Festival international des Brigittines. Beauté convulsive, charme vénéneux et humour corrosif: un épatant "ménage à trois".

"Paraiso" de Marlene Monteiro Freitas
"Paraiso" de Marlene Monteiro Freitas - © Hervé Véronese

Cela fait près de 35 ans que le Festival des Brigittines, d’abord couplé à la Bellone, clôt l’été par un festival «intimiste» qui mélange danse, théâtre, musique et texte. Dans un écrin religieux et rococo… rénové, le directeur de l’événement, Patrick Bonté, s’amuse à tordre le cou à la beauté ambiante pour faire régner une «inquiétante étrangeté».

 

 

 

Chaque année, Patrick Bonté trouve un sous-titre à sa ballade dans l’imaginaire subversif, où les habitués (toujours trop nombreux face à des jauges de 90 à 150 spectateurs) s’amusent (ou pas) devant les trouvailles et complicités du maître d’œuvre. En 2015, la ballade joue sur le binôme "ravissement/outrage". D’accord pour le ravissement, dit Bonté, "s’il comporte aussi une part de trouble, qui perturbe notre émotion….(et) la rend plus complexe, plus incertaine, plus riche". Outrage? Un peu fort, quand on voit des outrages horribles aux personnes dans n’importe quel JT? A la scène, cela veut dire un art "qui reste dangereux et ne perd pas son pouvoir de questionnement, de déstabilisation, d’ouverture des possibles."

Dans la pratique et en ouverture, les 14 et 15 août, cela nous mène à Paraiso, de Marlene Monteiro Freitas, une Cap-Verdienne, passée par PARTS, dont le KFDA nous a proposé ce printemps De marfim e carne, (d’ivoire et de chair), un bal grotesque sur le thème de Pygmalion, Orphée et Eurydice. Ici on assiste aux extravagances du sexe avec quatre compères et une maîtresse femme les soumettant à son "carnaval de l’intime" avec outrage garanti à toute logique rationnelle mais récompense par l’humour, seule "autorité" admise.

En conclusion du festival, une note politique claire : les 28 et 29 Christian Ubl,, un Autrichien vivant en France propose Shake it out où 5 danseurs nous proposent un joyeux "outrage", gymnique et chorégraphique à tout sentiment d’appartenance…nationale. Un pied de nez jubilatoire à toute propagande, "une ode à la joie qui serait aussi un chant critique". Au cours de la même "soirée composée" mélange de petites et grandes formes, vous pourrez, avec la Canadienne Catherine Gaudet, plonger dans l’univers rimbaldien ("Je est un autre") d’un couple explorant toutes ses ambigüités et ses violences.

Sur la base de ces mêmes "soirées composées", de vrais éventails de plaisirs contrastés, vous pourrez, le même soir, les 25, 26 et 27 assister au premier volet du prochain spectacle de la compagnie Mossoux-Bonté, Vice-Versa où "deux femmes se balancent, soudées, intriquées dans une intimité complice". (Vous avez dit Twin houses, suite ?). Au cours de la même soirée, de passionnants chercheurs franco-américains, Liz Santoro et Pierre Godard dont l’ambition, dans " Relative collider", est rien moins que de nous faire percevoir, par la danse la physique et l’imaginaire du mouvement : très concret et très…réfléchi ! Ou encore la Portugaise Elisabete Francisca qui nousentraîne dans un univers "entre chèvre et nymphe céleste", soufflant à la fois sur la fascination pour mieux la torpiller: le "programme Bonté", en somme ! C’est un de mes plaisirs depuis 25 ans que je fréquente ce délicieux festival, à la charnière de 2 saisons :’l’embarras du choix et la multiplicité de formes qui interrogent danse et théâtre, sous tous ses angles, permettant de passer d’un univers à l’autre en une soirée. Avec le charme de la brièveté : de 15 à 60 mn, une formule reprise depuis 3 ans par le Festival XS, d’Alexandre Caputo, au Théâtre National mais là avec prédominance théâtreEntre le 17 et le 23 août, une série de solos, duos ou trios mettent le corps en déroute, beauté et répulsion mêlés : Florentine Holzinger et Vincent Riebeek, ironisent sur le couple et ses (im)pudeurs dans un joyeux mélange de styles, de rythmes et de performances où la victime est …masculine. Même acharnement sur l’image du corps (féminin cette fois) avec Vénus anatomique de la Française Marinette Gozville qui se mesure, en danse, à des statuettes d’écorchées.Enfin une première en Belgique, les 19 et 20 de Matincola (Italie) et Yasmeen Godder (Israël) qui dans Under, comparent leurs univers sur le thème des allers retours du désir et de l’élan amoureux. Enfin Vera Mantero danse sur…un texte de Gilles Deleuze parlant de Spinoza : de la danse sur des mots…sans illustration littérale, of course. Allons 1968 pas tout à fait mort dans une …chapelle à Bruxelles. Festival des Brigitttines, du 14 au 29 août.www.brigittines.be Christian Jade (RTBF.be)