Cinq Questions à Virginie Jortay – EXIT 15

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ESAC - © Marie-Francoise Plissart

La quinzième promotion de l’école supérieure des arts du cirque, l’ESAC, présente, du 25 au 29 mai 2016, EXIT 15 aux Halles de Schaerbeek à Bruxelles. L’occasion de discuter avec Virginie Jortay, directrice de l’ESAC. Arrêt sur image.

 

Sylvia Botella : Pouvez-vous nous dire quelques mots au sujet d’EXIT 15 ?

Virginie Jortay : EXIT est la présentation du travail de fin d’études des étudiants de l’ESAC. C’est une image arrêtée à un instant "t" de leur parcours. Notre formation à l’ESAC recouvre deux réalités : être artiste-interprète et être artiste-porteur de projets. En tant que porteur de projets, l’écriture d’un numéro, d’une forme est la finalité importante. Elle est le fruit d’un apprentissage de trois ans où convergent l’excellence de la pratique circacienne mais aussi la dramaturgie, le propos et le point de vue sur le monde.

On pourrait considérer que le numéro présenté par chaque étudiant à EXIT est un numéro/carte de visite. Nous, nous considérons que c’est davantage un état des lieux de la pratique d’un artiste en devenir. Certains jeunes diplômés sont moins des artistes-porteurs de projets que des artistes-interprètes Mais nous ne souhaitons pas influencer leur nature ni leur choix professionnel. En revanche, nous sommes très exigeants quant à leur niveau de professionnalisme. Nous voulons qu’ils aient les outils nécessaires pour affronter les difficultés inhérentes à leur secteur professionnel.

Contrairement à la présentation collective dirigée par un-e metteur-e en scène choisi-e (Charlie Degotte, Claudio Stellato, etc.), EXIT est la présentation du Travail de l’étudiant. Nous n’interférons pas. Bien sûr, si le propos n’est pas clair, nous aidons l’étudiant à le clarifier ou à le rendre plus perceptible.

À EXIT, aucune proposition artistique ne ressemble à une autre. Il y autant de propositions et de choix artistiques que d’étudiants dans la promotion.

Quelles sont les particularités de la promotion 2015 ?

Les promotions sont très différentes d’une année à l’autre. La promotion 2015 est faite d’une série d’individualités artistiques et techniques très fortes. Contrairement à certaines promotions passées, la notion du collectif intervient très peu dans cette promotion. Celle-ci ne se rencontre pas en tant que groupe, il y a des individualités.

À EXIT 15, ils ont fait le choix de limiter le nombre d’intermèdes parce que ce qui leur importe, c’est de montrer leur numéro et de mettre l’accent davantage sur la qualité que l’enrobage. Cela peut paraître un peu austère (sourire).

Il y a de très belles présences féminines. Bien évidemment, j’ai quelques coups de cœur mais je n’ai pas envie d’en faire état. C’est au public d’en décider. Et les étudiants sont dans l’attente de ses réactions et de celles de l’équipe pédagogique et des professionnels. EXIT est sans doute le test le plus impitoyable. Ici, nous sommes à la charnière. EXIT est à la fois le spectacle d’une école et l’entrée dans le monde professionnel.

Certains étudiants sont déjà engagés dans des compagnies ou font partie de projets. Du point de vue de l’employabilité, ils sont relativement aidés.

L’ESAC est un passage, elle n’appose aucun cachet. Les étudiants ne sont pas labellisés "ESAC".  Nous avons un savoir-faire certain mais il est toujours sans cesse re-questionné par la vitalité (ou non) des promotions.

Dans EXIT 15, les disciplines circaciennes sont multiples. Il y a du jonglage, du cerceau aérien, du mât chinois, de la corde lisse, du fil dur, des sangles aériennes, etc.

Vous dirigez l’ESAC depuis 2014. Quel regard portez-vous sur l’enseignement des arts circaciens, aujourd’hui ? Qu’est-ce qui a changé selon vous ? Quels sont ses principaux défis ?

Nous avons la chance d’être dans des pratiques et des métiers qui ne se répètent pas. Le pire, c’est l’immobilisme, voire la certitude. La vitalité de l’ESAC, c’est la remise en question. Ce qui signifie que nous sommes vivants. L’ESAC est une école vivante.

Ce qui a changé, c’est le niveau technique des étudiants à l’entrée de l’école. Il est de plus en plus élevé. Il y a la surenchère du regard et de la performance. La question du propos et du sens se pose moins aux étudiants. Il nous incombe donc de les interroger à ce sujet.

Les générations sont très individualistes, il est donc important de réinterroger les pratiques collectives, aussi. J’ai envie de les interpeller et de leur demander : "Quel est votre moteur citoyen ? Votre ouverture au monde ?".

Il y a aussi toute la question de la dramaturgie circacienne. L’ESAC a initié un certificat en dramaturgie circacienne.

La dramaturgie devient une nécessité lorsque l’artiste a épuisé la puissance du corps et ses possibilités. À la sortie des écoles, les artistes sont très jeunes. Ils se reposent beaucoup sur leurs prédispositions physiques, leurs pulsions et ressentis. C’est un peu le passage obligé (sourire).

Ce n’est qu’après quelques années de pratique, une fois qu’ils ont mûri et élargi leurs champs d’investigation, qu’ils vont éprouver la nécessité d’entrer en laboratoire et d’expérimenter. Ils vont mener une réflexion plus élaborée au fil des temps de création, de moins en moins courts, de plus en plus longs.  

Autrement dit, la dramaturgie est une nécessité pour l’artiste qui a atteint une certaine maturité artistique et qui a besoin de réinterroger sa pratique : "A quel endroit est-ce que je crée ? Pourquoi ? Comment ?". En définitive, toutes ces questions sont inhérentes à toute pratique artistique.

Le cirque est un art à la fois ancien et jeune. Contrairement au théâtre ou à la danse, il n’a pas d’outil dramaturgique en tant que tel. Chercher les outils de la dramaturgie circacienne correspond à un réel besoin sur le terrain. Et cela est d’autant plus vrai lorsqu’on voit l’intérêt manifeste des praticiens pour le certificat en dramaturgie circacienne que nous avons initié en partenariat avec le Centre national des arts du Cirque (CNAC) de Châlons-en-Champagne en France. C’est une co-certification belgo-française.

Le certificat en dramaturgie circacienne n’est pas un diplôme, c’est une formation qualifiante, continue et payante, destinée à quinze étudiants. C’est le préambule du futur Master, que nous souhaiterions mettre en place, une fois que l’ESAC aura déménagé dans ses nouveaux bâtiments.

Lorsque vous rêvez à l’ESAC, à quoi rêvez-vous ?

Je rêve d’une communauté d’individus qui se nourriraient de leurs différences et s’entraideraient (sourire).

 

Entretien réalisé par Sylvia Botella le 24 mai 2016 à Bruxelles

 

EXIT 15 du 25 au 29 mai 2016 aux Halles de Schaerbeek à Bruxelles