Erotisme, féminin, pluriel: un champ ambigu.

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Les Halles de Schaerbeek nous proposent leur première « réflexion » pimentée de l’année : un premier débat sur les ambigüités et  la force parfois « politique » de l’érotisme.




Le titre a l’air bien sage Latitudes Lille Bruxelles. Il rend simplement compte de l’alliance objective entre certains lieux alternatifs de Lille et de Bruxelles. Mais  le fil rouge semble une interrogation sur le corps (en particulier féminin) et comment la danse peut le transcender ou le faire parler de lui, de nous  et …du monde.

De cette programmation j’ai pu voir à Lille un volet, surprenant : la chorégraphe française d’origine maghrébine Latifa Laâbissi dans un surprenant solo Self Portrait Camouflage, où elle s’expose, longuement au regard de l’autre, nous, sous une lumière éclatante, surexposée par un sol blanc  multiplie l’éclat lumineux .

Critique:***

Pour tout vêtement une coiffure de Sioux, qui transforme en chef indien ce beau corps de femme de quarante ans, qui nous propose une version dansée (lentement) de la fameuse toile de Courbet, « L'origine du monde ». La prise de risques est maximale pour cette fille d’immigrés qui a fui le toit paternel à 16 ans pour aller rejoindre le maître incontesté de l’époque, Merce Cunningam. Risque de la nudité surexposée pour une musulmane libérée mais qui veut surtout nous mettre mal à l’aise. La nudité fait partie d’un monde qui en fait une valeur marchande. Elle en joue mais c’est pour brouiller les cartes : ce corps féminin ne joue pas tant sur l’érotisme accrocheur que sur la crudité d’un corps (sur)exposé. Avec une coiffure de chef indien, très beau déguisement……d’exploité, puisque les Indiens ont été exterminés et leurs survivants parqués dans des réserves. Il y a donc un message politique qui se fait plus évident dans la deuxième partie, comique. Elle y joue sur la caricature du mythe français du discours « républicain ». Elle se moque aussi bien de Sarkozy que de Le Pen ou Ségolène Royal …et du drapeau français, dont elle s’enrobe. Ses pires ennuis lui sont venus non pas des son milieu (ses parents comprennent cette forme extrême de révolte) mais de certains organisateurs…vis-à-vis du drapeau français un peu ridiculisé. En cette période d’hyper-patriotisme  franchouillard elle a dû parfois concéder de transformer son drapeau français en drapeau hollandais : mêmes couleurs mais disposées à l’horizontale plutôt qu’à la verticale.

Self Portrait Camouflage, de Latifa Laâbissi:***

Un spectacle frappant, tonique, à voir seulement ce vendredi 24.

Christian Jade(RTBF.be)




Ce spectacle inaugure une thématique qui tient lieu de fil rouge à le saison des Halles et sur laquelle nous reviendrons : les mondes arabes.

Et puis dès ce mercredi soir 22, une soirée composée avec Yaksu Exit number 9, un road movie performatif et musical, pour trois danseuses sexy mouvementées et agressives qui évoquent le monde trash des 1001 nuits.

Et Sylphides où un homme et une femme nous offrent des images troublantes sur nos possibles anéantissements et nos improbables renaissances.

A ne pas manquer samedi 25

Le rêveur Montage for 3 où deux danseurs incarnent des photos célèbres ou inconnues avec l’idée absurde de donner présence à l’absence. Avec en clou de la soirée, La Belle Indifférence de Gaelle Bourges où trois femmes nues prennent simultanément la pose de tableaux célèbres, pour interroger le lien unissant le corps des femmes aux regards qui les déshabillent ou les fantasment.

Info: www.halles.be