Festival XS : impressions fugitives.Une belle réussite collective.***

V/. Dumont dans "Alban"de la Compagnie Mossoux Bonté
V/. Dumont dans "Alban"de la Compagnie Mossoux Bonté - © DR theâtre national

Critique:

Après 7 ans d’existence le festival XS, créé à l’initiative d’Alexandre Caputo, a pris sa vitesse de croisière. Alors qu’au début il investissait toutes les petites salles improbables de l’énorme édifice, du bureau du directeur aux sous-sols techniques ou la cafeteria du personnel, il est centré désormais sur les 3 grandes jauges, la Grande salle, le Studio et la salle Huisman, avec un accueil possible de 300 à 750 spectateurs. Avec seulement deux visites dans les " petits lieux ". Un succès de foule impressionnant : une vraie ruche passionnée et enthousiaste et un fameux coup de jeune qui rappelle que le bon théâtre, expérimental, risqué, a un immense public prêt à se mobiliser.

 De ce cocktail de ‘petites’ formes, fabriquées dans l’urgence avec de ‘petits’ moyens que retenir des 2 premiers jours (clôture aujourd’hui samedi ) où de 18h à 24 h on a parcouru 16 des 21 projets ? Une prédominance de la danse, du cirque et de la performance  sur le " théâtre " au sens classique et " parolier " du terme.

La palme de la séduction, quasi unanime, revient à ‘Le corps’ où la danse suspendue à un fil (presque) invisible  multiplie les positions imposant la magie du corps. Comme si le cirque multipliait l’élégance rêveuse d’Ingrid Estarque, chorégraphiée par Fatou Traoré. Etonnante performance  vocale aussi de Camille Saglia et mise en scène d’un groupe fameux en France, le 14 :20, Clément Debailleul et Raphael Navarro ainsi salués par Télérama : " 14 :20  a changé la face de la magie en, l’exfiltrant du divertissement pour en faire un langage artistique, comme le cirque ou la BD des années 1990 : ce qu’on appelle la magie nouvelle ". La magie a opéré. On en redemande.

Danse sans fil,  le solo ‘Alban’ est un intense morceau  de cruauté picturale, mis en scène par Nicole Mossoux. V.Dumont, poitrail aux côtes saillantes, comme sorti d’un tableau du Gréco, énorme jupe sous la taille, bouge très lentement, déployant parfois ses ailes, comme un Saint Sébastien  appelant des flèches imaginaires à le torturer. Etonnant.

Plus tendre, le  beau duo breton d’Erwan Keravec et Mickael Phelippeau dans Membre fantôme’ part de Bécassine et son petit tablier blanc et d’une cornemuse…muette pour progressivement dessiner le portrait d’un couple homo esquissant une ronde sensuelle et pleine d’humour. Très fin.

En théâtre " verbo-moteur " Le petit must que j’ai raté mais qui fait l’unanimité : ‘Codebreaker’de Vladimir Steyaert . En 15 mn  il esquisse les dernières minutes d’un savant qui a aidé les alliés à gagner la guerre en brisant les codes secrets allemands. Puis poursuivi pour homosexualité, castré chimiquement, il choisit le suicide.

Et puis Cédric Eeckout, revêtu d’une armure moyenâgeuse " métaphorique ", nous a bluffé par un exposé hilarant de ses origines, wallono-flamandes, et une critique " à la belge ", moutarde piquante plutôt que bazooka, de l’Europe et de ses disfonctionnements : le tout en anglais et avec  une manière intelligente (rare) d’inclure le public dans la " démonstration ". Ca s’appelle ‘From here I will build everything ‘.

Ajoutons dans notre plaisir, la bande de comédiens réunis par Eline Schumacher pour célébrer la mort d’un copain. Feignant le déséquilibre pour nous balancer un cercueil au premier rang des spectateurs, exposant des zizis et des besoins pressants sur le mode parodique ‘La Ville des zizis’ c’est un portrait de groupe de jeunes voyous-des scouts à gueule de maffieux- . L’enterrement est le prétexte à croquer des mecs un peu dingues mais si sympas ! Faut dire que pour résister au charme réuni de Thierry Hélin, Adrien  Drumel et de 3 autres aussi doués, faut être mal luné !

Deux jolies performances circassiennes aussi .Dans  ‘Persona’, produit par Espace Catastrophe. Un groupe de 4 filles croquantes pratiquent un cirque moderne où la performance est au service d’une espèce de tendresse émouvante. Un peu un " jeu de l’amour et du hasard " au sol ou en suspension. Délicieux.

En mode " hyper-performatif " Josefina Castro et Daniel Ortiz nous offrent dans ’Ninguna palabra’ les vertiges du couple avec un humour très aérien.

Enfin il reste ce soir 3 spectacles de cirque en plein air, gratuits, à la Bourse. Ce samedi, entre 19 et 20H30, avant d’aller picorer à cette dernière soirée de XS au National.

NB : Bravo à tous et toutes pour l'organisation impeccable, la mobilisation générale de l’ensemble du personnel du National gérant 21 projets simultanés de 18H à  24H. Horaires respectés ( pas évident), bar efficace, bonne humeur générale  et  choix de  spectacles en cocktail savoureux ?

Festival XS  encore ce soir (Samedi 25) au Théâtre National et en plein air à La Bourse.

Christian Jade (RTBF.be)