Festival XS 2019. Des petits plats à déguster sans modération.

Festival XS "One shot" Cie One shot
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Festival XS "One shot" Cie One shot - © Alice Piemme

Humeur vagabonde et goût du joyeux melting pot : ce sont les seules conditions d’entrée au festival printanier de petites formes du Théâtre National. " XS " (Extra Small) créé en 2011 sur une idée d’Alexandre Caputo (devenu directeur des Tanneurs) et repris cette année par Vincent Hennebicq.

Le point de départ, de petites formes théâtrales de 5 à 25 minutes permettant de parcourir tous les recoins du Navire National, s’est progressivement étendu à tous les arts de la scène, théâtre d’objets, danse, cirque, performance., musique, vidéo. Vincent Hennebicq rationnalise les lieux, et nous fait parcourir, à une ou deux exceptions près, les 3 salles classiques et des intermèdes au bar, dans la mezzanine et dans les …escaliers. Une bonne vingtaine de spectacles sur 3 jours et des concerts permettant de se régaler de petites formes, en famille ou entre copains, pour 15 euros le pass par soirée (10 spectacles possibles + concerts). J’ai pu assister à la générale, donc pas de critique ici mais des impressions de spectateur, un parcours que je rassemble sous deux thèmes : l’humour et la poésie.

Humour (noir, vache, macabre, tendre, parodique).

Un sympathique moustachu nous accueille avec une boîte à joujoux (de la Kalachnikov au simple révolver) entouré de deux femmes et deux hommes qui se mettent à danser. Le moustachu -Davis Freeman, un performer américain vivant à Bruxelles, surtout connu au Kaai -nous prend par la main. Il se met à notre place : en cette époque dangereuse où le moindre fou nous menace dans la rue il va nous donner le mode d’emploi de ces armes et permettre à 3 spectateurs d’appliquer la théorie sur les danseurs . What you need to know ". Humour noir.

Avec un mât chinois au centre de la piste, deux circassiens jouent, en sol et dans l’air, une course poursuite chorégraphiée, aussi drôle qu’agressive. Le persécuteur est armé de haches et de couteaux (alors qu’au début il manipulait une inoffensive guitare), le persécuté arrimé à un bouclier de bois qui l’entrave autant qu’il le protège. Le danger des (dés)équilibres classiques au mât chinois est multiplié par le carnage simulé au sol. Avec toute la virtuosité nécessaire pour que ce " One shot " (Compagnie du même nom) ne soit qu’un simulacre de massacre. Humour vache.

Humour macabre avec " La Caravane de l’Horreur " où un tueur en série manipule une hallucinante paire de chaussures à talons aiguilles rouges et divers autres objets qui nous plongent dans un thriller sanglant. 17 spectateurs confinés dans une petite caravane hors National en meurent… de rire.  Il est prudent de réserver !! (5X 17 spectateurs par soirée).

Humour parodique (et tendre) pour clôturer la soirée à 23H10 avec " Faux départ ". On y voit 4 acteurs/danseurs (oubliez les catégories avec Ingrid von Wantoch Rekowski) mimer la concentration terrible d’un 100 m de Jeux olympiques, avec les petits rituels de lutte contre l’angoisse et une touchante tension vers la perfection. Avec au centre un remarquable solo de lanceuse de poids.

Poésie, rêverie, souvenir.

Dans " Désirs " Michèle Noiret nous plonge dans son monde fait d’élans à l’érotisme maîtrisé, servi par une précision technique imparable où le mouvement du corps est synchronisé à la musique au doigt et à l’œil des interprètes. Michèle Noiret et Lisa Penkova dialoguent en miroir dans le rapport à la terre, à la peau, à la violence, à la vie, à la mort. 25 minutes qui annoncent une forme longue la saison prochaine.

Poésie aussi, la performance circassienne de la trapéziste Elodie Donaque qui dans Eymen n’utilise pas son " instrument " comme un simple faire valoir virtuose mais comme point de départ d’une chorégraphie suspendue. En dialogue avec le pianiste Fabian Fiorini, on plonge dans une sorte de poème symboliste où la chevelure et le corps sont des objets de fascination.

Poésie performative enfin, avec l’émouvant " L’objet de mon attention I Tout ce que je possède " de Cécile Hupin et Héloïse Meire (Cie What’s Up), premier volet d’une trilogie sur notre rapport aux objets. Dans le petit studio son du National un savant bric-à-brac nous propose une plongée sur l’objet qui fait rêver par sa beauté, l’obsession qu’il révèle (ex.la collection de porte-clefs japonais représentant de la nourriture !), le souvenir dont on ne parvient pas à se débarrasser et qui vous envahit. Comme cette soupière revêtue d’insignes hitlériens laissée par l’occupant et qu’on ne parvient pas à éliminer. Des notices courtes et limpides situent les objets. Un très beau travail avec même une " maternité " vivante. Le " petit truc " qui restera pour moi, comme la " découverte " que cherche le curieux dans tout (mini)-festival.

 

Festival XS au Théâtre National jusqu’au 16 mars.

Christian Jade (RTBF.be)