« Dieu est un DJ » : verbe fou, images paisibles.

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- © rtbf

Fabrice Murgia (26 ans), révélation 2010 pour son spectacle « Le chagrin des ogres », confirme à Liège et Bruxelles les espoirs mis en lui, avec Dieu est une DJ, de Falk Richter, un « road movie », où théâtre et cinéma se font concurrence.

Critique : ***




Une naissance difficile

Au départ, une volonté de Jean-Louis Colinet, directeur du Festival de Liège et du Théâtre National, de consacrer une trilogie à un de ses artistes associés, Falk Richter. Trois textes de Richter, mis en scène par Richter lui-même, Stanislas Nordey et …Fabrice Murgia. Fabrice hérite donc d’un texte de jeunesse de Richter, Dieu est un DJ, qui ne lui plaît qu’à moitié, avoue-t-il: le thème central de Richter, la téléréalité et ses excès l’inspiraient moins que la nouvelle donne : le mélange des mondes virtuels et réels auxquels tout jeune est confronté, via son ordinateur. Ajoutez la fascination grandissante de Murgia pour le cinéma, américain en particulier, Tarantino et ses excès, Lynch et ses froides cruautés. Et sa difficulté  à accepter un texte théâtral qui ne soit  pas totalement de lui. Et vous aurez quelques clés pour comprendre la pâte nouvelle, à la fois séduisante et pas tout à fait aboutie, vue à la première, à l’Ancre, à Charleroi.

Une réalisation « en progrès ».

Du texte de Richter, ce petit extrait, un vrai fil conducteur de l’ensemble : « Mais tu n’es pas vide, tes histoires et toutes les histoires que tu as lues et entendues se mêlent, se renouvellent en toi, et peu importe que tu les aies vraiment vécues ou simplement imaginées, cela ne fait soudain aucune différence de les avoir vécues, et c’est très, très agréable » Sur scène un acteur installé dans le fauteuil de Richter, devenu…cinéaste : l’excellent Vincent Hennebicq, incroyablement « cool » dans deux monologues qui ouvrent et ferment le spectacle. Il raconte les horreurs d’une relation confuse, violente, incestueuse avec une mère et un père caricaturés. Il y a là de la souffrance  et de l’excès verbal, et dans les relations évoquées (réelles, imaginaires ?) et dans la confusion d’une (fausse ?) confession à rebondissements. Ajoutez le cadre de l’évocation, la fameuse « route 66 » de la  Vallée de la mort », parcourue (réellement) par Richter et Murgia et d’où Murgia nous rapporte une « cadre » visuel, une vidéo  aussi paisible que le récit théâtral est tourmenté. La tourmente la plus forte vient d’une relation agressive avec un personnage féminin, superbement incarné par Laura Sépul, installée dans une vieille bagnole américaine mythique. Là aussi ambiguïté à facettes puisqu’on passe du meurtre d’une call girl de série B à une relation (fantasmée ?) avec une jeune femme attendant un enfant. Accepté ou refusé, l’enfant ? Ce qui nous ramène au point de départ, Falk Richter (ou son double ?), être l’enfant non désiré d’une mère indifférente. Ajoutez un clin d’œil lorqu’une infirmière- journaliste-psychanalyste, pas présente mais filmée, tente de démêler l’écheveau embrouillé de l’intrigue avec des lumières « rationnelles » pas très convaincantes.

Concluons : une «  installation » visuellement aboutie, avec une partition musicale bourrée de nostalgie des années 70 (David Bowie, par exemple), opposée au désert de la musique des années 80. Deux acteurs (Vincent Hennebicq et  Laura Sépul) qui jouent « juste » un récit qui aurait pu tourner à l’emphase et au cabotinage. Mais un texte pas encore suffisamment clarifié par Murgia, laissé parfois à sa confuse logorrhée, au point de nous laisser parfois « au bord de la route ». Comme si Fabrice souffrait de n’avoir pu jouer sa réécriture du texte, « Ghost Road », faute d’accord de l’éditeur de l’oeuvre de Richter en français. A voir de toutes façons, comme une des suites (ou variations) au Chagrin des Ogres, où le réel et le virtuel explosent les catégories.

Dieu est un DJ, F.Richter, m.e. s F. Murgia

Cette semaine au Théâtre National, jusqu’au 11 février Info : www.theatrenational.be

Christian Jade (RTBF.be)

Critique : ***




Une naissance difficile

Au départ, une volonté de Jean-Louis Colinet, directeur du Festival de Liège et du Théâtre National, de consacrer une trilogie à un de ses artistes associés, Falk Richter. Trois textes de Richter, mis en scène par Richter lui-même, Stanislas Nordey et …Fabrice Murgia. Fabrice hérite donc d’un texte de jeunesse de Richter, Dieu est un DJ, qui ne lui plaît qu’à moitié, avoue-t-il: le thème central de Richter, la téléréalité et ses excès l’inspiraient moins que la nouvelle donne : le mélange des mondes virtuels et réels auxquels tout jeune est confronté, via son ordinateur. Ajoutez la fascination grandissante de Murgia pour le cinéma, américain en particulier, Tarantino et ses excès, Lynch et ses froides cruautés. Et sa difficulté  à accepter un texte théâtral qui ne soit  pas totalement de lui. Et vous aurez quelques clés pour comprendre la pâte nouvelle, à la fois séduisante et pas tout à fait aboutie, vue à la première, à l’Ancre, à Charleroi.

Une réalisation « en progrès ».

Du texte de Richter, ce petit extrait, un vrai fil conducteur de l’ensemble : « Mais tu n’es pas vide, tes histoires et toutes les histoires que tu as lues et entendues se mêlent, se renouvellent en toi, et peu importe que tu les aies vraiment vécues ou simplement imaginées, cela ne fait soudain aucune différence de les avoir vécues, et c’est très, très agréable » Sur scène un acteur installé dans le fauteuil de Richter, devenu…cinéaste : l’excellent Vincent Hennebicq, incroyablement « cool » dans deux monologues qui ouvrent et ferment le spectacle. Il raconte les horreurs d’une relation confuse, violente, incestueuse avec une mère et un père caricaturés. Il y a là de la souffrance  et de l’excès verbal, et dans les relations évoquées (réelles, imaginaires ?) et dans la confusion d’une (fausse ?) confession à rebondissements. Ajoutez le cadre de l’évocation, la fameuse « route 66 » de la  Vallée de la mort », parcourue (réellement) par Richter et Murgia et d’où Murgia nous rapporte une « cadre » visuel, une vidéo  aussi paisible que le récit théâtral est tourmenté. La tourmente la plus forte vient d’une relation agressive avec un personnage féminin, superbement incarné par Laura Sépul, installée dans une vieille bagnole américaine mythique. Là aussi ambiguïté à facettes puisqu’on passe du meurtre d’une call girl de série B à une relation (fantasmée ?) avec une jeune femme attendant un enfant. Accepté ou refusé, l’enfant ? Ce qui nous ramène au point de départ, Falk Richter (ou son double ?), être l’enfant non désiré d’une mère indifférente. Ajoutez un clin d’œil lorqu’une infirmière- journaliste-psychanalyste, pas présente mais filmée, tente de démêler l’écheveau embrouillé de l’intrigue avec des lumières « rationnelles » pas très convaincantes.

Concluons : une «  installation » visuellement aboutie, avec une partition musicale bourrée de nostalgie des années 70 (David Bowie, par exemple), opposée au désert de la musique des années 80. Deux acteurs (Vincent Hennebicq et  Laura Sépul) qui jouent « juste » un récit qui aurait pu tourner à l’emphase et au cabotinage. Mais un texte pas encore suffisamment clarifié par Murgia, laissé parfois à sa confuse logorrhée, au point de nous laisser parfois « au bord de la route ». Comme si Fabrice souffrait de n’avoir pu jouer sa réécriture du texte, « Ghost Road », faute d’accord de l’éditeur de l’oeuvre de Richter en français. A voir de toutes façons, comme une des suites (ou variations) au Chagrin des Ogres, où le réel et le virtuel explosent les catégories.

Dieu est un DJ, F.Richter, m.e. s F. Murgia

Cette semaine au Théâtre National, jusqu’au 11 février Info :