Gérard Desarthe monte des "Estivants" au cordeau à la Comédie-Française

Est-ce parce que les héros de Tchekhov comme de Gorki s'interrogent sans relâche sur "que faire" dans une époque incertaine que nos metteurs en scène les plébiscitent aujourd'hui? Que faire pour sortir du marasme, de l'ennui, de la décomposition de la société? Que faire pour retrouver un élan, un espoir de vivre?

Maxime Gorki écrit sa pièce en 1902 alors que la Russie bouillonne déjà de débats, trois ans avant la révolution de 1905. Les personnages de la pièce ont la prescience du basculement, même si Gorki, surveillé de près par la police secrète du Tsar, l'Okhrana, ne parle pas explicitement de révolution.

Ce sont les femmes, dont Gorki dresse de formidables portraits, qui disent le mieux le monde à venir. Maria Lwovna, la doctoresse engagée (Clotilde de Bayser) n'a que mépris pour les "inutiles, superflus" qui seront bientôt "balayés comme des gravats" par des hommes nouveaux plein d'énergie. Elle est le ferment de toutes les insatisfactions de ces estivants retirés dans leurs datchas d'été comme dans une bulle.

Warwara (Sylvie Bergé), épouse fidèle dévorée par le sentiment de passer à côté de sa vie, finira par se décider à rompre avec les compromissions de son époux avocat. Son jeune frère Vlas, dont le nom claque comme un refus de l'hypocrisie ambiante, partira, lui aussi, pour construire des écoles.

Partir, c'est la solution, construire ailleurs, s'extraire de la gangue d'une "intelligentsia" confite dans ses jérémiades. Là où Tchekhov dépeint l'homme inutile qui s'ennuie à vivre, Gorki esquisse un monde meilleur, un monde d'action et de solidarité. En 2015, nous savons bien comment a tourné l'Histoire, et c'est d'autant plus émouvant d'écouter débattre cette bourgeoisie futile qui va être broyée par la Révolution.

Gérard Desarthe a choisi de garder la pièce "dans son jus", avec costumes d'époque et décor de bouleaux plantés au cordeau. On entend bien le texte, servi par la troupe de la Comédie-Française avec un grand classicisme. L'ensemble frise toutefois l'académisme, figé dans les tableaux léchés de l'Italien Lucio Fanti. On retiendra surtout la performance époustouflante de Loïc Corbery dans le personnage du bouffon de cette micro-société cynique, émouvant dans la peau du clown désespéré.

 

AFP Relax News