EXIT/CIRQUE (Halles de Schaerbeek): les étudiants de l'ESAC, entre ciel et terre.

"EXItT 15".  Promotion ESAC 2016
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"EXItT 15". Promotion ESAC 2016 - © Marie-France Plissart

Braver. Braver ciel et terre. Braver les lois de la pesanteur pour en rejaillir éblouissant. Se braver soi-même surtout, se prouver que ce corps est une œuvre d’art ou crée comme une œuvre d’art. Trimer dur, pendant trois ans…ou la vie entière (à l’ESAC ou ailleurs)… pour se bâtir un corps d’athlète et une âme de poète à la découverte de ses limites, à dépasser encore et toujours.

Faire marcher, courir, voler et arrimer ce paquet de muscles en quête de rythme dans l’espace pour atteindre à la maîtrise de soi. Au cirque, nouveau ou ancien, toute démonstration a un prix fort : le jeu sur l’équilibre/déséquilibre est un pari qui se paie cash en cas de maladresse, blessure, déchirure, ou pire au cas où le mortel taureau/pesanteur vous saisit au vol. C’est le cas de tous ceux qui nous obligent à lever la tête vers le petit ciel du trapèze, du cadre, du cerceau ou des sangles aériennes. Ou de cette corde lisse avec son corps de serpent infini qui fait semblant de vous élever mais qui peut vous brûler ou vous faire lâcher prise. Ou de ce mât chinois dont les raides branches vous font monter au ciel- tout comme le public- avec l’élégance d’une danse suspendue.

Ces instruments apparents de torture sont aussi des instruments de plaisir quand on relève l’obstacle pour le grand plaisir du public. Car tout est là : il faut trouver son… pied  dans le défi permanent à soi-même, aux profs, aux futurs programmateurs qui vous engagent et au public, le but final : se faire plaisir en donnant du plaisir et en faire un métier.

La promotion 15 de l’ESAC, l’Ecole de Cirque de Bruxelles...

...ou du moins le tri des 14 "élus", présentés aux Halles de Schaerbeek- nous a non seulement intéressé mais amusé, ému et parfois fasciné.

Intéressé, le vieux prof qui sommeille en moi, curieux de voir les résultats pédagogiques d’un enseignement qui doit être rigoureux sur les "gammes" techniques et favoriser l’inventivité de l’étudiant. Intérêt souvent comblé. Le nouveau cirque ne demande pas seulement une précision de gymnaste pour admirer la maîtrise du corps mais une pensée chorégraphique de metteur en scène et des qualités de comédien pour humaniser le tout. Bigre ! Aucun des 11 numéros présentés n’était dépourvu de ces trois dimensions, à des degrés divers, avec la dose d’émotion qui accompagne une performance où il est difficile de cacher les petites imperfections dues à l’angoisse. Plus facile de cacher une fausse note au Reine Elisabeth qu’un faux mouvement, une hésitation du pied sur la corde lisse. Ou une quille qui s’égare dans un numéro de jonglerie à trois par ailleurs très imaginatif, qui ne jouait pas seulement sur la vitesse pure mais aussi sur la lenteur d’une fleur qui s’ouvre et se ferme.

Intérêt, amusement, émotion, fascination.

Intéressé aussi par de brillants exercices de solfège à la corde, aux sangles aériennes, au mât chinois. Bons profs, bons élèves. Ou par la souple féminité qui met une valeur ajoutée à un cerceau aérien; ou une immense chevelure comme un défi de " torera " à la corde lisse qui la nargue.

Amusé par les entremets clownesques, souvent caricature comique des obstacles à surmonter, avec un génial tromboniste, donnant du rythme et de la respiration à l’ensemble.

Emu par un numéro de trapèze danse ambitieux d’Audrey Minaud, emballé de poésie, un peu trop long, qu’importe. Ou par la perfection technique et rythmique de Juho Yrjola à la corde lisse, oiseau majestueux planant dans l’espace, maître de son vol.

Admiratif devant la maîtrise au cadre aérien du duo Josefina Castro Pereyra Soler et Sergio Ortiz Cabrera : équilibre parfait, élégance dans le phrasé des mouvements, volutes et spirales de couple dans l’espace :just great !

Enfin fasciné par l’incroyable maîtrise du corps de Joris Baltz : une stupéfiante performance d’accro danse à la fois techniquement parfaite, d’une virtuosité nourrie d’imagination et  pensée comme une chorégraphie. D’une drôlerie irrésistible, en plus, jouant sur de (fausses) raideurs de la colonne vertébrale dans toutes les positions possibles, pour mieux nous éblouir de son élasticité ! Un pied de nez magistral à tous les handicapés de la colonne vertébrale!!!

On est aux limites du cirque et de la danse et là, pas de doute : les profs ont trouvé un maître et nous un pro !

Ne ratez donc pas ce parterre de jeunes pousses intéressantes, en quête de public.

Exit 15 de l’ESAC. Aux Halles de Schaerbeek à 20 h jusqu’au 28 et le dimanche 29, à 15 h.