"Gardenia":pudeur et tendresse sur transexualité

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Ils sont trois à la base de la réussite de ce projet:Vanessa Van Durme, transsexuelle, auteure d'un superbe solo théâtral Regarde, maman, je danse, mis en scène par  Frank Van Laecke, qui a remis son savoir-faire musical dans Gardenia et Alain Platel, qui parraine ce projet international, dans sa logique d'accueil à tous les marginaux.

Au départ  du projet, Vanessa Van Durme, voulant étendre sa confession bouleversante d'une transsexuelle (Regarde, maman, je danse) peinant à s'accepter et à se faire admettre dans sa différence. Ce qui l'intéresse, cette fois, c'est de montrer ce que deviennent ces vieux transsexuels ayant vécu longtemps de shows comiques kitch, de style "cage aux folles", quand ils n'ont plus le charme et la beauté pour le faire. Que peut-on faire d'un vieux corps ridé, non désirable, à peine "montrable", a fortiori dans un numéro de charme proche du music hall?

Elle  a bénéficié, pour mener à bien son projet d'abord de sa force de conviction vis-à-vis de quelques vieux amis transsexuels d'abord sceptiques: le casting , base d'un bon show, c'est elle. Appui aussi de son metteur en scène fidèle, Frank Van Laecke, spécialiste (mais pas seulement) de comédies musicales, comme Jésus Christ super star. Enfin le" label" Platellui garantissait non seulement une réputation internationale de haut niveau mais une intériorisation de ces petits drames individuels, transcendés par une sobriété  convaincante.

Sur scène on voit apparaître une demi douzaine de vieux messieurs à la peau frippée en costume gris assortis à leurs cheveux. Rôle clef: Vanessa elle-même, en narratrice et meneuse de revue. Car petit à petit, chassez le naturel il revient au galop: sous le costume gris, une robe puis une autre pointe, aux couleurs chamarrées. Ce jeu sur le masculin -féminin se poursuit jusqu'au déshabillage(pas intégral!) et à l'esquisse d'un petit numéro pour chacun. En contrepoint une vraie femme et un éphèbe efféminé, excellent danseur mais non transsexuel viennet introduire une nuance de plus sur les transitions entre la femme, l'homosexuel et le transsexuel.

Mais pas de sociologie ici, une sorte de nostalgie bien maîtrisée, pas du tout larmoyante sur la possibilité de se transmuer à tout âge par l'effet de l'art et de la foi en soi. Ajoutez la perfection du show final d'un baroque chatoyant mais comme tenu à distance: au lieu de peser des tonnes de vulgarité ou de complaisance, les tubes "à la Dalida" mais aussi " à la Aznavour" illuminent le spectacle avec une bonne humeur retrouvée qui nappe le tout d'une tendresse raffinée. Une bonne idée, une belle réalisation.

Gardenia , d'Alain Platel à voir à Avignon jusqu'au 12  juillet, puis à Bruxelles, au KVS, du 15 au 19 septembre

Christian Jade (RTBF.be)

Les intentions du metteur en scène Alain Platel.