Festival Aix-en-Provence 2018 : la dernière saison de Bernard Foccroulle recentré sur d'autres passions.

Bernard Foccroulle directeur du fetival d'Aix-en-Provence
Bernard Foccroulle directeur du fetival d'Aix-en-Provence - © Patrick Berger

Bernard Foccroulle a présenté sa dernière saison comme directeur du Festival d’Aix -en-Provence. Rien ne l’obligeait à la retraite mais il a d’autres ambitions passionnantes  à développer comme il nous l’explique ci-dessous. La saison prochaine le verra semblable à lui-même avec ses fidélités et son goût des découvertes.

Fidélité à un répertoire baroque, illustré cette année par un Francesco Cavalli peu souvent joué, " Erismena " emmené par  le remarquable chef d’orchestre Leonardo Garcia Alarcon à la tête de sa Cappella Mediterranea. Alarcon, demandé dans toutes les grandes maisons d’opéra avec un " petit pied " en Belgique où il dirige depuis 2010 le Chœur de chambre de Namur.

En 2018 la source baroque sera le ‘Dido et Aeneasde Purcell dirigée par Vincent Luks et mis en scène par un proche de Patrick Chereau,  Vincent Hughet.

Fidélité à la musique russe avec ‘L’Ange de feude Prokofiev dirigé par Kazuchi Ono ou à Richard Strauss (‘Ariadne auf Naxos’) mis en scène par une autre fidèle Katie Mitchell .Fidélité du festival à Mozart ‘La Flûte enchantée’ de Mozart mise en scène par l’éblouissant Simon McBurney, qui nous a éblouis cette année dans le ‘Rake’s progress’ de Stravinski.

Quant à sa fidélité à des "’découvertes’, il s’en explique lui-même, ci-dessous.

Le programme 2018 ? 

En bref :

ARIANE À NAXOS (Richard Strauss)
Direction musicale : Marc Albrecht
Mise en scène : Katie Mitchell

L'ANGE DE FEU (Sergueï Prokofiev)
Direction musicale : Kazushi Ono
Mise en scène : Mariusz Treliński

LA FLÛTE ENCHANTÉE (Wolfgang Amadeus Mozart)
Direction musicale : Raphaël Pichon*
Mise en scène : Simon McBurney

DIDON ET ÉNÉE (Henry Purcell)
Direction musicale : Vaclav Luks
Mise en scène : Vincent Huguet*

SEVEN STONES (Ondřej Adámek)
Conception : Ondřej Adámek
Mise en scène : Éric Oberdorff

ORFEO & MAJNUN (Moneim Adwan, Howard Moody, Dick Van Der Harst)
Direction musicale : Bassem Akiki
Mise en scène : Airan Berg, Martina Winkel

Plus d’infos : http://festival-aix.com/fr

 

INTERVIEW

CJ: Il y a au moins deux ovnis dans votre dernière saison dont 7 Stones, un opéra contemporain. 

BF ‘Seven Stones’, c’est un opéra du compositeur tchèque Ondřej Adámek, chanté en anglais. En gros c’est l’histoire d’un homme qui a tué sa femme dans un passé sans doute relativement lointain. Et tout l’opéra est une espèce de parcours pour arriver à la reconnaissance de ce crime et de tout ce qu’il implique. Mais cet opéra nous emmène dans les temps bibliques, au Mexique, en Islande dans différentes époques. Il sera chanté par 16 chanteurs,  sans orchestre, mais il y aura des instruments de musique sur le plateau et des sculptures sonores qui seront manipulées par les chanteurs.

Jade : " Orfeo & Majnun ", ça recouvre votre  ambition de rapprocher l’opéra, des gens qui n’y vont jamais ?

- En outre la Monnaie est associée et producteur délégué de ce projet, qui va réunir 7 villes européennes, Vienne, Cracovie, Rotterdam, Aix, une ville portugaise etc. Me tient beaucoup à cœur sa dimension européenne, interculturelle. Il relie deux mythes, le mythe d’Orphée et Eurydice, et l’histoire de Leïla et Majnoun, très belle histoire d’amour orientale. Cet  opéra sera chanté en anglais, en arabe, et parlé dans la langue locale, donc ici en français. Il sera précédé d’une parade urbaine, qui va permettre à des milliers de participants de s’exprimer, de se préparer pendant toute une année à ce grand événement.  Ce sera dans l’espace public, devant plusieurs milliers de personnes, au cœur de la ville, une invitation à venir fêter l’opéra de la manière la plus populaire possible.

CJ: C’est votre  dernier festival : un retrait volontaire ou une mise à la pension d’office à 65 ans ?

BF : J’aurais pu rester mais au terme d’un cycle de 27 ans de direction d’institutions lyriques, 15 ans à Bruxelles, 12 ans à Aix -je ne regrette pas un seul instant de m’être lancé dans cette aventure- mais cela m’a pris énormément d’énergie ne m’a pas permis de développer d’autres priorités plus personnelles la composition, l’écriture, la réflexion aussi plus personnelle, et la pratique de l’art de l’orgue. J’espère affronter d’autres défis, pas moins passionnants ni risqués.


CJ : Revenu à Bruxelles, vous comptez y jouer un rôle culturel et politique actif ?


BF : Il me semble très important, que l’art soit un facteur de lien entre des communautés différentes vivant sur un même territoire. Pas uniquement des communautés linguistiques mais également des communautés issues de l’immigration. Et que ça soit à Bruxelles ou à Aix ou Marseille, on est sur des bassins qui sont très multiculturels, et plutôt que toutes ces communautés vivent séparées les unes des autres, il me semble que l’art et la musique en particulier constituent un facteur de liaison, de meilleure compréhension mutuelle, et je crois qu' aujourd’hui c’est absolument nécessaire de travailler à cette compréhension pour avoir de l’autre une image positive et pouvoir s’enrichir de cette culture.

CJ: Quand vous viviez à Bruxelles, vous militiez  pour une plus grande salle de concert …toujours pas visible…


-BF : Beaucoup de villes qui n’ont pas l’importance de Bruxelles, sont dotées d’équipements culturels qui permettent d’accueillir plus de monde. La Monnaie a une capacité limitée, 1150 places, c’est tout de même relativement petit, il nous faut donc des outils d’une plus grande ampleur. En outre ni Bruxelles ni l’Union Européenne n’ont réussi jusqu’à présent à cristalliser suffisamment leurs relations. On ne peut pas lire assez dans le tissu Bruxellois que cette ville est capitale européenne. Et l’Union Européenne n’a pas fait le choix qui s’imposait à mes yeux de s’ancrer à Bruxelles et de montrer à Bruxelles, dans sa capitale, la diversité des cultures, la richesse de toutes ces cultures, les liens qui peuvent exister entre nous, et quelque part, au-delà de la diversité, une certaine identité européenne. Je trouve ça très dommage, et je pense que si, un jour ou l’autre, l’Europe et Bruxelles pouvaient s’allier pour penser ensemble un lieu qui dirait l’âme de l’Europe, je pense que ça serait tout bénéfice pour les uns ou pour les autres.

CJ : A votre  retour à Bruxelles vous comptez  vous investir dans cette idée avec votre autorité morale et intellectuelle ?

 -BF :Si la proposition m’est faite d’apporter une réflexion, de partager, de participer à une réflexion collective sur des enjeux tels qu’on vient de les évoquer, sur la présence européenne à Bruxelles, sur la dimension européenne en général, qui me tient beaucoup à cœur, sur la relation de l’Europe et de la Méditerranée, qui est un autre sujet sur lequel j’ai beaucoup travaillé à Bruxelles, ce serait avec plaisir.

Christian Jade (RTBF.be)