Festival XS au National: l'embarras du choix.

Agnès Limbos dans "Quo vadis"
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Agnès Limbos dans "Quo vadis" - © Christophe Sermet

Cela fait 8 ans qu’on s’amuse pendant 3 jours au National en picorant la programmation de petites formes concoctée par Alexandre Caputo. De 10 à 30 minutes pour surprendre, séduire, convaincre et, pour certains, envisager une forme plus longue. Exemple récent: Alain Moreau et son Tof théâtre  ont présenté il y a 15 jours au Varia, une très belle forme " longue " (1 heure)  de " Soleil couchant " vu en " short " à XS…2015.

Au fait : jamais de " critique " sur une " avant-première ", mercredi 21 mais des " impressions " de " chroniqueur "…bienveillant. Brève critique de la " première " ensuite.

J’avoue (7 spectacles sur 21) 3 bonnes surprises…comme souvent dans les petits " recoins " expérimentaux  de l’immense National. Sur la " Terrasse ", plein air donc, brr. avec vue (" View " ) sur un panorama nocturne de Bruxelles, Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola nous proposent  un enterrement aux paroles inaudibles, puisque des fenêtres nous protègent de l’air glacial. Mais tous les ingrédients des rites funéraires, tournés en dérision, sont là avec un usage répétitif de l’urne et de ses cendres. Ca se termine un peu comme " premier de cordée " avec divers effets spéciaux à découvrir. Le hic : seulement 20 places. Même petite jauge dans un recoin de la grande salle, très tard (22H40 et 23H40). Ca s’appelle " Mes bras connaissent " avec un quintette de jeunes comédiens talentueux du genre " pince-sans-rire " Ils nous entraînent dans les sous-sols d’un opéra pour mieux explorer les rapports de force à l’œuvre. En fouillant le mini-programme on comprend que le metteur en scène et acteur Antonin Jenny est un disciple d’Armel Roussel. " Bon chien chasse de race ". En sortant de la salle je " tombe sur " Salvatore Calcagno, autre disciple d’Armel. XS c’est aussi ça :10mn (au plus) de droit à la papote, dans les rares " creux " entre les spectacles ! Un délicieux café du commerce…théâtral (oui, le théâtre est aussi un commerce). Troisième " petit " lieu, le foyer, juste au-dessus du bar. Une seule fois sur toute la soirée à 22h, on découvre Dress Code une démonstration de breakdance, orchestrée par Julien Carlier, avec la complicité de Charleroi/Danses (entre autres), où 3 garçons et une fille se donnent à fond dans un exercice de virtuosité exigeant. On aimerait voir plus souvent ces arts dits " populaires ", dialoguer dans les grandes institutions avec des réalisations dites pointues, pour casser certaines barrières et préjugés. Tant qu’on est dans la danse signalons la présence d’Ayelen Parolin (Wherever the music takes you), Louise Vanneste (A travers les aulnes) parmi les 2/3 de spectacles non (encore) vus. Parmi les performers " vedettes " Agnès Limbos nous pose une énigme: dans " Quo vadis " " tout va bien " affirme-t-elle de manière répétitive, grimace aux lèvres,  alors que tout va mal, manifestement dans son corps et sa tête qui construisent de fragiles édifices  au bord de la rupture et de la chute. Enfin dans " Backup " les compagnies Chaliwaté et Focus nous livrent un " reportage " fantastique et humoristique sur des journalistes explorant le Pôle Nord Une vidéo surprenante, des déguisements successifs, une ourse blanche et son ourson(ne), joliment manipulé(e)s, enchaînent un petit conte où domine, fait rare, une certaine tendresse. Enfin une douleur pudique traverse Le chœur d’Ali Aarass, un prisonnier belgo marocain enfermé depuis 10 ans, sous l’accusation de terrorisme, sur base d’aveux obtenus sous la torture.

  " Critique " de première.

Vu ce soir, à la première, jeudi 22,  devant des publics réactifs,  quelques spectacles hautement recommandables. Il faut venir très tôt à 18h pour voir " Terv " où deux jeunes danseuses l’une finlandaise, l’autre hongroise, sublimes de grâce, d’énergie, d’humour et d’intelligence nous proposent un duo gymnique et érotique qui se termine dans un sauna grand comme une cabine téléphonique. Grandiose ! En fin de soirée ne ratez pas le petit quart d’heure de Claudio Stellato, et ses complices, intitulé, sans explication, " "   qui travaillent le bois avec frénésie dans une activité d’une drôlerie surréaliste. Entre les deux, côté théâtre, le " quatuor " d’Hervé Piron dégoupille calmement sa grenade d’humour auto-dérisoire dans " Rater mieux, rater encore  ". Incontournable aussi le Français Johan Bourgeois, jongleur, acteur, acrobate, dans  " Tentatives d’approches ", un des must de l’édition 2018 prolongeant le festival Up au sein de XS !Enfin dans l’émotion et l’humour,  le monologue très sobre de Peggy Lee Cooper, (Torch song) rend compte en ¼ d’heure de la difficulté d’être un travelo.

Festival XS au Théâtre National du 22 au 24 mars.

Christian Jade (RTBF.be)