

AFP Relax News