Comme une image, la communication visuelle des circassiens

FESTIVAL CIRQUE(S), ANGERS, 2013
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FESTIVAL CIRQUE(S), ANGERS, 2013 - © SOLANGE ABAZIOU / LE QUAI

Créer un spectacle, c’est aussi le faire connaître. Affiches et flyers se combinent aujourd’hui aux sites internet et aux réseaux sociaux, ouvrant des perspectives nouvelles. En mots, vidéos et envies de se définir au plus juste, comment une compagnie de cirque se (re)présente-t-elle aujourd’hui ?

Multiple… et unique. Le cirque aurait-il aujourd’hui une double image ? C’est ce qui apparaît d’emblée lorsqu’on explore la question de la communication. Multiple, d’une part, parce qu’il s’ouvre à d’autres formes et se joue dans d’autres lieux, notamment les théâtres, où "le public le fréquente de plus en plus, mais ne le nomme pas nécessairement cirque", souligne Jérôme Ramacker, communicateur au service des artistes. Et unique, d’autre part, parce qu’"à l’opposé de cette multiplicité, il est important pour les circassiens de poser leur identité". Une des façons de définir cette identité semble être, pour cet art du corps, cet art sans mot, le recours à l’image.

Statique ou mouvante, toujours émouvante

Une image dont Amandine Dooms est professionnelle. La jeune femme, diplômée en communication et histoire de l’art, passée par l’Espace Catastrophe, offre depuis quelques années ses services de graphiste essentiellement à des circassiens, afin de concevoir avec eux l’image de leur communication. Et Amandine de ne pas faire la différence entre l’univers du cirque et celui d’autres arts — elle travaille aussi avec des musiciens. "Je fais d’abord parler les artistes de leur projet. Je leur demande de m’apporter des mots et des images qui représentent leur travail. On parle de ce qui leur plait, de ce qui ne leur plait pas. Je cogite à partir de là, et leur propose un projet. Ils me donnent leurs retours, j’adapte. C’est un travail de création qui s’adapte à la création elle-même. Mais je dois dire que, comme tous les artistes, les circassiens sont uniques. Selon moi, aujourd’hui, il n’y a pas une image du cirque, mais autant d’images que de circassiens."

Jérôme Ramacker souligne lui aussi l’importance du dialogue, qui permet d’affiner les bons outils, comme la vidéo. "Le cirque se prête particulièrement bien à la communication par la vidéo, mais il convient d’être vigilant et de prendre la juste distance avec la création. Parfois, les artistes sont fiers d’un passage, travaillé longtemps, finalement réussi, et veulent le voir paraître dans la vidéo. Mais il ne parlera pas nécessairement au public". Selon lui, il est donc essentiel de prendre du recul avec la piste pour concevoir la communication. "Ce qui parle au public, c’est l’émotion. Il m’est arrivé de voir pleurer un circassien quand il me racontait son projet. Pour moi, c’est ce sensible-là qui doit parler dans la communication. "

Une expérience amplifiée

L’outil vidéo ne peut pas concurrencer l’émotion vécue en direct, il offre à un spectacle un outil supplémentaire pour s’exprimer. C’est en tout cas l’avis de Raphaël Hérault. Avec sa compagne et partenaire Summer Huddard, le jeune homme, acrobate (ex-Acrobarouf), a créé Double Cake Cinematic Circus. Une compagnie qui propose, à côté de son travail de création et de workshops, un travail vidéo à destination des arts vivants, sous forme de captations et de trailers. Avec un objectif avoué : réaliser un spectacle de cirque qui ne soit pas destiné à la représentation scénique, mais uniquement à être filmé. "Si on essaie de rendre la même émotion quand on filme un spectacle et quand on en voit un, on se trompe. On n’y arrivera jamais. Mais l’outil vidéo à cette richesse de pouvoir multiplier les angles de vue, de donner autre chose à voir, de répéter les actions,…". L’idée est donc ici de jouer sur la perception du spectateur, d’accompagner sa réception du spectacle en utilisant toutes les potentialités de la vidéo. Et exploiter, voire exploser, les sensations vécues.

Voir et sentir

Il semblerait que dans sa recherche d’image, le cirque oscille entre deux mouvements : le dedans et le dehors. D’une part, il veut se définir dans ce qui le constitue, profondément, dans sa chair, dans son essence. Et d’autre part, il a besoin du regard de l’autre pour exister dans tout ce qui le fait et ce qu’il donne à voir et sentir. "Le cirque constitue une niche, un petit monde en soi", souligne à ce propos Maria José ‘Majo’ Cazares, du Naga Collective. "Entre artistes, on pourrait avoir tendance à oublier la jeunesse de notre profession, ou l’usage du corps qu’on y fait… qui n’est pas ‘normal’. En restant dans l’entre nous, on pourrait perdre contact avec la réalité. Il est essentiel de faire l’effort de ne pas normaliser des choses qui sont différentes". D’ailleurs, Majo, qui vient de la danse, a depuis toujours la volonté de s’ouvrir aux autres disciplines afin d’en nourrir son cirque. "Je pense que le cirque a tout à gagner à s’ouvrir à d’autres arts. Et en même temps, c’est essentiel qu’il développe une identité qui lui soit propre, pour qu’il soit reconnu... Même s’il restera sans doute toujours cet ‘univers divers’, qui échappe aux classifications", conclut-elle.

Multiple et unique à la fois, l’identité du cirque serait donc bicéphale... au moins ! Car en tentant de se définir dans des lieux nouveaux, avec les outils d’aujourd’hui, l’art circassien reste un matériau particulier pour la communication, par sa spécificité physique, son absence de mots. C’est la promesse de bien des canaux à découvrir.

Et les réseaux sociaux dans tout ça ?

Communicants ou artistes, ils sont unanimes. Les réseaux sociaux sont essentiels. Parce qu’ils permettent de mettre images, sons ou vidéos sur leur art. "Facebook ou Instagram, c’est une prolongation de la démarche artistique. Et un contact avec le public", souligne Jérôme Ramacker.

Un contact qui fidélise. "C’est le ‘salut, on existe’", commente Majo, du Naga Collectif. "C’est entretenir le contact avec un public venu voir une étape de travail, lui montrer qu’entre ce moment-là et la création, même si trois ans se passent, on ne chôme pas. Qu’il puisse voir dans quel sens on travaille. Lui donner une image de la compagnie, de son matériel de travail".

Un essentiel, que chacun s’appropriera selon ses capacités. "Certains artistes fonctionnent avec les mots ou la vidéo. Ceux-là communiqueront sur Facebook. D’autres sont plus visuels. À eux Instagram", observe Jérôme Ramacker. Visiblement, pour les circassiens, les réseaux sociaux sont un lieu de créativité qu’il convient d’exploiter. Pour rester connecté.

Micro-Trottoir

Pénélope, 11 ans
"Je vois un clown qui fait un peu bizarre et un peu peur, avec un homme qui dresse des animaux en cage. Je vois aussi un trapéziste et un magicien. Je ne sais pas si j’aime bien le cirque. Ça dépend."

Aziz, 41 ans, chauffagiste
"Difficile de vous répondre, puisque pour moi, la juste image du cirque, c’est celle que je ne connais pas encore ! Le cirque, c’est l’inattendu. Je veux voir ce que je n’ai jamais vu, des choses hors normes et énormes. L’artiste s’y exprime par ses capacités de corps et d’esprit et fait des prodiges."

 

C!RQ en CAPITALE est le magazine de la vie circassienne à Bruxelles. Edité par l'Espace Catastrophe, il rend compte de l'actualité du cirque contemporain et plonge au cœur d’un ‘boom’ qui touche tous les secteurs : spectacles, stages, formations, projets sociaux...

Le n°11 vient de sortir, il est disponible gratuitement dans différents lieux à Bruxelles, et en ligne ici.