CIRQUE : un nouvel espace, rationnel, convivial pour une école internationale de cirque à Bruxelles : l'ESAC.

ESAC au Ceria
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ESAC au Ceria - © Marie-Francoise Plissart

Cela faisait 20 ans que l’Ecole de Cirque de Bruxelles se cherchait un lieu à la hauteur de ses ambitions. Le campus du Ceria à Anderlecht, fameux surtout, mais pas seulement, pour son école hôtelière  l’abrite désormais. L’inauguration officielle a lieu aujourd’hui en présence  de Fadila Laanan, la Ministre Présidente du Collège de la Cocof.

Beaucoup de politiques ont joué un rôle utile dans la promotion de cette école de cirque, désormais " supérieure ". Didier Gosuin en l’accueillant quand elle s’occupait surtout des loisirs des enfants.  Et puis la COCOF et ses Ministres Présidents successifs (Eric Thomas, Françoise Dupuis, Christos Doulkeridis, Fadila

Laanan) vont se passer le relais de 2007 à 2015.Un premier projet, un chapiteau au Ceria, est retoqué à cause de la ...nappe phréatique. Finalement après appel d’offres, le cabinet d’architecte Daniel Delgoffe est chargé de transformer l’ancienne chaufferie du Ceria en un double espace à la fois très haut, très fonctionnel et d’une belle sobriété d’ensemble. Nous avons pu en apprécier les fonctionnalités " à vide ", pendant les vacances de Pâques.  En compagnie de sa directrice, Virginie Jortay, venue de la mise en scène théâtre mais déjà professeur depuis belle lurette à l’ESAC.C’est que le corps professoral, dit-elle s’est constitué " sur le tas ", avec de vrais circassiens qui s’occupent de la technique, mais pas seulement, et des professeurs venus de la danse, du théâtre, de la musique, de la vidéo plus préoccupés par la " vision " artistique de leurs étudiants. C’est que  le " nouveau cirque ", depuis la fin des années 80 et le rejet progressif des animaux, flirte avec tous les arts de la scène. Nous avons concentré notre interview de Virginie Jortay sur cette " vision " du " corps "circassien, utilisé comme un " instrument de musique ".

Quelques faits : financement, organisation, résultats.

Le financement de l’institution provient, comme souvent dans l’enseignement, de deux pouvoirs, ici la Cocof pour les bâtiments, leur construction (un investissement de 5 millions) et leur entretien. Et la  Fédération Wallonie Bruxelles,  Jean-Claude Marcourt (enseignement supérieur) pour le  salaire des professeurs et les activités pédagogiques.

La Directrice est fort reconnaissante à Françoise Dupuis d’avoir choisi de transformer l’ENAC, qui s’occupait de toutes les activités circassiennes mais pour les plus jeunes en ESAC, S comme supérieur, qui dispense un diplôme équivalent à " bachelier " à l’Université. Avantage : la petite vingtaine de professeurs titulaires,vivant en Belgique  plus les " invités " dispensent un enseignement de réputation internationale à 15 étudiants triés sur le volet par un examen d’entrée annuel.  En 10 ans l’ESAC a diplômé 148 étudiants, venus du monde entier dont à peine 15% sont belges, dont 2/3 de Flamands. Explication : il faudrait créer dans les écoles secondaires  une section " humanités circassiennes " alors que les jeunes francophones ayant la vocation filent souvent " ailleurs " lorsque la " vocation " les prend : et ils y restent. Quant aux Flamands, ils mettent plus d’argent pour le cirque dans le secondaire et pour le supérieur vont à Rotterdam ou Bruxelles. Enfin le lien de l’ESAC  avec l’école de cirque de Châlons-en-Champagne est d’autant plus fort que son actuel directeur a dirigé l’ESAC en lui donnant son impulsion. Les 2 institutions organisent ensemble un complément au bachelier qui pourrait prendre des allures de " master " .Mais chaque chose en son temps.

Que deviennent les étudiants ? Une quinzaine ont terminé au Cirque du Soleil, au Cirque Plume, AOC, aux 7 doigts de la main, à Archaos, Cirque Monti .D’autres ont travaillé avec Philippe Decoufflé ou Sidi Larbi Chekaoui ou se sont lancé dans l’aventure d’un groupe " solitaire ".

Interview de Virginie Jortay (VJ) Directrice de l’ ESAC par Christian Jade (CJ)

CJ : De quel art de la scène se rapproche le plus le cirque moderne ? Du théâtre (par l’insistance sur la mise en scène) ou de la musique (où le corps sert d’ " instrument ")

VJ : Sans hésitation: le cirque est plus proche de la musique que du théâtre. Le circassien doit cultiver la " musicalité " de son corps, faire ses gammes pour utiliser son corps comme un " instrument ". Il  devient " l’interprète " de ses mouvements, il les personnalise pour passer de la perfection d’un gymnaste à l’excellence d’un artiste.  L’art du cirque c’est la personnalisation de l’impossible, qu’il faut maîtriser, c’est une création entre danger, art, comédie et extrême prouesse.

CJ : Une des attentes du grand public, quand il pense à " cirque " c’est quand même la " performance " individuelle du soliste, en lien avec d’autres. Votre enseignement prépare à une carrière de " soliste " ou de " groupe " ? Musique de chambre ou   grand orchestre ?

VJ : Notre formation est double. Elle s’ouvre vers une carrière d’ " artiste interprète " dans plusieurs disciplines ou de " porteur de projets " pour lui-même ou plus fréquemment pour un petit groupe, un " collectif ". Comme soliste il peut se produire dans les grandes compagnies circassiennes mais aussi dans le cabaret ou l’ " entertainment" anglo-saxon, de type performatif. Mais son propos peut être plus chorégraphique ou " joué ", en rapport avec une palette d’arts de la scène. Au bout de compte il/elle, devient LUI ou ELLE, un être singulier, différent des autres.

CJ : Donc ils peuvent entrer comme " soliste " dans un " grand orchestre " ou tenter leur chance en petit groupe ?

VJ : De nombreux cirques jouent encore sur le numéro individuel, la performance physique, le goût du " danger ", en ficelant les numéros autour d’un scénario. Le  Cirque du Soleil  ou le Cirque Eloize ne font rien d’autre. Ce sont de grandes entreprises commerciales itinérantes qui ont modernisé l’approche du cirque traditionnel, en restant sur le même terrain, mais sans recours aux animaux.. Mais nous formons  aussi des petits groupes " porteurs de projets " qui prennent des risques sur un projet artistique, individuel ou collectif.

CJ : Après  10 ans d’existence, quel est votre bilan, sur le plan de " l’emploi " de vos étudiants ?

Sur les 150 artistes circassiens formés, le bilan est positif : 91% sont restés dans le " secteur " même si l’exigence physique a ses limites dans le temps, ça nous rapproche des sportifs évidemment. Mais ils sont là, comme " performeurs ", metteurs en scène d’une compagnie, producteurs ou professeurs. La " longévité " comme performeur dépend évidemment de sa technique, de son hygiène, de sa chance (ou malchance) et de sa spécialité. Il est plus facile de " jongler " longtemps que d’exposer son corps à des exercices périlleux dans l’espace !

NB : compléments d’information :

Le corps professoral : http://esac.be/programme/titulaires-et-professeurs-associes/

Les promotions d’artistes circassiens ESAC: http://esac.be/etudiants/les-diplomes/

Christian Jade (RTBF.be)